La condition de la Femme en ce début de deuxième millénaire - Deuxième partie

A l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, je mets ici en lumière le fait que hommes cis s’octroient un droit sur le corps de la femme, soit de manière assumée, soit de manière insidieuse à cause, entre autres, du patriarcat et de la culture du viol. Les violences sexistes et sexuelles sont un fléau. La culpabilisation des victimes est un cauchemar lancinant.

Le 8 mars 2021 est la journée internationale des droits des Femmes. On ne pouvait pas trouver meilleur jour pour faire grève et écrire ce second article. Dans le premier, je dressais un état des lieux assez généraliste. Ma thèse était que non seulement les droits obtenus ne sont jamais entérinés (de manière générale et d’autant plus pour les minorités), mais qu’il y a une réelle différence entre l’égalité en droits supposée et l’inégalité réelle et quotidienne, celle qui est diffuse et dans toutes les sphères : professionnelle, privée, dans l’espace public ou au sein de la conscience collective. Il y a un réel écart de traitement, de considération et de traitement entre les hommes et les femmes. Et ce phénomène est démultiplié lorsque que vous êtes une femme appartenant à une minorité de genre ou d’éthnicité (1). N.B. : ici, sous le terme de “femmes”, je prends bien évidemment en considération les personnes trans et les non-binaires.

Parlons de l’aliénation du corps des femmes. Les femmes de nos jours sont harcelées, battues, violées et tuées, et ce, toutes classes sociales et toutes nationalités confondues. Pourquoi ? Parce que l’homme pense encore et toujours avoir un droit sur le corps de la femme. Cette notion peut être soit assumée, voire même revendiquée comme chez les masculinistes (2). Soit elle est insidieuse à cause de la culture du viol.

C’est une culture dans laquelle tout le monde baigne, qui mène les hommes à se sentir totalement dans leurs bons droits d’exercer une quelconque emprise sur le corps ou l’esprit des femmes et qui mène ces dernières à ne pas se sentir légitime de gueuler contre cette emprise (3, 4), et ce depuis des millénaires : droit de cuissage au Moyen-âge, mariages forcés, vision du viol par les hommes totalement erronée il y a 50 ans (5), etc. 

Par exemple, dans un Woody Allen, qui est supposé faire des films “de nanas” on suit le personnage principal masculin pour qui notre affection grandit car justement il est timide et “n’est pas comme les autres mecs”. Puis on l’y voit resservir des verres d’alcool à sa “conquête” car elle a décliné poliment son invitation à rentrer chez lui, mettant à mal ses espoirs de rapport sexuel avec elle. Bon, ce n’est pas étonnant venant de ce réalisateur accusé d’agressions sexuelles par sa propre fille adoptive (6).

Aujourd’hui, il est normal pour des mecs de faire boire ou de pousser, via la pression sociale, des meufs à boire pour pouvoir ensuite avoir des rapports sexuels avec elles car elles opposeront moins, voire, plus aucune résistance.

J’ai de très nombreux.ses ami.e.s qui, avant un date, vont boire un petit coup histoire de se désinhiber un peu de leur manque de confiance en ielles et donc de leurs peurs de ne pas plaire, de ne pas être bell.aux ou intéressant.e.s auprès de cette personne qu’ielles ont envie de voir. Cette situation, bien que triste en soi et qui n’existerait pas dans une société où les individus n’auraient pas une valeur marchande, premier facteur de dévalorisation personnelle, est cependant compréhensible et vient, ici, de la volonté de la personne qui décide de boire un coup.

Dans l’autre cas, celui où, au cours d’une soirée un mec force une nana à boire, soit en lui foutant la honte “oh mais quoi, t’es vraiment pas drôle comme meuf”, soit la pression ou que sais-je encore, et qu’après coup il y a rapport sexuel entre ces deux personnes, alors il n’y a pas consentement. Que la fille, sous les effets d’une ivresse excessive et dans une semi conscience finisse par céder au rapport ou que la fille se fasse pleinement violer pendant son sommeil, la situation est la même car dans la première configuration, iel n’est pas en état de pleine conscience amenant à un consentement clair. Combien sommes-nous à nous être réveillé.e.s le lendemain matin et à avoir ressenti cette honte et ce dégoût profond de nous et de l’autre après avoir réalisé ce qui s’était passé ? Et le verbe “réaliser” exprime bien mon argumentaire car effectivement, à ce réveil, même si on se souvient vaguement de ce qui s’est passé (et encore), on a bien une “prise de conscience” ce qui montre bien que le pseudo consentement de la veille n’avait rien d’un acte de pleine conscience. 

