La condition de la femme en ce début de deuxième millénaire - Première partie

Non, il ne fait pas bon naître femme en ces temps soit disant modernes. Non seulement les droits acquis ne sont jamais fermement entérinés mais surtout il reste encore tellement à faire avant que les femmes n'atteignent l’égalité sociale avec les hommes. Ce premier article est un balayage des différents terrains au sein desquels l'inégalité bat son plein.

Cette première série d'articles aura pour thématique centrale ce que ça fait et ce que c'est que d'être une femme de nos jours. Je tiens d'ailleurs à mettre en garde le lecteur cis ou trans ou non binaire. Certaines des problématiques abordées vous concernent forcément mais je n’ai pas la prétention de pouvoir les exprimer en votre nom donc cette partie est essentiellement exprimée, bien qu'en inclusif, de mon point de vue de femme cis. Enfin, ce premier article est assez général et balaye plusieurs sujets sans rentrer dans les détails. Les différents focus sur chacune des thématiques sera fait dans les articles suivants.

Non, il ne fait pas bon naître femme en ces temps soit disant modernes. Malgré les combats déjà menés auparavant comme "l’émancipation sexuelle des femmes", le droit de vote ou le droit à l’avortement. Les femmes de ce début du deuxième millénaire restent le “sexe faible” car elles grandissent et se débattent dans une société vieille de milliers d’années de domination de la femme par l’homme.

Non seulement les droits acquis ne sont pas fermement entérinés puisque des discussions sur le droit à l’avortement commencent à renaître par exemple mais surtout il reste encore tellement à faire avant que les femmes aient les mêmes égalités en droits, en traitement, en respect et en considération que les hommes.

 Le 25 septembre 2015, 193 pays de l’ONU (Organisation des Nations Unies) ont adopté le programme de Développement Durable à l’horizon 2030 qui définit 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) : “Les objectifs de développement durable sont un appel à l’action de tous les pays – pauvres, riches et à revenu intermédiaire – afin de promouvoir la prospérité tout en protégeant la planète. Les objectifs sont interconnectés et, pour ne laisser personne de côté, il est important d’atteindre chacun d’entre eux, et chacune de leurs cibles, d’ici à 2030.”(1)

Dans ce contexte d’exhaustivité des domaines d’intervention et d’urgence du besoin d’action dans chacun d’eux, nous pouvons nous interroger sur la création de l’ODD n°5 : “Parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles” (2) et à son classement parmi les 17 autres. En effet il arrive, certes, après l’ODD “éducation de qualité” mais notamment juste avant l’objectif “eau propre et assainissement”. Et  bien parce que les personnes naissant de sexe féminin représentent 49,6% de la population mondiale et qu’ainsi il ne peut y avoir de développement durable si la moitié des êtres humains de cette terre est asservie par l’autre moitié. Asservie, me direz-vous, est un terme bien fort. Alors, afin de faire écho à la journée du 25 novembre dernier étant la journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes (3), il est utile de faire un bref rappel de ce que c’est que d’être une femme aujourd’hui.

Si nous nous penchons sur la condition sociale des femmes en France, nous pouvons commencer par regarder l’écart salarial entre les genres. L’INSEE montre qu’en 2017, l’écart était de -16,8% pour les femmes, soit un salaire moyen de 2069 euros pour ces dames contre 2488 euros pour ces messieurs. Cet écart était déjà de -20,5% en 2009 ce qui montre une amélioration non significative compte tenu des 9 années écoulées entre ces deux dates (4). En 2020, cet écart est passé à - 15,5% selon l’Office européen de statistiques Eurostat, ce qui représente 39,2 jours ouvrés de travail rémunérés, selon les calculs de la newsletter féministe les Glorieuses, ce qui se traduit également par l’affirmation suivante : depuis le 4 novembre 2020 à 16h16, les femmes françaises travaillent gratuitement pour un même travail fourni que les hommes (5).

