Les migrants doublement refoulés à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne

Une tragédie se joue à la frontière de la Pologne avec la Biélorussie. Nous, membres de l’ADDP, sommes indignés par les agissements du gouvernement issu du parti Droit et Justice (PiS). Vu l’escalade des actes de brutalité et de cruauté, nous tirons une sonnette d’alarme.

La famille de migrants © Wojtek Radwanski / APP La famille de migrants © Wojtek Radwanski / APP
Quelles sont les sources d’une telle situation inédite ?

La Pologne est visée par le régime biélorusse d’Alexandre Loukachenko, qui laisse transiter vers ses voisins occidentaux un nombre croissant de demandeurs d’asile dans le but de déstabiliser l’Union européenne. La Biélorussie promet aux réfugiés de les aider à entrer en UE, les pousse à franchir la frontière, sachant très bien qu’ils seront refoulés par les Polonais. Ils sont alors ballottés d’un côté à l’autre de la frontière et les autorités de deux pays jouent une partie cruelle de ping-pong politique. Le bilan des migrants morts à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, la limite orientale de l’UE, est passé à six vendredi 24 septembre, tandis que des ONG polonaises mettent en garde contre une crise humanitaire.

Les ONG et journalistes sont systématiquement refoulés et/ou bloqués sous prétexte des restrictions de l’état d’urgence dont l’instauration et la prolongation sont critiquées par l’opposition polonaise.

Des immigrés extra-européens viennent de pays en guerre comme l’Irak, ou gouvernés par des régimes criminels comme l’Afghanistan. Ils sont pris pour cible par le parti PiS qui en tire des profits politiques étant donné que la plupart des Polonais est hostile à la venue des migrants.

Selon la Convention de Genève de 1951 sur les réfugiés, signée par la Pologne, « les demandeurs d'asile ne devraient jamais être pénalisés, même pour le franchissement irrégulier de la frontière ». Ces migrants ont non seulement le droit de traverser la frontière, de pénétrer le territoire européen mais également de déposer des demandes d’asile, tout en bénéficiant de la protection de la procédure internationale. Au lieu de cela, lorsqu’ils arrivent en Pologne, les gardes-frontières polonais les reconduisent à la frontière biélorusse.

Le 20 août, les 32 Afghans bloqués à la frontière ont tous présenté, par l'intermédiaire de leurs avocats, une demande de protection internationale en Pologne, montrant qu'ils souhaitaient rester dans le pays. Les mesures provisoires ordonnées par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) le 25 août, puis prolongées le 27 septembre, ordonnent pourtant à la Pologne de fournir une assistance à ce groupe de réfugiés, notamment " une alimentation adéquate, de l'eau, des vêtements, des soins médicaux et, si possible, un abri temporaire ". Jusqu'à présent, les autorités polonaises ne se sont pas soumises à ces mesures.

Le gouvernement polonais estime que la Biélorussie conjointement avec la Fédération de Russie mènent une guerre hybride contre la Pologne. L’état d’urgence sur les frontières, décrété par les autorités polonaises peut être perçu comme un premier pas vers un conflit armé que presque personne ne souhaite.

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La commissaire européenne aux affaires intérieures, Ylva Johansson, a rencontré le ministre de l’Intérieur polonais, Mariusz Kamiński, à Varsovie le 30 septembre, pour discuter de la situation à la frontière orientale de l’UE avec la Biélorussie. Selon Mme Johansson, le principal problème est le manque de transparence à la frontière. « J’ai souligné l’importance pour les autorités polonaises de s’assurer de manière transparente que toute législation, politique ou pratique à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie est pleinement conforme à l’acquis communautaire ». La commissaire a également déclaré que « la Pologne, en tant qu’État membre fort de l’UE, peut montrer que la capacité de protéger la frontière peut aller de pair avec la capacité de respecter les droits fondamentaux et les obligations de l’UE ».

La Pologne devrait participer à la politique de l’UE de protection des frontières et autoriser les représentants de Frontex, dont le siège se trouve à Varsovie, à se rendre à la frontière avec la Biélorussie. L’état d'urgence (qui n’existait plus en Pologne depuis la chute du communisme en 1989), prolongée de 60 jours, contre la vague d'immigration clandestine est inhumain et inacceptable. Il empêche la surveillance des violations des droits humains, suscitant des inquiétudes quant au traitement des réfugiés.

Le représentant de l'ONU est intervenu le 6 octobre auprès des réfugiés à la frontière. Il appelle la Biélorussie et la Pologne à cesser de sacrifier des vies humaines au nom de la politique.

Les actions des autorités polonaises et biélorusses sont commises contre des victimes de régimes inhumains, de guerres et d'une pauvreté extrême. Parallèlement, on voit à la télévision officielle les images présentant les migrants cachés dans les forêts comme des êtres inférieurs dangereux pour la « civilisation chrétienne », et on entend les commentaires sur l’étanchéité des frontières.

Nous l’Association Défense de la Démocratie en Pologne demandons à tous les gens de bonne volonté de s’opposer à ces agissements politiciens ignobles et appelons les gouvernements des pays membres de l’UE à intervenir auprès du gouvernement polonais pour que les migrants trouvent un accueil digne et une aide humanitaire à laquelle ils ont droit.

N’oublions pas que les horreurs du siècle dernier ont commencé par l’exclusion et la stigmatisation des certaines catégories des personnes. Les mots conduisent aux actes. N’attendons pas qu’il y ait plus de victimes des politiciens cyniques. Agissons, ne restons pas indifférents.

Par Aleksander Baczko, Krystyna Baczko, Agnieszka Grudzinska
au nom de l’Association Défense de la Démocratie en Pologne

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