Crise à l'UMP, ce que nous apprend Emmanuel Terray

 

En écho à Emmanuel Terray dans Penser à droite (Éd. Galilée, 2012), la crise à l'UMP (et l'émergence d'un chef auto-proclamé) nous a montré ceci que l'autorité, le chef, doit s'imposer de lui-même, comme une puissance supérieure, hors du champ de la persuasion, de la délibération.

Je cite l'auteur : (j'ai moi-même souligné un passage)

« Il faut donc distinguer soigneusement l’autorité de
la persuasion. Celle-ci résulte d’un dialogue entre
personnes égales ; raisons et objections s’échangent
aussi longtemps qu’il le faut, et la persuasion apparaît
comme la conséquence d’un raisonnement probant ;

pour autant que les interlocuteurs partagent la même
logique, elle ne laisse pas d’échappatoire. Égalité des
partenaires, confrontation au travers d’un débat, caractère
rationnel de l’argumentation : telles sont les trois
marques distinctives de la persuasion. Or sur les trois
points, l’autorité se situe à l’exact opposé.

Un dernier point : la confiance est le produit de l’autorité ;
elle ne saurait en être la cause, sous peine de la
rendre conditionnelle. Cela signifie que l’autorité ne
peut pas procéder d’un vote ; une élection peut bien
constater l’existence et le rayonnement d’une autorité,
mais elle n’est pas en mesure de les produire ; écoutons
sur ce point Taine :

Pour qu’une autorité soit respectée, il ne faut pas
qu’elle naisse sur place et sous la main des subordonnés.
Lorsque ceux qui la font sont précisément ceux
qui la subissent, elle perd son prestige avec son indépendance,
car en la subissant, ils se souviennent qu’ils
l’ont faite. […] Le supérieur, s’il est directement nommé
par ceux à qui il commande, leur apparaît comme
leur commis.

La règle est tout à fait générale : l’autorité doit jaillir
d’une source absolument extérieure à celui qui la subit,
et sur laquelle ce dernier n’a aucune prise. Autrement,
nous revenons à la persuasion. »

Mais la crise à l'UMP n'est-elle pas aussi le résultat de ce grand mouvement de déplacement de la gauche, depuis la fin des années 80, vers ce qu'on appelle la social-démocratie, et qui comprime ainsi les positions de la droite classique ?

Pour rejoindre Edwy Plenel dans sa récente chronique audio Qu'est-ce que penser à droite ?, la gauche, une gauche ne serait-elle pas en train de penser à droite, elle aussi ?

 

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