L’aide au développement et l’aide humanitaire ne sont pas des instruments de défense

Mi-février, le Comité d'aide au développement de l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques, qui fédère les grands pays donateurs dont la France, s’est réuni à Paris pour discuter de la redéfinition du contenu de l'aide publique au développement (APD).

Alors que l’objectif de l’APD est de lutter contre la pauvreté dans les pays en développement, des mesures concernant la lutte contre l’extrémisme violent pourront désormais être comptabilisées, une confusion dangereuse pour les acteurs du développement.

« L’aide publique au développement est et doit rester un outil de lutte contre la pauvreté. En intégrant des activités telles que la prévention de l’extrémisme violent, la formation des forces de police ou encore la prise en compte d’une partie des dépenses d’équipement militaire, les donateurs ne font que gonfler artificiellement leurs contributions à la solidarité internationale. Pis, ils placent leurs objectifs sécuritaires et économiques au-dessus des besoins des personnes vulnérables.

La lutte contre le terrorisme n’a jamais permis de promouvoir le développement économique et de soutenir les populations des pays pauvres de la planète. L’aide au développement peut prévenir les conflits en réduisant certains facteurs d’instabilité politique, que sont la pauvreté ou la  faim. Toutefois, elle ne doit ni servir les intérêts nationaux – politiques ou militaires - des pays riches, ni appuyer des parties au conflit.

Or, la confusion actuelle entre développement économique et soutien à la lutte contre le terrorisme traduit un manque de visibilité et d’ambition claire des politiques de développement formulées par les pays membres du CAD. Aujourd’hui, c’est bien le périmètre de la politique de défense qui s’élargit au profit de la lutte contre le terrorisme et ce, au détriment des fondamentaux de la politique du développement. Cette confusion est préjudiciable pour les équipes des ONG sur le terrain et restreint leur capacité à accéder aux personnes vulnérables qui doivent rester les premiers bénéficiaires de l’APD.

En janvier 2015, l’adoption des Objectifs de développement durable a été l’occasion pour les pays membres du CAD, dont la France, de s’engager à soutenir la lutte contre la pauvreté, les inégalités et l’injustice. La politique de développement des pays membres du CAD doit de nouveau s’inspirer de ces objectifs mondiaux.

Pour Action contre la Faim, la lutte contre le terrorisme doit être distincte de l’aide au développement : la lutte contre la pauvreté doit être remise au cœur du système de solidarité internationale. L’aide au développement et l’aide humanitaire ne sont pas des instruments de défense nationale. »

Mike Penrose

 

Directeur Général d’Action contre la Faim - France

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