Nuit Debout Grenoble - Enquête

Nuit Debout Grenoble, un public paritaire? Un engagement de jeunes ? Un mouvement de bobo ? Un entre-soi de "citoyens" déjà politisés ? Une convergence avec les quartiers populaires ? Cette enquête, qui s'inscrit dans un travail de recherche plus large sur l'engagement à Grenoble, apporte des premières réponses à ces questions.

Nuit Debout Grenoble - Crédit Photo : Titi Photograpghe Nuit Debout Grenoble - Crédit Photo : Titi Photograpghe

Cette enquête fait partie d'un travail de recherche intitulé "Quels blocages à l'élargissement de l'engagement sur le territoire grenoblois ?". Notre volonté est d'apporter de la matière pour nourrir les démarches réflexives des collectifs alternatifs et institutionnels à Grenoble vers le concept de continuum participatif 1.

Principaux résultats de l'enquête

Nuit Debout Grenoble rassemble un groupe de "citoyens" relativement paritaire ayant en grande majorité moins de 35 ans. Une partie, mais pas la majorité, des participants sont déjà ancrées dans la vie politique grenobloise, entre autres, par un engagement dans les dispositifs participatifs de la Ville.

De manière générale on peut dire que le processus n’est pas représentatif mais que ses participants forment une assemblée relativement hétérogène en termes d’âges et de catégories socio professionnelles.

Bien qu’ayant rassemblé des citoyens de tous les quartiers de la ville NDG a globalement échoué dans sa volonté de rassembler un public issu des quartiers populaires de la ville.

Nuit Debout Grenoble est un processus dynamique qui rassemblait, lors de l’enquête, à minima 500 personnes par semaine.

 


 

Résultats détaillés de l'enquête

Comme des sociologues l'on fait à Paris2, il semble pertinent de faire une analyse sociologique des participants de Nuit Debout Grenoble. Nous avons établi une enquête quantitative en ligne du 23 mai au 3 juin 2016. Nous avons obtenu 300 réponses. Ce questionnaire ne prétend pas donner une image représentative des participants au processus. Il a en effet été seulement diffusé sur internet, il a donc un caractère excluant. De plus, il rassemble les réponses des personnes qui ont été « connectées » sur cette courte période de 10 jours et donc pas celles qui ont été engagées en amont ou en aval du processus Nuit Debout Grenoble. Il n’empêche qu’il permet d’élaborer des premières pistes de réponse, de casser certains a-priori et surtout d’ouvrir un questionnement.

 

Nuit Debout Grenoble, un public paritaire ?

Les participants constituent un groupe relativement paritaire : 46,7% de femmes et 53,3% d’hommes.

Enquête Nuit Debout Grenoble - Camille DANTEC et Thomas SIMON - 2016 Enquête Nuit Debout Grenoble - Camille DANTEC et Thomas SIMON - 2016

 

Ce n’est pas un détail anodin car comme le rappel le Conseil de l’Europe en 19923 : « Il faut le dire avec force qu’aucune démocratie réelle n’est possible en Europe si la question de l’égalité entre hommes et femmes n’est pas posée comme un préalable politique ». Cette relative parité est aussi bien supérieure avec ce que l’on peut observer au niveau national avec aux dernières élections 18,5% de femme députés et 21,9% de femmes sénateurs.

 

Nuit Debout Grenoble, un mouvement de jeunes ?

Les médias ont souvent relayé l’information d’un Nuit Debout composé majoritairement de « jeunes ». L’enquête donne en partie raison à cette vision. La moitié des personnes ayant répondu au questionnaire ont en effet moins de 24 ans.

Enquête Nuit Debout Grenoble - Camille DANTEC et Thomas SIMON - 2016 Enquête Nuit Debout Grenoble - Camille DANTEC et Thomas SIMON - 2016

La confirmation d’un mouvement de jeunes par cette enquête est cependant à nuancer par trois arguments. Premièrement on peut constater que la tranche d’âge 25–39 ans représente plus d’un tiers des réponses (37.3%). Deuxièmement, ces réponses peuvent avoir été influencées par le fait que l’enquête ait été diffusée uniquement sur internet, elle peut donc avoir tendance à accentuer la participation des jeunes. Troisièmement, selon l’INSEE4, la moitié de la population de la métropole grenobloise est composée de moins de 35 ans.


Ces trois arguments nuancent le qualificatif d’un mouvement de « jeune » au processus NDG. En revanche on peut dire assez raisonnablement que, sans parler de représentativité, il semblerait que Nuit Debout Grenoble ai rassemblé une certaine hétérogénéité d’âge. Hétérogénéité difficile à retrouver dans les processus participatifs.

 

Nuit Debout Grenoble, un entre-soi de "citoyens" déjà politisés ?

