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Billet de blog 18 juin 2022

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Des deux côtés de l’Atlantique, la gauche au rendez-vous

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Des deux côtés de l’Atlantique, la gauche au rendez-vous 

Par : Adam Boubel

 De temps à autres, tous les regards se tournent vers une même direction et cela à un moment donné. Ce dimanche 19 juin 2022, ce sera encore le cas. A une exception près, puisque ce seront deux évènements, sur deux continents différents, qui accapareront notre attention. Le décalage horaire nous permettra d’analyser la situation dans chacun des pays concernés sans crouler sous les articles ni être obligés de zapper constamment de chaîne télévisée.

Il est question des seconds tours en France et en Colombie respectivement des élections législatives et des élections présidentielles. Dans les deux cas, la gauche a déjà gagné, ne serait-ce que symboliquement, mais aussi et surtout sur le long terme.

En ce qui concerne les élections à l’Assemblée Nationale française, le grand exploit fut de se réunir. Après 25 ans de divisions, de scissions et de nomadisme politique, la gauche est partie unie de la ligne de départ. La Nouvelle Union Populaire, Écologique et Sociale (NUPES), qui regroupe les socialistes, les communistes et les écologistes autour des insoumis, première force de gauche à l’élection présidentielle, s’est placée en première position lors du premier tour, dépassant ainsi la majorité présidentielle. Malgré les entraves institutionnelles[1], la gauche a su rassembler derrière elle plus de 26% des voix exprimées. Il est également à noter que la NUPES a réussi à faire élire dès le premier tour 4 députés, un exploit face à la majorité présidentielle qui n’en a fait passer qu’un seul. Localement, dans la 9e circonscription des français de l’étranger[2], le candidat sous la bannière du V[3], Karim Bencheikh, a recueilli près de 40% et s’est hissé en première position lors de la première phase du scrutin, dépassant de 12% sa rivale Elisabeth Moreno, ancienne ministre macroniste. En outre, cette union a capitalisé sur l’espoir qu’elle a créée et a permis de dépasser les clivages partisans et personnels dont la gauche française a été le nom depuis bien des années. Cette coalition, dont le programme est celui qu’avait présenté La France Insoumise lors des élections présidentielles – certes avec quelques nuances, a un objectif clair : élire Jean-Luc Mélenchon premier ministre. En effet, le terme « élire », qui a été utilisé lors de cette campagne pour permettre de populariser leur but au plus grand nombre de français, est juridiquement faux, mais vrai en pratique. Juridiquement, « le Président de la République nomme le Premier ministre », conformément à l’article 8 de la constitution française. Cependant, l’article 20 de cette même constitution dispose clairement que le gouvernement est responsable devant le parlement. Avoir une majorité absolue à l'Assemblée Nationale est donc une condition sine qua non pour pouvoir être premier ministre. Élire une majorité de députés de gauche conduira donc indirectement à « élire » Mélenchon à Matignon, siège de la primature. Le Président de la République détient toujours le pouvoir de dissoudre l’Assemblée Nationale, mais l’histoire rappelle que la dernière fois où un Président y a eu recours – Jacques Chirac en 1997, il s’est vu imposer une cohabitation avec les socialistes ! Bien qu’ayant perdu l’élection présidentielle, la gauche a su se relever et s’apprête à régner sur l’Assemblée Nationale que ce soit comme première force politique, ou comme première force d’opposition.

De l’autre côté de l’Atlantique, il est question du deuxième tour de l’élection présidentielle colombienne. Il y a quelques mois, cet Etat longtemps marqué à droite de l’échiquier politique a connu « une percée historique de la gauche » au sein du Parlement, comme le titrait beaucoup de médias francophones. Composé de deux chambres, comme au Maroc, le centre du pouvoir législatif a vu le « Pacte historique » arriver en première position au Sénat et en seconde à la Chambre des Représentants, sans pour autant acquérir la majorité absolue. L’accord entre les diverses tendances de la gauche colombienne est inédit et a, en plus des résultats historiques des législatives de mars dernier, permis à Gustavo Petro, leader de cette union, de recueillir 40% des suffrages au premier tour de cette élection présidentielle. Gustavo Petro, ancien maire de Bogota et candidat pour la troisième fois au poste de Chef de l’Etat – comme son homologue Jean-Luc Mélenchon d’ailleurs, aura de nombreux dossiers à traiter s’il réussit la prouesse de faire gagner la gauche ce dimanche 19 juin : corruption, inégalités sociales et territoriales, mais également l’application de l’accord de paix signé il y a quelques mois entre l’Etat et les guérilleros des FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie).

