Le drame Harki, grande cause nationale ?

Français depuis 186 ans ,soit bien plus longtemps que les savoyards et les niçois, les harkis sont pourtant encore considérés comme des étrangers dans l’Hexagone. Bertrand Vitu, délégué départemental "Fr - Les Forces Républicaines" Var / Alpes Maritimes est engagé depuis de nombreuses années auprès de ces français mis à part qui ont pourtant tout donné à la République...

3247020-580

Français depuis 186 ans ,soit bien plus longtemps que les savoyards et les niçois, ils sont pourtant encore considérés comme des étrangers dans l’Hexagone. Ce qui caractérise leurs racines et leur engagement reste souvent encore totalement inconnu de la population française.

Les Harkis, ces hommes et ces femmes qui ont choisi de rester français lors de l’indépendance de l’Algérie voulu par le général De Gaulle en 1962 vivent un véritable drame.

Drame tout d’abord de leur abandon par la France qui désarma ces combattants en les laissant à la merci des représailles, des vengeances et des règlements de compte de ceux qui leurs refusaient la liberté de choisir de rester français à part entière...

Insulte ensuite faite à la mémoire des milliers d’entre-eux qui furent assassinés et torturés bien après les accords d’Évian que la France voudrait toujours commémorer comme symbole de la fin de la guerre d’Algérie avec la date du 19 mars 1962.

Drame ensuite de leur exil qui les fit parquer dans des camps sur le territoire français souvent loin des villes quand ce n’était pas dans des prisons désaffectées...

Drames amplifiés par le déni de l’histoire à leur loyauté et à leur fidélité à une Nation que leur pairs avaient déjà servi au prix du sacrifice du sang versé lors des deux guerres mondiales et de celle d’Indochine.

Est-ce trop demandé au berceau des Droits de l’Homme que dignité, respect et reconnaissance soient servis tant par la diffusion et l’enseignement de l’histoire de ces soldats de la France Harkis auprès de nos enfants que par tous nos représentants à travers le monde ?

Si la première génération de Harkis fut celle de combattants pour la France, celle de leurs enfants fut celle de la mise à l’écart dans des camps surveillés par des militaires ou des rapatriés  d’Algérie situations qui ont engendré des déconsidérations sociales provocatrices de bien des injustices et de bien des perturbations psychologiques.

Voici déjà quelques années que nos derniers présidents de la république tentent d’apporter des solutions capables d’apaiser et de réparer ces vécus perturbateurs d’équilibre et d’insertion sociale à cette population que les lois de la psychogénéalogie transmettent de génération en génération...

Si la première génération évita d’évoquer leurs propres souffrances à leurs enfants afin de les protéger, cette seconde génération tout en les somatisant inconsciemment s’enferma dans ce qui devint de véritables secrets de famille incompréhensibles pour leurs propres enfants recevant ainsi en héritage un véritable impensé idéologique dans leur inconscient...

Si nous devons considérer l’impact économique que provoque de telles situations de victimisation en proposant des lois de réparation matérielle et financière force est de constater que cet engrammage mémoriel psychogénéalogique se doit de considérer un accompagnement mettant en place des structures psychologiques d’apaisement et de libération de ce qu’il faut bien appeler des problématiques récurrentes de stress post traumatique.

Si pendant près de 60 ans les quelques 500 associations de mémoire et de reconnaissance Harkis ont lutté afin de trouver réparation et apaisement auprès de l’État français force est de constater qu’aujourd’hui la cause de ces 2 millions de nos compatriotes est devenue l’enjeu d’une responsabilité héritière de notre histoire commune et d’une solidarité nationale concernant les 66,5 millions de français que nous sommes.

Les Harkis sont à la France ce que sont les alsaciens, les champenois où tout autre région française qui se caractérise par ses nombreuses singularités contribue à cet esprit français de fraternité qui engendre la cohésion de notre République française que nous avons toujours voulu une et indivisible dans la plus grande des ouvertures d’esprit.

Notre devoir est de leur permettre de passer d’une situation de victime et de souffrance transmise à une situation d’apaisement et d’épanouissement en modélisant des structures d’accompagnement adaptées aux traumatismes engendrés par leur vécu de guerre et de déracinement. Structures qui seront également nécessaires aux situations que vivent actuellement de nombreuses populations fuyant leur terre natale...

Après un 20eme siècle qui fut celui des camps nous pouvons déjà entrevoir un 21ème siècle qui se dessine comme celui des exils et des migrations humaines dont nous devons respecter les identités d’origine tout en développant la possibilité pour chacune de se construire une citoyenneté respectant les droits, les devoirs et les valeurs fondamentales de leur territoire d’accueil.

Des citoyens du monde sont en devenir par le développement d’une solidarité des territoires dédiés à notre interdépendance humaine et à sa fraternité de conscience davantage qu’à un repli identitaire destructeur de liens...

 

Bertrand Vitu

Consultant international en stratégie de gouvernance

Délégué départemental "FR - Les Forces Républicaines" Var / Alpes Maritimes

www.fr-forcesrepublicaines.com

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.