NDG est-il un processus qui regroupe des citoyens déjà politisés comme en sont souvent critiqués les dispositifs participatifs ?

Encore fois la réponse est nuancée : 51,3% des personnes interrogés ont déjà été engagé dans une association ou un parti politique, ce qui est légèrement supérieur à la moyenne nationale avec 45% des plus de 18 ans membre d’au moins une association5.

Enquête Nuit Debout Grenoble - Camille DANTEC et Thomas SIMON - 2016 Enquête Nuit Debout Grenoble - Camille DANTEC et Thomas SIMON - 2016

De la même manière, 63% des personnes interrogées ont voté aux élections régionales en décembre 2015 ce qui est légèrement supérieur au taux moyen de participation à Grenoble qui était de 53,36%.

Enquête Nuit Debout Grenoble - Camille DANTEC et Thomas SIMON - 2016 Enquête Nuit Debout Grenoble - Camille DANTEC et Thomas SIMON - 2016
 

Ces réponses ne nous permettent pas d’affirmer une politisation beaucoup plus importante des participants à NDG par rapport au reste de la population.

 

Une autre question vient alors éclairer notre analyse : 18,9% des personnes interrogés répondent avoir déjà été engagé dans les dispositifs de participations proposés par la municipalité : budget participatif, assise citoyenne, conseil de citoyen indépendant, et autres.

Enquête Nuit Debout Grenoble - Camille DANTEC et Thomas SIMON - 2016 Enquête Nuit Debout Grenoble - Camille DANTEC et Thomas SIMON - 2016
 

Pour utiliser ce résultat nous aurions besoin de calculer le nombre de participants aux dispositifs participatifs. C’est un exercice qui n’a pas été fait par les services de la mairie, il s’avère donc difficile, mais quelques chiffres nous donnent un ordre de grandeur. Comme son nom l’indique environ 150 personnes ont participé au « Conseil des 150 » en 2014.

Les Assises Citoyennes ont rassemblé environ 600 puis 500 personnes dans leurs mises en place en 2015 et 2016. Les septs Conseils Citoyens Indépendants (CCI) sont prévues pour 40 participants donc au total 240 personnes. Ils sont cependant pour l’instant en sous-effectif notamment à cause des difficultés rencontrées avec le processus de tirage au sort. Les ruches qui présélectionnent les projets du budget participatif ont rassemblé 150 puis 200 personnes dans leurs deux sessions en 2015 et 2016. Un millier de personnes ont voté lors du choix des projets du budget participatif en octobre 2015.

Une enquête approfondie permettrait d’approfondir ces chiffres mais en sachant que la commune de Grenoble compte environ 160'000 habitants (en 2013) on peut dire sans trop de risque que les processus participatifs rassemblent aujourd’hui moins de 1% de la population. Ce chiffre n’est pas étonnant par rapport aux autres dispositifs participatifs dans les autres villes de France, la commune de Paris qui a mis elle aussi en place des dispositifs participatifs ambitieux arrive environ à 2% de participation.

 

L’intérêt de ces chiffres dans notre enquête est de montrer que si presque 20% des membres de NDG ont déjà participé à des dispositifs participatifs c’est qu’aux moins une partie d’entre eux ont une certaine forme de politisation, d’action politique, plus importante que le reste de la population. Au minimum ils ont une certaine forme d’ancrage dans la vie politique grenobloise.

La seconde constatation que ces résultats peuvent nous apporter est qu’il existe de fait un lien entre ces deux formes de capacitation citoyenne que sont les dispositifs participatifs et Nuit Debout Grenoble.

 

Nuit Debout Grenoble, un mouvement de bobo ?

Une analyse comparative entre le dossier de l’INSEE de 20134 sur la structure de la population de la commune de Grenoble et l’enquête réalisée sur les participants au processus NDG nous permet de dégager quelques grandes tendances. 

Tableau comparatif PCS INSEE Grenoble et Nuit Debout Grenoble – Camille Dantec et Thomas SIMON - 2016 Tableau comparatif PCS INSEE Grenoble et Nuit Debout Grenoble – Camille Dantec et Thomas SIMON - 2016

  • Sont relativement bien représentés : les cadres et professions intellectuelles supérieurs et les employés.
  • Sont sur-représentés : les artisans, commerçants et chefs d’entreprise, et surtout les personnes sans activité professionnelles, dont les étudiants.
  • Sont sous-représentés : les professions intermédiaires, les ouvriers et surtout les retraités.

Ces résultats sont cohérents avec les précédents sur la sous-représentation des personnes de plus de 60 ans et la surreprésentation des 15-24ans. On peut néanmoins constater une hétérogénéité des participants avec toutes les catégories professionnelles présentent dans l’enquête.

 

Nuit Debout Grenoble, quelle fréquentation des participants ?