Que retenir de ces deux expériences de la gauche sociale-démocrate ? Que ce soit la NUPES ou le Pacto histórico, les deux blocs de gauche ont su se regrouper sur un point : l’espoir. L’espoir du changement, de la réduction des inégalités, du pouvoir d’achat, de la planification écologique, du féminisme, de l’antiracisme mais également l’espoir de former un contrepoids important contre la bourgeoisie qui s’est accaparée les richesses sur le dos des plus précaires depuis des années et qui a profité de la pandémie pour en rajouter une couche. Les chiffres ne mentent pas, les dividendes des actionnaires des grands groupes n’ont jamais été aussi important, alors même que les classes populaires se voient dépossédées et désemparées par l’augmentation des produits de première nécessité.

Au Maroc, nous avons clairement raté l’occasion du 8 septembre 2021. Dans un article du 7 septembre[4], j’écrivais  : « si j’avais pu voter, dans l’idéal, j’aurais aimé voter pour une liste commune entre toute la gauche ». Ce vœu n’était pas un simple caprice.

Sachant éperdument que la gauche unie au parlement n’aurait pas de rôle sans la colère de la rue, elle reste néanmoins une antenne importante des revendications sociales. Aujourd’hui, on est au point mort. Devant un gouvernement représentant les intérêts des grandes fortunes qui profitent du travail des ouvriers et de la complaisance des syndicats, aucune voix ne s’élève face à ses déviations. Face au conflit d’intérêt flagrant du Chef du Gouvernement, qui se permet de mettre de son côté les influenceurs des réseaux sociaux et de s’offrir la passivité des médias, le citoyen souffre de la hausse insultante des prix des produits de première nécessité, notamment celui du carburant qui enregistre des prix incompréhensibles dont l’explication se trouve dans la spéculation et dans l’absence de régulation des prix, au grand bonheur de M. Aziz Akhennouch.

Il y a quelques semaines, une délégation de présidents des groupes parlementaires d’opposition s’était déplacée auprès des chefs de leurs partis politiques pour rabibocher leur direction respective. Dans le numéro 1612 d'Alousboue Assahafi, hebdomadaire marocain, Abdellah Bouanou, président du groupement parlementaire du PJD, revient sur cette coordination inter-groupe. On apprend des lignes de l'article concerné que cette coordination concerne actuellement la loi relative aux droits d'auteurs, la révision du règlement intérieur de la Chambre des Représentants, et enfin le projet de loi relatif à la charité publique. Aucune coordination donc portant sur le pouvoir d'achat ou les libertés publiques. Ceci n’est pas de la politique. La politique serait de faire front commun pour contrer l’appétit de ce gouvernement vorace qui a trouvé un boulevard devant lui. Cet accord parlementaire permettra ensuite de le transposer au niveau des syndicats et peut-être même dans la rue. Mais cela ne peut aboutir que si la volonté politique est au rendez-vous, comme c’est actuellement le cas en France et en Colombie.

[1] Notamment le refus de la part du Ministère de l’Intérieur de considérer la NUPES comme nuance politique et la non comptabilisation des candidats de la NUPES en outre-mer comme faisant partie de cette coalition pour placer la majorité présidentielle en haut du podium du premier tour au détriment de la gauche.

[2] Qui regroupe 16 Etats d’Afrique du Nord et d’Afrique de l’Ouest, dont le Maroc.

[3] Logo officiel de la NUPES : « V » pour « Victoire ».

[4] Demain, je ne voterai (malheureusement) pas, 7 septembre 2021. https://lumieresvives.blogspot.com/2021/09/demain-je-ne-voterai-malheureusement.html

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