Nous pouvons nous interroger alors à pourquoi cet écart salarial ? Tout d’abord, historiquement, les hommes dirigeants, de pouvoirs, les religieux, les intellectuels, ou encore les scientifiques, prétendaient que les femmes étaient moins intelligentes. Et en parallèle, ils se sont appliqués à interdire l’instruction aux jeunes filles, pouvant alors confirmer leurs propos (habile). Ensuite, une fois que la gente féminine a eu accès à l’éducation et notamment aux études supérieures, c’est alors la publicité (dirigée par des hommes) qui a décidé que le rôle de la femme était d’être femme au foyer, alors ces dernières ont souvent arrêté leurs études ou arrêté leur emploi afin de devenir mère et épouse à plein temps (6). Enfin, de nos jours, non seulement encore beaucoup pensent qu’il existe bel et bien un instinct maternel et que c’est à la femme de s’occuper des enfants, bien que cette théorie ait été désavouée par Elisabeth Badinther (7), le problème est aussi que la plupart des femmes ne peuvent se permettre d'être à temps plein. En effet, non pas par instinct mais par organisation sociale, c’est à elles que reviennent la charge des enfants et de la tenue de la maison, aussi appelée charge mentale, ainsi que l’assurance du bien-être de chaque individu de la famille, à savoir la charge émotionnelle de ses proches (8). De plus, même si elles ont l’énergie d’avoir une ambition professionnelle, elles ont moins de chances d’être embauchées ou promues à un poste à haute responsabilités car, justement, les employeurs pensent qu’elles seront dérangées dans leur travail par cette charge personnelle, c’est le principe du fameux plafond de verre (9). Ironiquement, c’est d'ailleurs le seul moment où la réalité sociale des femmes est acceptée ; quand c’est à leur encontre. Enfin, je ne parlerais même pas des conditions de retraites des femmes car qui dit écart salarial dit retraite misérable.

Et là, vous me direz, et oui mais quid de la discrimination positive ? J’ai souvent entendu des personnes la critiquer en disant qu’en voulant à tout prix obtenir une égalité des genres représentés au sein d’une entité, le risque était alors d’embaucher des personnes sous-compétentes juste parce qu’elles sont femmes (ou  noires, ça fonctionne aussi avec le racisme). Et bien contrairement à la connotation négative apportée par le terme “discrimination”, cette obligation de l’équité des genres permet justement à des femmes qualifiées et excellant dans leur domaine d’accéder à des postes où par habitudes et misogynie acquise, un homme moins compétent aurait été embauché à sa place (10). Ainsi ce mécanisme va permettre une meilleure répartition des individus au sein de l’emploi et limiter l’atteinte du niveau d’incompétences comme le décrit le principe de Peter (11).

Enfin, si nous sortons des sphères de l’emploi et de la maison, être une femme aujourd’hui en France c’est aussi être victime de violences sexistes et sexuelles car le genre masculin s’octroie un droit sur le corps de la femme, encore et toujours. Le nombre de viols ou tentatives de viol par an en France est de 94 000 soit 250/j, le nombre d’agressions sexuelles quant à lui s’élève à 553 000/an. Aujourd’hui, l’article 222-23 du Code pénal définit le viol comme suit : « Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui ou sur la personne de l'auteur par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol. » et il est puni par au minimum 15 ans d’emprisonnement. Sauf que dans la réalité, seulement 1 victime sur 10 porte plainte et seulement 1 plainte sur 10 aboutit à la condamnation de l’agresseur. Entre 2008 et 2018, les plaintes ont augmenté alors que les condamnations ont diminué de 40% ! Mais pourquoi ? (12)

Et bien parce que la France (et certainement l’hémisphère nord en général) est empreinte de la culture du viol (13, 14). Un de ces résultats est que l’on pense qu’un viol se passe de nuit, par inconnu, dans une ruelle sombre et parce que la femme portait une jupe. Et bien non ! Dans 9 cas sur 10, les femmes connaissent leur agresseur. En effet, par exemple, les viols commis par le conjoint de la victime représentent 45% des cas (12). De plus, il règne encore un énorme tabou concernant l’inceste mais celui-ci est bel et bien présent en France. Tout comme la pédocriminalité puisque 81% des violences sexuelles ont lieu quand les victimes ont moins de 18 ans (15, 16). Enfin, les femmes issues de minorités (racisées, en situation de handicap,...) sont davantage plus exposées aux violences sexuelles (17, 18). 

