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Billet de blog 1 oct. 2020

Abstentionnisme électoral et politique des jeunes

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Abstentionnisme électoral et politique des jeunes :

Adam BOUBEL

L'union fait-elle la force?

On a vu de tout, des alliances surprenantes, parfois impossibles, et des coalitions naturelles. Mais le trait commun de toute union valable et qui donne de réels résultats est la légitimité du pourquoi on pactise. 

 Aujourd'hui, dans le champs politique marocain, plusieurs alliances commencent à émerger des salons des grandes villas de souissi. La plus inédite est celle de l'alliance des jeunesses partisanes des partis de la majorité et de l'opposition. Cette alliance, qui regroupe les secrétaires généraux des jeunesses de l'Istiqlal, de l'USFP, du PAM, du RNI et du PPS, a commencé ses tractations avec les chefs des partis. Qu'est-ce qui les réunis? l'augmentation du quota des jeunes au parlement, c'est-à-dire plus de discriminations positives à leur (notre?) égard. 

La raison qui les réunit est-elle légitime?

Jamais un tel groupe n'avait été formé, que ce soit pour défendre les droits des jeunes, leur insertion professionnelle, leur accès aux études supérieures, ou plus de protection sociale pour les jeunes travailleurs…, pour n'aborder que des thématiques relatives aux jeunes. Bien sûr, je ne nie pas que ces jeunesses partisanes cherchent des solutions à ces problèmes, mais indépendamment. 

Quid de la liste nationale des jeunes?

Dans beaucoup d'Etats, la discrimination positive se fait principalement sur la base du critère du sexe (masculin/féminin) et cela pour l'inclusion des femmes dans des domaines monopolisés par les hommes (ici la politique). Dans certains Etats, le critère de la race ou de l'origine peut également entrer en compte, tel qu’aux Etat-Unis ou en France. Au Maroc, en plus de la discrimination positive au profit des femmes à travers les listes nationales réservées aux femmes instituées en 2002, la liste nationale des jeunes a fait son apparition dans les élections législatives de 2011, dans un contexte chargé suite au mouvement du 20 février et de la nouvelle Constitution. 

Pourquoi ne pas avoir introduit la discrimination positive dans la constitution?

En effet, le quota réservé aux femmes et aux jeunes n'est pas édicté par les disposition de la Constitution de 2011, mais par la loi organique relative à la Chambre des représentants. La discrimination positive est un principe qui permet d'instituer des inégalités pour promouvoir une certaine égalité. Elle a pour caractéristique fondamentale le fait d'être temporaire. Et c'est justement pour cela qu'elle n'est pas disposée dans la constitution: le processus de révision de la constitution est lourd et nécessite beaucoup de moyens contrairement à la révision d'une loi organique. En ne l’érigeant pas en tant que principe constitutionnel, le constituant savait qu'elle ne devait pas être la règle, mais plutôt l'exception, une sorte d'exercice démocratique dans l'optique de démontrer que les femmes et les jeunes pouvaient intégrer le parlement.

La liste des jeunes a-t-elle servi à quelque chose?

Il est évident qu'on ne peut pas enlever à cette liste un acquis qui est la présence de 30 jeunes au minimum sous la coupole du parlement. Mais est-ce que les parlementaires qui ont été élu grâce à cette liste sont encore jeunes quand ils finissent leurs mandat législative? Je ne peux répondre à cette question par manque de données sur le site officiel de la Chambre des représentants. En tout cas, au Maroc, une personne qui a plus de 40 ans n'est plus considérée comme étant un jeune.

L'introduction de cette liste me laisse perplexe: est-ce qu'elle a été introduite pour que ces jeunes défendent les problèmes qui concernent la population ayant la même tranche d’âge qu'eux ou pour introduire du sang neuf au sein de l'hémicycle?

Malgré cette liste, la participation des jeunes aux élections n'a pas augmenté. Cette catégorie de personne représente le plus grand groupe au Maroc puisqu'elle représente 35% de la population. Mais c'est également le groupe qui vote le moins. 

Il ne faut pas oublier un point important: le rôle du Ministère de l'Intérieur dans le processus électoral mais surtout dans la période d’inscription des citoyens dans les listes électorales. Moi même j’ai soumis deux demandes (la première en 2018 et la seconde en 2019) pour m’inscrire par internet pendant le délai qu’ouvre le ministère mais aucune réponse de leur part. 

Cette liste a contribué à deux choses: à faire élire encore plus de jeunes parachutés choisis par les chefs des partis sur un critère familial ou pécuniaire et déresponsabiliser ces jeunes politiquement.

En ce qui concerne le premier point, ce phénomène s'est transformé en rente puisque les têtes de liste de ces listes sont au final choisi par les chefs des partis ou par les bureaux politiques, en tenant la jeunesse du parti éloignée de ces tractations, bien que les loi internes (القوانين الداخلية) de ces partis insistent sur la démocratie interne et sur le choix des candidats présentés sur la liste nationale des jeunes par les membres du Conseil National de la jeunesse du parti.

Pour encourager les jeunes à participer au processus électoral, et encore plus à la vie politique, aucune liste, aussi discriminative quelle puisse être, ne pourra aider à cela. Au contraire, ces listes ne servent qu'à faire ressortir le principal aspect de la politique marocaine actuelle, celle du domaine des intérêts.  Pas dans le sens noble du terme, c'est-à-dire les intérêts généraux des citoyens et de la Nation, mais plutôt les intérêts personnels.

En ce qui est du deuxième point, une étude de Tafra nommée "Le Maroc vote (les élections législatives en chiffres (1963-2011)) montre que "les électeurs qui pensent que les élus sont à l'écoute sont plus enclin à voter". Un élu est responsable devant les électeurs de sa circonscription en ce sens que s'il ne satisfait pas politiquement ses électeurs il ne sera pas réélu pour un autre mandat. Quand on est élu par la liste nationale, il n'y a pas de responsabilité politique puisque le vote est national et donc on n'est pas lié directement à une circonscription mais également parce qu'on n’a le droit d'être élu à travers ces listes qu'une seule fois, alors la responsabilité politique envers le chef du parti et aux personnes qui ont appuyé votre candidature se substitut à la responsabilité politique envers les électeurs.

Aujourd'hui, la discussion ne devrait pas, à mon sens, être centrée sur l'abstention électorale des jeunes mais plutôt leurs abstention politique. D'après Daniel Gaxie, la politisation est la réponse à cette problématique. Une politisation mal faite ou pas faite du tout entraînera une sous-représentation de la catégorie dépolitisée. Et la politisation se fait en premier lieu au niveau local. Tant que les partis persisteront à délaisser les sections locales, la population persistera à se désintéresser des élections. Et si les partis sont réellement attachés à introduire les jeunes aux parlements, cela devra se faire également au niveau local. Proposer des jeunes plutôt que des barons dans les prochaines élections législative sera la preuve que les partis ne sont pas de mauvaise foi.

Adam Boubel

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