Mais la culture du viol parlera alors de “zone grise”, de cette zone où il est “difficile d’établir s’il y a eu consentement”. Et je peux vous dire que ce n’est pas la seule tactique développée et partagée par les mecs ; les blogs, vidéos, ou autres médias ayant pour contenu des conseils pour “comment séduire une fille ?”, “Comment ramener une fille chez soi ?” ou encore “Comment arriver à coucher au premier rendez-vous avec une fille ?” se multiplient tous les jours. Des premières soirées à l’adolescence jusqu’au sein du mariage, le corps des femmes est un but ultime à atteindre et il n’est fait aucune considération de la personne sensible habitant ce corps. L’homme s'octroie le droit de disposer du corps des femmes et met en place des stratagèmes afin de pallier son refus (7, 8, 9).

La culture du viol c’est aussi le renversement de la culpabilité de l’agresseur sur la victime. Toutes les victimes de viol, toutes sans exception, pourront témoigner de la réaction d’un proche ou d’un flic qui lui aura demandé pourquoi elle avait bu à cette soirée-là, pourquoi elle était habillée comme elle l’était, pourquoi elle n’a rien dit, rien fait, pourquoi est-ce qu’elle n’a pas porté plainte tout de suite, etc. Dernier scandale en date montrant bien l’imprégnation de la culture du viol : le tweet de la Police Nationale mettant en scène une femme et un homme sur leur portable et disant, je cite :”Il a bien reçu TON NUDE. Tes amis, tes parents, tes camarades de classe, tes cousins, tes professeurs, tes voisins, ton boulanger, ton ex-petit ami, ton facteur, tes grands-parents, ta nièce aussi.” (10). Ce raisonnement qui se veut logique est absurde. A-t-on déjà vu des campagnes de prévention des accidents de la route disant :”Prendre la voiture c’est s’exposer au risque qu’un conducteur en état d’ivresse vous percute et vous tue.” ? Non, parce que ce serait absurde et ce serait condamner la victime. Et bien là, c’est pareil. Soyons honnêtes deux secondes, tout le monde s’envoie des nudes de toute façon ! Le criminel c’est celui qui en fait du revenge porn en le diffusant, c’est tout, et c’est condamné par la loi.

La culture du viol c’est aussi le genre de paroles que ton propre père prononçait pendant toute ton enfance, lui qui se disait si intelligent et supérieur aux autres (comme la majorité des hommes cis de plus de 30 ans sur qui le patriarcat a fait peser de trop grosses responsabilités et qui se retrouvent en burnout, toujours en insécurité et qui donc, pour y pallier, surjouent la confiance en eux) : “Nan mais les salopes c’est pire que les putes parce que les putes au moins, c’est leur métier” ou encore “Non mais les allumeuses c’est encore pire que les salopes, parce qu’au moins les salopes elles vont jusqu’au bout alors que les allumeuses te laissent les couilles bleues”. Ici le schéma qui est en jeu est de faire croire que si “on s’habille sexy”, c’est pour leur plaire à eux (et si j’avais envie de me sentir fraîche rien que pour moi hein ?) et en plus ça nie totalement la possibilité de la femme de changer d’avis au cours d’une interaction avec un homme (quand c’est non, c’est non, même si c’était oui il y a 2 secondes). Pour plus d’infos sur le consentement, je vous conseille cette vidéo légère mais écrasante de logique : Consent is simple as a cup of tea (11).

La culture du viol c’est aussi le silence des mères face à de tels propos. Etant elles-mêmes soumises au patriarche familial, elles n'osent rien dire, voire même se forcent à rire afin d’éviter un conflit ou simplement afin d’avoir un simulacre d’affection et de reconnaissance de la part de leur “cher et tendre”.

La domination du genre masculin sur le genre féminin est donc à hurler car insidieuse mais cette vérité est aussi assumée à haute voix et fermement entérinée au sein des cercles masculins comme énoncé brièvement plus haut. Par exemple il était de coutume de frapper sa femme quand celle-ci commençait à trop “se rebeller” ou “pour lui faire rentrer les choses dans la tête” chez une majorité de nos parents ou grands-parents (12). La violence est hélas toujours d’actualité dans de nombreux foyers car le nombre de féminicides en France en 2019 était de 149 (13). Et sans même aller jusqu’à frapper, la menace physique et/ou l’emprise psychologique suffisent à étendre cette domination de l’un sur l’un.e. 

