Larrouturou tourne rond

Suite à l'article-entretien avec Larrouturou, je livre ici mon ressenti sur le fond de ce qu'il dit, mais aussi sur les commentaires qui ont fusé...

Commençons par les commentaires qui sont à l'origine de mon envie de publier ce billet : beaucoup de hargne et d'attaques ad hominem parfois déplacées. C'est surement une fois de plus l'expression de nos différences socio-culturelles, matinées de relents un peu dogmatiques pour les plus engagés dans leur crèmerie... C'est toujours comme ça, on s'habitue, du moins tant que les dogmes ne prennent pas le dessus sur le bon sens (ce qui n'est pas toujours le cas)...

Revenons à ce que nous dit Larrouturou dans cet entretien - surement trop court pour développer de manière profonde un certain nombre de thèmes qui nous tiennent à coeur .

Déjà, Nouvelle donne "essaye", pour reprendre ses mots... essaye de voir les choses autrement et de rassembler autrement, au delà des clivages partisans. C'est audacieux, ambitieux, frais, et ça me plait. Nul doute, même s'il ne le dit pas expressément, que cette démarche qui vise à aboutir à une réflexion sur la réorganisation de la démocratie, se prolonge dans l'avènement d'une VIème République.

Car au delà d'une simple convergence des partis et mouvances de gauche comme pourrait le laisser croire le chapeau de l'article, ND essaye réellement d'initier une démarche inédite. Un gros travail de fond qui vise à remettre le citoyen au coeur du débat politique, et je trouve ça noble autant que nécessaire, et in fine, louable. Oui, il faut réveiller l'intelligence collective dans ce pays ou la société essouflée, éprouvée, s'américanise (et se replie) et s'abrutit à coup de tv réalité, de futilités via réseaux sociaux interposés, de JT manipulateurs et de pub débile.

Pierre Larrouturou est lucide : libéralisme et racisme sont deux très gros symptomes de notre époque, empêchant le bien-vivre ensemble, générant des maux comme l'injustice sociale, le repli sur soi et la haine de l'autre, la "bouc-émissarisation"... Les questions de la dette et du gavage des banques grace aux intérêts indus demandés aux états sont une preuve supplémentaire de la nécessité de revoir complètement ce système inique. Si on continue comme ça, on laisse filer la montée préoccupante du FN (relativisée par une montée tout aussi préoccupante de l'abstention et probablement du désintérêt de la vie publique).

Lucide aussi sur l'état du PS et la ligne directrice des responsables aux manettes : on est loin du discours du Bourget et des conseils éclairés de Piketty... L'exemple de la taxe Tobin est assez démonstratif. Pour moi, ces socialistes là sont franchement très miscibles dans "l'aile gauche" de l'UMP...

Bref, il y a en effet une certaine urgence...

Cette urgence, c'est l'échéance de 2017. Pouvons nous nous permettre une fois de plus de voter à contre coeur pour éviter le pire et se retrouver au final avec une politique dont nous, à gauche, ne voulons pas ? Non ! il s'agit clairement d'opposer au FN et aux partis de gouvernement incapables, comme il le dit si bien, de se remettre en question, une vraie force de gauche unie. Et il est nécessaire aussi d'avoir de vraies propositions : c'est dans ce sens que s'inscrit la démarche de ND. Il ne s'agit pas de faire de la cosmétique, des demi-mesures et autres réformettes de pacotille. Il faut refondre complètement le système, par des changements radicaux de paradigmes. Et ND souhaite impliquer le plus grand nombre dans cette démarche. 

Comme Mélenchon, Larrouturou opte pour l'approche pédagogique, pour l'éveil. Pour ce faire, il prône les méthodes de l'éduc pop', du porte à porte. c'est gràce à ces mêmes méthodes que le FdG, alliance partie elle aussi de pas grand chose quelques mois avant, a fait un beau score au 1er tour de 2012.

J'aime l'idée de "convergence joyeuse" sonnant un peu comme - est-ce un hasard ? - la "sobriété heureuse" pronée par Rabhi et les décroissants. Et au delà des clivages et des bashing biographiques que certain semblent aimer dégainer pour couler tout un mouvement au nom d'un seul homme... Dans un élan d'optimisme, j'y entrevois comme un début de podemos à la française.

Bref, en 2012, j'étais mélenjolyste, confronté à un choix cornélien au moment de passer dans l'isoloir. En 2017, je voudrais être jolylarrouturenchoniste sans avoir à choisir parmi 3 bulletins. Pas un hasard si je suis depuis des années ce qui concerne ces 3 mouvements !

Oui, nous aussi, en France, nous pouvons ! Mais comme il le dit, il faut "retrousser les manches" et se laisser un (tout petit) peu de temps !

Autre petites remarques plus ou moins subjectives :

ND, EELV et FdG - et pourquoi pas LO et le NPA - qui sont plus révolutionnaires et peut être un peu moins en phase avec notre siècle - je ne dis pas pour autant que ces partis sont anachroniques - ont tout intérêt à travailler ensemble pour proposer une candidature unique en 2017.

Les 32h (une de ses marottes), je trouve que c'est très bien mais dans le monde mainstream du medef et de la croissance, c'est tabou ! La candidate Joly avait abordé ça en campagne il y a quelques années. Même pas la décroissance, juste le ralentissement de la croissance.

L'exemple de la liste de Grenoble aux municipales de 2014 est bien choisi : une liste citoyenne soutenue PAR les partis. (Voir aussi le village de Saillans, qui a une autré échelle expérimente le participatif). Cette démarche vise à aboutir à une réflexion sur la réorganisation de la démocratie, ce qui devrait satisfaire les tenants d'une VIème Rép (dont je suis).

Nouvelle Donne est issu de Roosevelt 2012, avec comme caution intellectuelle des personnes telles Edgar Morin ou feu Stéphane Hessel. Et ce mouvement a une particularité : C'est le premier parti à s'être développé en s'appuyant essentiellement sur les nouvelles technologies (ce qui peut éventuellement poser la question de la représentation sociologique...)

Le chiffre de 12000, c'est un peu chiche mais ça concerne les seuls adhérents - dont je ne suis pas, je n'ai d'ailleurs plus aucune carte... Je serai cependant curieux de connaitre le nombre les sympathisants. Nous sommes des millions à faire le même constat , à partager les mêmes valeurs. Je trouve qu'il le dit très bien : le débat doit porter sur les méthodes. En effet, nul doute que nombre de personnalités issues d'EELV (Cosse, Duflot qui s'est un peu remise en question, Joly qu'on entend hélas plus trop...), mais aussi Mélenchon qui dit plein de trucs bien quand il n'aboie pas, poursuivent les mêmes objectifs.

...c'est un peu fouillis mais j'avais envie de l'écrire :)

 

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