Grogne au Sénégal contre la décision d’Orange de revoir ses barèmes de de commission

La société de téléphonie mobile Orange a annoncé mi-mai une baisse de 70% des commissions touchées par ses intermédiaires. Après l’échec du dialogue social, ces derniers se mobilisent. Quelques semaines après le scandale Eiffage, ce bras de fer vient souligner la dépendance des acteurs sénégalais vis-à-vis de la France.

Une nouvelle tarification des intermédiaires en téléphone mobile est en passe d’être appliquée au Sénégal. Orange Finances Mobiles Sénégal a déployé un nouveau barème de commissionnement ses revendeurs, qui induit une perte de 20% de leurs revenus. Après un échec des discussions avec Orange, les quelques 8 000 acteurs d’Orange Money au Sénégal ont prévu de tenir un sit-in devant le siège de la société télécoms le 6 juin. Leur revendication : le retour de leur commission au taux initial.


Doudou Ndiaye l'un des leaders du mouvement estime ces nouveaux tarifs intenables : « Pour un dépôt de 1 000 francs, on recevait 18 francs comme commission. Maintenant, Orange nous donne 7 francs, ce qui est inacceptable. Ce n'est pas une concertation, c'est un forcing ! Et ça ne va pas passer, nous n'allons pas l'accepter. »


Sa complainte trouve des échos chez Khalil Ndiaye, le vice-président du Réseau national des prestataires d'argent (RENAPA), membre du Cadre de concertation des distributeurs d'Orange Money, révèle enfonce le clou : « il faut 100 transactions de 1 000 Fcfa pour gagner 700 Fcfa », ce qui génère un « énorme manque à gagner ».


Le RENAPA dénonce la « décision unilatérale (…) injustifiable ». Et ce d’autant que le marché du transfert d'argent via téléphone, est en pleine expansion en Afrique. Dans ce contexte, les revendeurs accusent le groupe français de pratique une « recolonisation économique de l'Afrique » et de « vampiriser l'activité » au risque de « tuer totalement l'activité au niveau du Sénégal.
Orange rétorque que cette révision garantit un meilleur partage des fruits de l’activité, et rappelle que les distributeurs sont toujours les acteurs les mieux rémunérés sur la chaîne. L’argent économisé doit servir, selon le groupe, à lancer de nouveaux services comme le paiement de salaires par téléphone ou la rémunération de la relève des plafonds des comptes clients mieux identifiés. D’après Orange, ils permettront aux distributeurs d’avoir plus de transactions à court terme.
Une justification rejetée en bloc par les intéressés, qui reprochent au groupe de ne « pas avoir été concertés » à propos ce changement de stratégie. Un reproche qui revient souvent chez les intermédiaires des entreprises françaises en Afrique, et qui souligne à quel point le Sénégal demeure aujourd’hui encore inféodé à la France et ses entreprises. Aussi, cette crise constitue un signal fort pour inciter Macky Sall à mettre en place un partenariat gagnant-gagnant, à un an des élections présidentielles.

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