Cette vérité établie de la mainmise de l’homme sur la femme est même valorisée et  défendue entre certains hommes. On a pu voir en 2019, le réalisateur Polanski, un violeur condamné aux Etats-Unis et ayant obtenu l'exil en France (merci la France !), obtenir non seulement un budget colossal pour réaliser son dernier film (je ne m’étendrai pas d’ailleurs sur l’ignominie du parallèle que le réalisateur ose faire entre les accusations qui le concernent et l’histoire de Dreyfus reprise dans son film). Mais en plus, ce même film a valu à Polanski d’être récompensé au César en 2020, devant Adèle Haenel, victime elle-même d’un pédocriminel lors de son adolescence (14). Ou sinon, nous pouvons facilement tomber sur une vidéo prise à huis-clos de Matzneff, Beigbeder et Ardisson au restaurant, plaisantant allègrement à propos des viols du pédocriminel Matzneff (15). Comme en parle la talentueuse Virginie Despentes, il y a une réelle coalition des puissants afin d’avoir “le contrôle des corps déclarés subalternes” (16).

C’est en ça que l’égalité sociale des genres est loin d’être atteinte. Les inégalités sont là, persistent et sont même un critère de reconnaissance de la supériorité des hommes qui en abusent. Ces mêmes hommes qui dévalorisent les hommes féministes en justement leur enlevant alors leur masculinité comme s’il n’y avait pas de masculinité possible sans assouvissement de la femme, comme si masculinité et féminité étaient fondamentalement un oxymore. Big news : nous sommes toustes constitué.e.s de ces deux polarités !

Du coup, quand t’es une meuf, et que tu prends conscience que ton corps est à la merci du sexe masculin, t’as deux solutions. Soit tu décides que le risque encouru est trop grand et alors tu refreines tes comportements, tu bois moins, tu fais gaffe à comment tu t’habilles et tu ne rentres pas trop tard ou pas toute seule, tu la fermes dans une situation inconfortable, tu “fais le dos rond”, “ne fais pas de vagues”. Autrement dit, tu diminues par toi-même tes libertés, soit les seuls éléments sur lesquels tu as encore du pouvoir. Mais attention, non seulement ça ne t’empêche bien évidemment pas de subir des violences puisque comme dit auparavant, les violences sexistes et sexuelles sont partout mais en plus, c’est super difficile à vivre.

Soit tu décides que tu as les mêmes droits sociaux que les hommes sauf que tu sais très bien que l’autre genre t’attend au tournant, et alors toi aussi tu les attends, le cœur battant, toujours sur le qui-vive, toujours dans l’hyper-vigilance. Comme quand tu rentres tard le soir avec tes petites clés ridicules que ton poing enserre, comme quand tu prends le métro et qu’au moindre frôlement de tes fesses tu te retournes prêt.e à hurler, comme quand à l’école, la fac ou le taf, un prof, un collègue ou un supérieur fait une blague sexiste de merde et que tu décides de ne pas rigoler mais que tu sais que tu vas en payer les conséquences, comme quand tu fais une soirée entre amis “de confiance” mais que tu fais tout pour pouvoir rentrer dormir chez toi, dans ton lit, en sécurité.

  1. Intersectionnalité et violences sexuelles
  2. Les masculinistes 
  3. 2019 - Enquête IPSOS - représentations des Français sur le viol 2
  4. Expliquez-moi la culture du viol
  5. 1976 : Le regard des hommes sur le viol | Archive INA
  6. Violences sexuelles : vingt-cinq ans d'accusations contre Woody Allen Jeudi, Dylan Farrow, la fille adoptive
  7. https://www.seduction-efficace.com/comment-coucher-avec-une-fille.html
  8. https://www.artdeseduire.com/drague/coucher-avec-une-fille-au-premier-rendez-vous-3-erreurs-a-eviter
  9. https://boncoo.ovh/amener-fille-lit/
  10. "Sexting" : la police nationale retire un tweet de prévention après un tollé sur les réseaux sociaux
  11. Tea Consent
  12. 1975 : Battez-vous votre femme ? | Archive INA
  13. 2019 : l'année où le féminicide s'est imposé dans la société française En 2019, entre
  14. Vidéo exclusive : "Bravo la pédophilie", la colère d’Adèle Haenel aux César 2020
  15. beigbeder et ardisson "se taperaient bien les gamines de 12 ans" du pedophile matzneff
  16. Césars : «Désormais on se lève et on se barre», par Virginie Despentes

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