Les conséquences INDIRECTES de la réforme Blanquer dans le 93

Alors que l'égalité des chances fait partie du crédo du gouvernement, savez-vous qu'indirectement la mise en place de la réforme réduit à néant les efforts faits par l'Education Nationale à ce sujet par le passé? Un collectif composé de femmes et d'hommes salarié(e)s de l'éducation nationale (sous anonymat) vous en dit plus...

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Parents d'élèves, connaissez-vous les conséquences INDIRECTES de la réforme Blanquer dans le 93?

Alors que l'égalité des chances fait partie du crédo du gouvernement, savez-vous qu'indirectement la mise en place de la réforme réduit à néant les efforts faits par l'Education Nationale à ce sujet par le passé?

La Seine-Saint-Denis bénéficiait jusqu'à présent de moyens supplémentaires pour compenser les inégalités sociales et permettre aux professeurs de mieux accompagner les élèves en difficulté.

Dans les faits, du fait de l'instauration de la réforme, ces moyens disparaissent en grande partie. Sur le papier, la Dotation Horaire Globale fait toujours apparaître les heures d'autonomie des lycées, qui jusqu'ici permettaient aux établissements de mettre en place des dédoublements, de l'accompagnement personnalisé, et toutes les initiatives ou stratégies permettant de réduire les inégalités sociales face à l'enseignement.

Toutefois, pour proposer aux lycéens toutes les spécialités attribuées à un lycée, les chefs d'établissements sont contraints d'utiliser les heures qui jusqu'ici étaient dédiées à l'accompagnement des élèves.

Explication: les élèves étant libres de leur choix de spécialité, il est difficile de tomber sur un compte "rond"; si par exemple 45 élèves postulent pour une spécialité, il faut forcément créer 2 groupes qui ne seront pas remplis au maximum de leur capacité (contrairement aux filières actuelles).

Or si un lycée a 4 classes de 1ere, à raison de 3 spécialités par élève (et 4h par spécialité), le rectorat finance 12h x 4 classes, soit 48h: la dotation horaire est fonction du nombre d'élèves et ne tient pas compte de l'organisation pratique et inévitable qui résulte du libre choix de spécialité par les élèves.

Donc concrètement, même lorsque la réforme n'implique aucun changement concernant une matière qui fera désormais partie du "tronc commun", les moyens supplémentaires pour la mise en œuvre de celle-ci et l'accompagnement des élèves en difficulté disparaissent en grande partie.

Ou alors, pour éviter de "piocher" dans les heures dédiées jusqu'à présent à l'accompagnement des élèves, il faudrait soit imposer à ceux-ci leur choix de spécialité, ou encore proposer beaucoup moins de spécialités aux élèves, ce qui bien sûr va à l'encontre de l'esprit de la réforme, soit leur imposer un changement d'établissement et de localité pour que tous les groupes de spécialité soient pleins, ce qui n'est bien sûr pas envisageable non plus.

Les auteurs de ce texte, salarié(e)s de l'éducation nationale souhaitent rester anonymes...

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