Un problème de hiérarchie verticale dans les rubriques "Commentaires" sur Mediapart

 

Il existe un problème de hiérarchie verticale dans les rubriques "Commentaires" associées aux papiers publiés par les journalistes de Mediapart.

J'ai plaisir à formuler ainsi "hiérarchie verticale", me voulant résolument dissonant, et joueur,  par rapport à l'organisation réputée horizontale chez Mediapart.

Il s'agit en fait d'une difficulté formelle, technique... in situ,  locale si puis-je dire, attachée à la forme même du journal en ligne et des outils de navigation internet mis à disposition du lecteur. C'est d'une réalité très concrète dont je veux ainsi parler.

 

Qu'en est-il ? :  Dans leur rubrique attitrée, les commentaires, disposés verticalement, de haut en bas, sont triés selon la logique (chronologique) du moins au plus récent, ce qui correspond à la topologie courante d'une navigation internet de haut en bas. On peut dire qu'il y a là en outre une évidence culturelle propre aux écritures européennes, lues de gauche à droite, et de haut en bas. C'est un truisme, mais rappelons-le.

Mais là intervient, en sus de ce tri chronologique, un système de "recommandation", où un lecteur abonné peut recommander un commentaire, le créditant alors d'un certain "crédit" s'additionnant. Les commentaires les plus recommandés se voient alors gravir l'échelle bien verticale, remportant finalement "la palme" en évoluant tout à fait en tête de la page de texte. Lorsqu'il y a au moins 3 commentaires ayant été recommandés au moins 10 fois (je peux me tromper sur ce nombre), ils se voient alors occuper une titraille en haut de page baptisée "Les 3 commentaires les plus recommandés", et sur fond gris réservé pour marquer cette différence élective.

Du fait d'être placé en haut de page à l'affichage et sur un fond gris réservé, immédiatement visible, il est notoire qu'un commentaire détient intrinsèquement une haute probabilité d'être lu (c'est une donnée technique, un principe de cause à effet). Et c'est ici  que je considère ce système un peu illégitime démocratiquement, et en tous cas problématique. Ce problème devient singulièrement plus évident - patent - pour les articles qui  suscitent la polémique, c'est-à-dire ceux qui génèrent un plus grand volume de réactions - et nous avons pu le constater en période électorale, mais encore tout récemment avec les papiers de Michel de Pracontal concernant l'étude de M. Séralini.

Pourquoi ? : parce que les commentaires situés de facto en haut de la page sur fond différencié, comme ils détiennent une plus grande probabilité d'être lus, détiennent aussi corollairement une plus grande probabilité d'être recommandés, au regard de la masse des autres commentaires (plusieurs centaines parfois) noyés dans la longue et poussive verticalité. Et c'est ainsi que les commentaires les plus lus sont les plus recommandés, et qu'ils deviennent alors les plus lus en haut de page, simplement parce qu'ils sont déjà les plus recommandés. C'est l'effet "boule de neige". On découvre un système de surenchère cyclique, automatisé. C'est à la fois la limite d'une technique de recensement informatique, de dénombrement, mais aussi d'une topologie propre à la lecture sur internet.

Il y a une autre observation à prendre en considération, qui pourrait confirmer cette limite du système de recommandation. En effet, lorsqu'un papier vient d'être publié et qu'il y a encore peu de commentaires, ils détiennent naturellement une forte probabilité d'être lus, et d'être recommandés (ce sont les premiers à recevoir les votes). Il n'est donc pas rare de constater, sur un fil de discussion volumineux, que les commentaires les mieux notés ne sont finalement ni plus ni moins que les premiers des commentaires...

 

Quels sont ainsi les effets indésirables d'un tel système ? :

Le problème de fond est que ce système génère des inégalités techniques entre les contributeurs.

- la hiérarchie verticale est accentuée logarithmiquement : ce qui est le plus lu est potentiellement le plus recommandé, qui est lui-même le plus lu... etc. On peut alors assister à un enflement épidémique de quelques commentaires - 2, 3, 5 - remontant à l'hélium en tête de gondole (ce sont ces fameux "5 commentaires les plus recommandés") jusqu'à atteindre un état stationaire inaliénable : la muséification. [ un ballon de Koons probablement ]

- la somme, la masse des commentaires, tardifs - ceux qui prennent le train en marche - et peu recommandés tend à échapper techniquement, statistiquement, à la lecture et au débat !

Alors, si jamais la polémique enflammée bat son plein dans les fils de discussions, en générant toujours davantages d'excroissances, de monstres-commentaires gonflés de suffrages acquis de manière bien peu équitable, nous pourrions être amené à penser que le participatif n'est pas toujours vertueux. Pourtant...

Ce que je veux dire : le principe du vote (la recommandation) n'est pas vain en soi, mais ce qui l'invalide est la forme inhérente à la page internet défilée verticalement, associée à ce système automatique d'ascenseur, brûlant la politesse, au passage à la règle chronologique !

Cette mécanique cyclique peut alors contribuer à enflammer des débats sensibles, simplement parce que le système de recommandation contribue potentiellement à jeter malgré lui (machinalement, techniquement, automatiquement) de l'huile sur le feu.

 

Je dénonce donc ici la faille d'un système initialement pensé comme participatif, démocratique, mais qui comporterait une forme mécanique, automatique (informatique) inadéquate, pouvant mettre en danger le projet initial. L'introduction de processus automatiques dans une construction se désirant démocratique, participative, doit donc ainsi être évaluée de très près.

Je critique, mais je n'ai pas de solutions immédiates pour améliorer ce processus. J'y pense.

Ne serait-il pas pensable, par exemple, de différer les résultats des votes (commentaires) ? - comme cela se fait naturellement aux élections -

Un ordre alphabétique des commentateurs ne serait-il pas plus adéquat qu'un ordre chronologique ?

Mediapart pourrait peut-être soumettre cette question à ses abonnés ?

 

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