Séralini, ou l'idiot utile de l'industrie OGM

 

En réponse à : Le Père Vert Pépère pour la Lettre ouverte : Séralini et la science

 

      Je ne suis sans doute pas allé aussi loin que vous dans le détail et la vérification des informations données par zdravo (rang de la revue scientifique évoquée, quantité d'études longues) ; en ce qui concerne les "90 jours", j'ai pourtant compris qu'il s'agissait d'une certaine norme en toxicologie - subchronique -  : et rien n'empêche en effet de poursuivre des études sur des durées plus longues (120 jours, 1 an... etc.), mais pas absolument 2 ans non plus !

Bref, je pense que zdravo tente dans ses commentaires (on peut les lire aussi sur cet article d'édition) − à l'instar de Michel de Pracontal dans ses papiers −de démontrer et défendre principalement ce que peut être un esprit scientifique critique face à l'étude de Séralini ; même si les informations données sont parfois, selon vos estimations, parcellaires ou insuffisantes − ce que je n'ai pu vérifier moi-même, faute de formation dans le domaine concerné. Sa démarche est toutefois très pertinente, puisqu'il fournit et partage des analyses et des informations précises, avec mesure et esprit de synthèse (en outre amical) assez peu égalé dans les fils de discussions courants... Il s'agit au passage d'une belle leçon de journalisme, ne trouvez-vous pas ?

En somme, je ne veux pas remettre en cause cette "lettre ouverte" que vous avez judicieusement mis en ligne ici. Cette lettre défend principalement une liberté d'expression scientifique, sans toutefois soutenir explicitement l'étude (et ses résultats) de M. Séralini. Là où je suis simplement d'accord, c'est que les recherches scientifiques − les tests, les suivis, les rapports − doivent pouvoir se poursuivre sans entrave, dans l'intérêt public, que ce soit pour démontrer la nocivité ou l'inocuité des OGM, ou encore autre chose.

De la même façon, si nous soutenons une recherche sans entrave et dans l'intérêt public, alors nous devons conserver d'autant plus notre esprit critique. L'esprit critique préserve et enrichit le débat participatif. C'est pourquoi je pense qu'il est possible et bienvenu aussi de critiquer l'étude de M. Séralini, d'un point de vue scientifique et journalistique. Et en l'occurence, il semble y avoir lieu de critiquer, de vérifier, de débattre.

Ce que je dénonce, ce que je réfute, c'est l'esprit dogmatique, ce sont les idées arrêtées, ce sont les croyances : ce n'est pas parce que Monsieur X est farouchement anti-OGM qu'il doit accueillir gentiment à bras ouvert l'étude de M. Séralini ; la vigilance de Monsieur X devrait tout également se porter sur les prétendus défenseurs de sa propre cause. Monsieur X serait-il prêt à se tirer une balle dans le pied en cautionnant aveuglément une thèse incertaine qu'il juge (qu'il croit) orthodoxe ? Inversement, si Monsieur Y est pro-OGM, pourquoi devrait-il nécessairement conchier Séralini ? Il faut donc impérativement distinguer à un moment ce qui relève des dogmes de ce qui relève de l'analyse rationnelle. Oui, il est possible et permis de critiquer et d'argumenter avec sa raison. Ulysse prend l'arc pour évincer les prétendants. Et j'avoue rester plutôt perplexe, en lisant le fil de discussion, de voir que mes concitoyens, héritiers de Descartes, sont parfois si prompts au dogmatisme et à la théorie du complot !

Moi qui suis plutôt instincivement défavorable à l'industrie des OGM - j'y reviendrai -, je n'ai pourtant pas accueilli favorablement l'étude de M. Séralini. Parce que je crois, du fait de ses imprécisions et de sa visée résolument militante, qu'elle peut risquer de contaminer l'opinion et de discréditer une recherche voisine qui pourrait être à la fois plus sérieuse et plus discrète. Dans sa spectacularisation et ses conclusions approximatives, l'étude de M. Séralini tendrait bien, magré elle, à oblitérer de plus petites initiatives, des recherches plus sourdes et non militantes : M. Séralini pourrait ainsi facilement devenir l'idiot utile de l'industrie pro-OGM.

Si je suis plutôt défavorable à l'industrie des OGM (et il n'y a pas que Monsanto, vous le savez aussi bien que moi) c'est essentiellement parce qu'elle s'inscrit dans un modèle agricole hyper productiviste, qui a déjà montré et prouvé ses limites. J'interrogerais ou dénoncerais davantage ce modède productiviste que l'OGM en tant que tel. Car si la dangerosité des OGM n'est pas prouvée, celle des pesticides, herbicides est en revanche bel et bien établie, principalement pour les agriculteurs. Le maïs (MON 603), aussi appelé "Roundup Ready" − prêt pour le Roundup − est ainsi produit dans une logique de dépendance étroite avec un herbicide, pour une agriculture très intensive.

Bien à vous,

Antoine D.

 

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