Sauf qu’une des conséquences de la culture du viol c’est l’écart entre les textes de lois et la réalité des incriminations et cela passe notamment par l’accueil de la parole des victimes. Quand une victime dénonce une violence sexuelle, elle doit la prouver au sens scientifique et juridique du terme. Cela représente un premier biais car après une violation de l’intimité, le premier réflexe de la victime est majoritairement de se nettoyer puis de se replier sur cette intimité au plus profond d’elle-même. Il est alors d’une violence inouïe de devoir aller exposer son trauma à des inconnus et de devoir exposer son intimité à d’autres inconnus encore pour des prélèvements dans une salle froide. Ensuite, un autre frein à la libération de la parole des victimes et à l’incrimination des agresseurs, c’est le fait que la victime devra prouver sa “valeur morale”, elle devra répondre à toutes sortes de questions sur sa tenue, son état d’ébriété, sa relation à la personne etc… En effet, à cause de la culture du viol, un phénomène de culpabilisation des victimes est bien en place (14). Par exemple, le fait de violer une personne se trouvant en état d’ébriété est légalement une circonstance aggravante (12) mais c’est pourtant, socialement, une circonstance atténuante, et ce, même pour les juges. Il en va de même avec le viol conjugal (12). Enfin, une dernière explication à l’impunité des violeurs est le fait que de nombreux phénomènes psychiques de défenses se mettent en place au cours d’un événement traumatique comme l’amnésie traumatique, le doute ou encore la sidération psychique (19, 20). Ces mécanismes préviennent la victime de mourir d’un arrêt cardiaque et/ou d’une hémorragie cérébrale au moment des faits (20) mais l’empêchent d’accéder à une “réalité 100% tangible” au sens scientifique et juridique du terme. Malheureusement, les victimes comme les agents de police judiciaires ou encore les avocats et les juges sont encore très peu au courant de ces phénomènes et ils ne sont pas pris en compte lors des procédures, ce qui porte préjudice aux victimes.

Vous l’aurez donc compris, pour le cas de la France, il faut bien différencier l’égalité en droits et l’égalité sociale, soit la réalité de l’oppression du genre masculin sur le genre féminin. Et si la situation est telle qu’elle est en France, alors qu’elle est-elle dans les pays en voie de développement, où même légalement les inégalités restent alarmantes  ?

Dans encore énormément de pays, les petites filles n’ont pas accès à l’éducation, sont vendues très jeunes en tant qu’esclaves sexuelles ou encore mariées de force. La mutilation des corps des filles et des femmes dans le monde reste également un fléau. En 2016, l’ONU estimait à 200 millions de filles et de femmes excisées (2, 21). L’infibulation, meilleure amie de l’excision, est toujours belle est bien présente (6). En Inde, si une femme regarde un homme dans les yeux, c’est le signe qu’elle est une prostituée et alors il a le droit de la violer. Les viols collectifs dans des lieux publics ou en tant que condamnation sont d’ailleurs monnaie courante dans ce pays (22, 23). Je pourrais continuer à vous citer des exemples plus morbides les uns que les autres mais là n’est pas le but de cet article. Non, le but était de montrer la non égalité entre les femmes et les hommes et ce partout dans le monde. Mais des actions sont possibles, et chacun.e.s de nous à notre échelle pouvons apporter notre pierre à ce bel édifice qui est l’égalité entre les femmes et les hommes (24,25,26,27).

Sources : 

  1. Les Objectifs de développement durable – Développement durable
  2. Objectif 5 : Parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles
  3. Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes | Nations Unies
  4. https://www.insee.fr/fr/statistiques/2407748#tableau-figure1
  5. A partir de 16h16 ce mercredi, les femmes travaillent «gratuitement»
  6. Ainsi soit-elle, Benoîte Groult.
  7. Elisabeth Badinter, L’amour en plus.
  8. Un autre regard, Tome 2, Avec la BD “Fallait demander” sur la charge mentale et Un autre regard, Tome 3 : La charge émotionnelle et autres trucs invisibles, EMMA.
  9. Peut-on en finir avec le plafond de verre ?
  10. Des ordis, des souris et des hommes. Podcast Les couilles sur la table. 
  11. Le principe de Peter
  12. https://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/IMG/pdf/hce_avis_viol_2016_10_05.pdf 
  13. 2019 - Enquête IPSOS - représentations des Français sur le viol 2 
  14. Expliquez-moi la culture du viol 
  15. 10 ans : l'âge moyen des premières violences sexuelles
  16. Violences sexuelles: 81% des victimes sont des mineurs, 94% des agresseurs sont des proches, selon une enquête soutenue par l'UNICEF | Le Huffington Post LIFE  
  17. Intersectionnalité et violences sexuelles 
  18. Les personnes handicapées sont plus souvent victimes de violences physiques, sexuelles et verbales 
  19. https://www.youtube.com/watch?v=gQc5tmSP_rg&feature=emb_logo 
  20. https://www.memoiretraumatique.org/psychotraumatismes/mecanismes.html
  21. https://www.desertflowerfoundation.org/fr/les_campagnes.html
  22. Deux nouveaux viols collectifs sordides secouent l'Inde
  23. Une Indienne condamnée à un viol collectif par son village
  24. Passez à l’action : 10 manières d’agir pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes, même pendant une pandémie
  25. 16 jours d’activisme pour mettre fin à la violence faite aux femmes | Notre travail : Mettre fin à la violence à l’égard des femmes : Campagne « Tous UNiS » 
  26. 16 façons de lutter contre la culture du viol 
  27. https://www.noustoutes.org/

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