Le peuple français se sépare du palais de l’Elysée

Une page se tourne. La décision a été prise de se séparer de l’Hôtel particulier qui a servi de résidence aux présidents de la république depuis 1848.

la petite annonce © Acte4 la petite annonce © Acte4

 Sous la blague, les motivations justifiant cette décision :

1. Se libérer du monarchisme républicain en rompant définitivement avec l’esprit d’ancien régime. Ce lieu l’incarnant totalement, il faut le quitter.

Pour mémoire, l’histoire du palais commence avec Louis XV qui l’offre à la marquise de Pompadour, l’une de ses maitresses. Puis la duchesse de Bourbon y organisa fêtes et bals, etc, etc… Aujourd’hui, il y a encore des huissiers à chaînes, des escaliers en marbre, des bureaux couverts d’or et de miroirs, des intrigues et des courtisans. C'est devenu ridicule.
Charles de Gaulle trouvait le palais peu adapté à la fonction et a fait étudier le transfert dans un autre lieu, idem pour Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand.
Enfin, et symboliquement c’est un comble, il n’y a jamais eu de Liberté-Égalité-Fraternité gravé sur le fronton !

2. Concrétiser la réflexion sur la démocratie. Passer à l'acte.

Aucun des prétendants de la présidentielle 2017 - tous pourtant "antisystème" - n’a évoqué le sujet des lieux de pouvoir, ils sont donc tous prêts à venir présider dans l’ancienne chambre de l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, la pièce qui est devenue le bureau des Présidents. Ils sont aussi manifestement prêts à ce que la “première dame” fasse attendre ses visiteurs dans l’ancienne chapelle. Adopter un fonctionnement anti-système ne va pas de soi, il faut être aidé ! Les aider pour abandonner les vieilles pratiques mais surtout les aider pour le choix de la nouvelle résidence : pas d’ancienne résidence royale (Château de Vincennes), pas d’ancienne école royale (l’École Militaire), rien de royal. Il faut trouver un lieu qui puisse incarner ce que devra être un lieu de pouvoir pour les 100 prochaines années. Un bâtiment adhoc mais aussi une localisation adhoc : rive droite ? rive gauche ? À l’intérieur ou à l’extérieur du périphérique ? En Ile-de-France ? Au centre de la France dans le triangle Vierzon, Châteauroux, Bourges ? … ?

Réfléchir collaborativement sur les nouveaux lieux de pouvoir - la résidence du président et les assemblées (aujourd'hui, le palais Bourbon et le palais du Luxembourg, encore des palais !) - amènera naturellement à se poser les questions de fond, à partir de questions concrètes : localisation, accessibilité, disposition, environnement, décor... Bref à définir le programme fonctionnel d'une démocratie du XXIème siècle. Réinventant les formes mêmes d’une constituante et sa pédagogie.

3. Oser un acte symbolique pour refonder.

En emménageant dans la nouvelle résidence la question va forcément se poser : que faire de la devise de la république, la grande absente au fronton du palais de l’Elysée ? L’utiliser comme un décor au dessus du nouveau porche sans se poser de questions ? Graver autre chose, un slogan plus accrocheur que le “libres-égaux-frères” qui ne fait plus rêver ? Oublier cette vieillerie ? Ou au contraire la conserver précieusement et la “revisiter” ? Différentes lectures en ont été faites dans le passé, celle-ci a sans doute de l'avenir :
 Liberté = le principe qui devrait régir le domaine de l’Esprit (enseignement, information, art, recherche, croyance);
 Égalité = le principe qui devrait régir le domaine du Droit;
 Fraternité = le principe qui devrait régir le domaine de l’Économie = la solidarité et la coopération qui devraient s’imposer en situation d’interdépendance mutuelle.

Finalement, nichés dans l’intuition révolutionnaire se trouvent peut-être les principes capables de maintenir un corps social en bonne santé. Et de la retrouver, s’il l’a perdue ...


Ainsi commence l'Acte IV, l'Acte au cours duquel se dénoue - ou pas - l'intrigue !

La "chose" à dénouer ? La démocratie.

Un “truc” dénouant ? Un nouvel imaginaire collectif.  Imaginaire des lieux de pouvoir <> Imaginaire du pouvoir <> Imaginaire démocratique.

Rappels : L’imaginaire est le substrat de la vie mentale. Pas de désir sans imaginaire ...

“Il faut tourner la page, changer de paysage, le pied sur une berge, vierge […]

[…] “Il faut tourner la page, aborder le rivage où rien ne fait semblant […]”

Claude Nougaro

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