MISÈRE ET INDIFFÉRENCES....

Dans nos rues, la misère ne s’étale plus en « blanc sur fond blanc » mais désormais, elle exhale des couleurs qui « font tâche ».

Dans les couloirs du métro, sur les trottoirs de nos villes, la misère était devenue invisible par la magie de notre indifférence. Nos « clochards » faisaient partie du décor dans la mise en scène de nos sociétés « riches, modernes et développées ». Ils ne détonnaient que peu. Après tout, nous partagions avec eux, le même accent, quoique le leur fut altéré par le timbre de leurs voix trop souvent embrumées par les vapeurs d'alcool. Nous buvions le même vin. Certes, nous buvions le nôtre à table, au chaud et dans des verres appropriés, tandis qu'eux buvaient le leur, dit « de table », au goulot, à même un sol à la fois table et chaise, et livrés aux caprices du temps. Leur « vinasse » les rapprochait de nous. Ils étaient comme nous, attachés à un de ces produits emblématiques de l'identité française. En fait, nos « pauvres bien à nous » nous ressemblaient trop pour être visibles. Trop « ton sur ton », trop « blancs » sans doute ! On en croisait bien quelques-uns de cette  « diversité » qu'on s'échine à rendre visible, mais ils restaient discrets, fondus dans un magma de misère.

Aujourd'hui, c'est l'avènement de la « diversité visible », le temps de la « différence qui s’affiche exagérément ». La misère ne s’étale plus en « blanc sur fond blanc » mais elle exhale des couleurs qui « font tâche ». Le « pauvre » ne se cache plus, ne fait plus profil bas. Sous des tentes alignées dans nos squares, sur les terre-pleins de nos villes ou bien couchés à l’abri sous les porches de nos immeubles, ils sont là, sous nos yeux. Exposés par tous les temps à nos regards de citoyens trop occupés pour être sensibles à une pauvreté qui nous côtoie pourtant depuis si longtemps. Les « migrants » sont en passe de réussir là où des générations de « clochards » et de «SDF » avaient échoué ! Il semble bien qu'ils ont déjà réussi malgré eux, à nous faire voir ce que nous nous étions jusque-là refusés à voir ! La Mondialisation déborde de sa « misère globale » jusque sur nos trottoirs. Le drame des « migrants » est un « tsunami » qui déferle et emporte nos indifférences. Il nous invite à nous engager pour le meilleur mais aussi parfois hélas, pour le pire....

 Adedognin ABIMBOLA 

 

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