La moitié (49,6%) des personnes ayant répondu à l’enquête déclare participer à Nuit Debout Grenoble au moins une fois par semaine. Après analyse statistique des résultats on peut estimer qu’au moins 500 personnes différentes ont participé chaque semaine à Nuit Debout Grenoble durant la période de l’enquête.

 

Nuit Debout Grenoble, une convergence avec les quartiers populaires ?

Un des objectifs du processus NDG a été de s’élargir aux quartiers populaires. L’analyse des lieux de vis des participants peut permette d’analyser la représentativité géographique de NDG.

Nous avons choisi de faire une analyse en fonction des secteurs mis en place pour les Conseils Citoyens Indépendants (de A à G) plutôt que les secteurs administratifs (1 à 6). L’objectif est de pouvoir utiliser facilement des futurs résultats d’enquête sur les dispositifs participatifs et les comparer avec ceux de notre enquête sur NDG.

 

Carte de répartition géographique des participants à Nuit Debout Grenoble - Enquête Nuit Debout Grenoble – Camille Dantec et Thomas SIMON - 2016 Carte de répartition géographique des participants à Nuit Debout Grenoble - Enquête Nuit Debout Grenoble – Camille Dantec et Thomas SIMON - 2016

Nous avons comparé les résultats de notre enquête avec les effectifs de population par secteur pour analyser la représentation des différents bassins de vie pendant les assemblées NDG :

  • Sont relativement bien représentés les secteurs A et E, les quartiers : Berriat, Saint-Bruno, Europole, Presqu'île Capuche, Alliés Alpins, Clos d'or, Bajatière, Abbaye, Jouhaux et Teisseire
  • Sont sur-représentés les secteurs B et C, les quartiers : centre gare, Championnet, Bonne, l’hyper centre, Notre-Dame, Mutualité, Ile Verte et Saint Laurent
  • Sont sous-représentés les secteurs D et G, les quartiers : les quartiers Eaux-Claires, Mistral, Abry, Lys Rouge, Rondeau, Libération, Villeneuve et Village Olympique

 

 Ces résultats sont à prendre avec précaution car la cartographie utilisée pour l’enquête n’est pas exactement la même que celle utilisée pour la comparaison démographique par secteur. Les résultats sont donc légèrement biaisés. De plus cette comparaison a fait l’objet d’une pondération car 34% des personnes interrogées dans l’enquête n’habitent pas sur la commune grenobloise ; ces résultats reposent donc sur 198 réponses. Malgré tout, cette analyse nous permet de dégager deux grandes tendances.

Nuit Debout Grenoble reproduit globalement les inégalités de déficit de participation des habitants quartiers populaires. Le processus a rassemblé des habitants de tous les quartiers de la ville.

 

Conclusion :

Nuit Debout Grenoble rassemble un groupe de "citoyens" relativement paritaire ayant en grande majorité moins de 35 ans. Une partie, mais pas la majorité, de ces "citoyens" sont déjà ancrées dans la vie politique grenobloise, entre autres, par un engagement dans les dispositifs participatifs de la Ville.

De manière générale on peut dire que le processus n’est pas représentatif mais que ses participants forment une assemblée relativement hétérogène en termes d’âges et de catégories socio professionnelles.

Bien qu’ayant rassemblé des citoyens de tous les quartiers de la ville NDG a globalement échoué dans sa volonté de rassembler un public issu des quartiers populaires de la ville.

Nuit Debout Grenoble est un processus dynamique qui rassemblait lors de l’enquête à minima 500 personnes différentes par semaine.

 


Qui sommes-nous ?

Activistes délibératifs engagés pour le changement des pratiques politiques et l'expression du pouvoir d'agir citoyen. Nous préférons le risque de l’analyse au confort des préjugés, le débat aux postures conflictuelles, l’espace public à l’entre soi. Ce blog sera régulièrement alimenté par des articles de recherche-action et des retours d'expérience, notamment sur processus Nuit Debout. Prenons le temps et l’espace de réfléchir. 

Camille DANTEC et Thomas SIMON

 

Pour nous contacter ou pour publier sur le blog : activistesdeliberatifs@lanuee.com

 


 

 Sources :

1. Goirand, C. (2003, Avril). Participation institutionnalisée et action collective contestataire. Revue internationale de politique comparée, pp. 7-28.

2. https://reporterre.net/Qui-vient-a-Nuit-debout-Des-sociologues-repondent

3. Sineau, M. (2003). Parité - Le conseil de l'Europe et la participation des femmes à la vie politique. Edition du Conseil de l'Europe.

4. http://www.insee.fr/fr/themes/dossier_complet.asp?codgeo=COM-38185

5. http://www.associations.gouv.fr/1182-nouveaux-reperes-2012-sur-les.html

 

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