Ma France...

Laetitia Baris, présidente du projet « Le silence plus jamais » et conseillère nationale «FR- Les Forces Républicaines» sur les questions des agressions sexuelles sur mineurs et de la protection de l’enfance, nous interpelle sur une triste réalité qui gangrène notre société, à savoir les agressions sexuelles sur mineurs mais aussi l’inefficacité de la justice quant au traitement de celles-ci...

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Ma France,

Il y a quelques années en entamant mes études de droit, j’avais à l’esprit comme beaucoup d’étudiants que le droit était synonyme de justice.

Mon premier cours était  « le droit n'est pas droit ». Alors nous, ceux qui comme moi rêvaient de contribuer à changer le monde en nous préparant à faire appliquer la justice à travers nos carrières respectives, avons vu nos idéaux mis à mal.

Pourtant, ces quelques mots n’allaient pas me décourager.

C’est en acceptant de venir en aide à une enfant victime d’un viol il y a maintenant un an et demi que je me suis heurtée à cette brutale réalité qu’est notre justice française.

J’étais l’élève studieuse apprenant ses textes par cœur mais la pratique m’a fait comprendre rapidement que justice rimait souvent avec injustice.

Je n’allais pas rentrer dans un moule, me taire et m’exécuter sagement comme nombreux de mes camarades.

Alors j’ai pris cette décision radicale de faire mon métier de femme de droit autrement que dans nos tribunaux, c'est-à-dire, en finalisant mon cursus scolaire pour acquérir une formation théorique complète, militant et œuvrant par d’autres moyens pour que nos droits soient respectés équitablement.

En prenant cette décision, j’ai commencé à monter le projet « Le silence plus jamais » qui a pour objectif de venir en aide aux victimes de crimes sexuels sur mineurs mais également aux grands oubliés, les victimes collatérales qui se trouvent être les familles.

Nous prenons très difficilement conscience que les cellules familiales vont être mises à mal après un tel évènement .

Chaque jour encore nous comptons de nouvelles victimes, triste constat. 

Et ce, malgré les combats menés par de nombreuses personnes du monde associatif qui œuvrent depuis de nombreuses années.

Notre gouvernement ne peut pas se cacher indéfiniment derrière l'argument d'un manque de moyen d’ordre pécunier pour justifier autant de laxisme de la part de notre justice française.

Je voyais cette jeune fille mourir à petit feu car l’auteur présumé de son crime avait été remis en liberté alors qu’il y avait assez de preuves pour le mettre hors d’état de nuire.

Cet individu à plusieurs reprise va transgresser sa liberté conditionnelle sans que la justice ne le remette en prison.

Ceci va me faire prendre conscience que notre justice est atteinte d’un grand mal-être.

Nous, peuple français, avons au travers de nos députés élaboré des lois pénales visant à punir ces crimes.

Les magistrats qui se doivent de faire appliquer la législation stricto sensu, se permettent de contourner nos règles constitutionnelles en requalifiant souvent les viols en délits sexuels.

Et nous pourrions évoquer d’autres exemples tout aussi scandaleux.

Ils vous diront que cette mesure est appliquée pour le bien des victimes en vue d’accélérer la procédure pour que celles-ci passe à autre chose le plus rapidement possible.

Les assises se trouvent être, sur un plan psychologique, très éprouvantes pour les victimes et leurs entourages car un jury d’assise peut être perçu comme trop clément à l’égard de l’auteur présumé d’un viol voire trop sévère dans la sanction rendue par le jury.

À contrario d’une cour correctionnelle où seuls des magistrats professionnels rendront un verdict supposé être plus équitable. 

Au travers cette requalification des faits, les victimes voient leur statut amoindri non seulement à leurs propres yeux mais aussi au regard de notre société.

Comment faire accepter aux victimes que justice ne sera pas rendue équitablement?

Il est temps de repenser le fonctionnement de nos institutions judiciaires qui ne protègent pas suffisamment les jeunes citoyens comme il se doit.

Seul le témoignage d’un parent pourra vous faire prendre conscience du sens de mon engagement.

