Etats généraux sur la laïcité: débat sur l'identité nationale qui ne dit pas son nom

Les Etats généraux de la laïcité, organisé par Mme Schiappa, ministre déléguée à la citoyenneté commencent aujourd’hui. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’annonce de la tenue de ces états généraux m’a laissée perplexe. D’abord sur son origine, ensuite sur son but. Ces états généraux s’adressent aux mauvais.e.s citoyen.ne.s, celles et ceux qu’il faut remettre sur le droit chemin.

Les Etats généraux de la laïcité, organisé par Mme Schiappa, ministre déléguée à la citoyenneté commencent aujourd’hui.

Je ne suis pas présente étant donné que je suis Suissesse et que j’habite en Suisse. Pourtant, comme responsable politique (députée au Parlement suisse), les questions concernant la place de la religion dans la société font également partie de mon quotidien (et de mon travail politique). La question de la laïcité est par ailleurs une discussion désormais européenne, voire mondiale avec ses différents modèles (à la française comme on dit ou à l’anglaise).

Le moins que l’on puisse dire c’est que l’annonce de la tenue de ces états généraux m’a laissée perplexe. D’abord sur son origine, ensuite sur son but.

En effet, Mme Schiappa a fait le lien effarant entre laïcité et citoyenneté (« la laïcité est le ciment de la citoyenneté »). Effarant parce qu’en liant la citoyenneté à la laïcité, elle définit ainsi ce qu'est être un.e bon.ne français.e ou un.e bon.ne citoyen.ne, elle instaure un débat sur l'identité française sans vraiment le dire et c’est une définition de l’identité française qui exclut. Tout cela devrait faire monter au créneau mes camarades français.

Au fond ces états généraux s’adressent aux mauvais.e.s citoyen.ne.s, celles et ceux qu’il faut remettre sur le droit chemin. Alors même que la citoyenneté en France comme ailleurs est de loin plus ample que le rapport à la laïcité. Et les citoyen.ne.s, toutes et tous les citoyen.ne.s, méritent d’être reconnus non pas par des états généraux excluant, mais par des actes qui promeuvent les droits à l’égalité des chances et j’en passe. Pour paraphraser l’islamologue Rachid Benzine, on ne répond pas à l’obésité de l'islam, (puisqu'au fond c'est de cette religion dont il s'agit par les initiateurs de ces états généraux) par l’obésité de la laïcité. Et on en tous les cas, on ne la lie en aucun cas à une identité excluante…

Je ne souhaite pas en revanche m’exprimer sur le but de ces états généraux qui concerne à ce stade la politique interne en France et qu’il ne me sied pas de commenter.

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