Engagement avec mon équipe mais également d’autres personnalités tels que les représentants de la plateforme citoyenne et apolitique « FR - Les Forces Républicaines » au travers de son président, monsieur Abel Boyi et de son vice-président, monsieur Rudy Kazi, avec qui je travaille étroitement sur cette question.

C’est au travers de ma plume qu’une maman a accepté de partager un peu de son combat pour sa fille en s’adressant à celle-ci:

Mon ange,

Je revois ton sourire , ce sourire plein d’innocence... Où s’est-il envolé ?

Il y a maintenant 587 jours que je te cherche.

On a beau me dire qu’il t’a tué psychologiquement  et que tu ne seras plus jamais la même, je reste persuadée que tout l’amour que je te porte ainsi que celui de tes proches te feront revenir des ténèbres.

Depuis ce jour où tu as passé le seuil de la porte en trouvant le courage de m’avouer ce que ce monstre t’avait fait subir, j’ai du faire le deuil de ma petite fille,apprendre à aimer et à vivre avec une enfant qui n’était plus la même.

Mon cœur de maman a subi l’une des plus grandes blessures qu’un parent aimant puisse connaître.

En me transmettant ton lourd secret ,tu avais à l’esprit que j’étais la seule personne capable de remuer ciel et terre pour que justice te soit rendue. Que je t’admire d’avoir pu dépasser cette peur de la honte .

Si tu savais à quel point  je te remercie de m’avoir fait confiance ,consciente que de nombreuses victimes resterons à jamais dans le silence...

Notre amour l’une pour l’autre me permet de t’aider chaque jour à mener ce combat.

Certains jours sont très douloureux à vivre mais je m’accroche pour toi et tes sœurs car je reste persuadée que nous allons réussir à te redonner goût à la vie et prendre une revanche sur celle-ci.

En te faisant la promesse que la justice punirait cet homme de son crime , j’étais loin d’imaginer tous les obstacles que nous allions devoir affronter ensemble.

Je croyais tellement en notre justice française que je t’ai demandé de me faire confiance...

Après tout ces longs mois de combat je ne peux que difficilement te regarder dans les yeux pour t’expliquer que la justice a failli à son devoir de te protéger en laissant cet homme en liberté encore à  ce jour .

Ce monstre va passer probablement entre  les mailles du filet de la justice française.Une fois de plus, il va pouvoir continuer à briser des vies sans impunité...

Si j’écoutais mon cœur de maman certains jours,  j’appliquerais la loi du Talion.

Lorsque je te vois te débattre pour vivre, dans la mesure où je t’ai éduqué avec des valeurs d’amour, de respect et d’équité, je ne peux me résoudre à appliquer une telle loi.

Laisse-moi te prouver que la justice triomphe toujours même si nous avons l’impression dans certains moments qu’il y a eu déjà trop d’injustice.

Le mot "honte" ne doit jamais te venir en tête, tu es un exemple de courage ma fille.

Seul l’individu qui s'est pensé au dessus de toute loi et ceux qui cautionnent ce crime se doivent d’avoir ce sentiment de honte.

Nous finirons par arriver au sommet de notre Everest par la force de notre amour.

Maman 

Pour conclure, je n’ai qu’un message à te transmettre France.

Ma France, ceux qui se doivent de protéger tes enfants laissent sans aucune impunité trop souvent les auteurs de crimes sexuels en liberté.  Lorsque sanctions tombent , elles ne peuvent servir de leçon pour venir à bout de ce fléau. 

Nous ne pouvons pas laisser nos enfants dans cette insécurité permanente.

Ma France, nos enfants sont notre avenir alors protégeons-les afin d'éviter que notre pays ne se dégrade d'avantage. 

Lorsque l’innocence de nos enfants est volée, nous devons faire face à un crime contre l’humanité.

Ma France...Réveille toi.

Laetitia Baris

Présidente du projet « Le silence plus jamais »

Conseillère nationale « FR- Les Forces Républicaines » sur les questions des agressions sexuelles sur mineurs et de la protection de l’enfance

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