La première fois que j’ai vu un faucon de ma vie, mon beau père était en train de discuter avec lui. Je m’en souviens très bien parce qu’à l’époque mon beau père n’était qu’un très sérieux monsieur bédouin qui s’occupait des ruines d’un château byzantin. Moi je n’étais qu’une voyageuse un soir du mois d’aout et le faucon…le faucon il était déjà blanc et beige, très beau.

Donc cette première fois, il y avait juste cet homme debout avec une veste de ville sur une gallabiyyé marron clair et puis un keffieh en voile blanc, assez leger. Un keffieh d’été. Il regardait le faucon avec insistance en murmurant des trucs que je ne comprenais pas. Le faucon était accroché à sa main, posé sur un gant très souple. Subitement le faucon a incliné sa tête vers lui et a fait un petit geste du bec et mon futur beau père a souri. Il a répondu, toujours en marmonnant et le faucon cillait des yeux et avait l’air de l’écouter avec attention en oscillant légèrement la tête de bas en haut. Il s’est mis a triturer la main qui lui servait de perchoir .Alors l’homme l’a approché contre lui, doucement. Vraiment proche de lui. Ils n’ont plus bougé, et un très court instant, ils se sont regardés intensément.

Le moment était figé.

Puis soudain, par un petit mouvement brusque, le faucon a signifié que s’en était assez de cet entretien, et très doucement et toujours en lui parlant à voix basse, le futur grand-père de mes enfants lui a remis son capuchon sur les yeux.

Après….après la vie a fait….Et, elle sait faire la vie!

Même quand on est pas super bonne en arabe et que l’on a un coup de foudre pour un gars qui ne parle que cette langue. Même quand on est nul en français et que l’on a un coup de foudre pour une étrangère de passage. Parce qu’il y a eu la rencontre avec mon fauconnier de beau père, mais il y a eu aussi celle avec le romantique père de mes petits…La vie avait son petit projet. Même si rien n’était simple et que ça se complique toujours un peu, mais que le soleil implacable du désert a décidé de vous filer un coup de main. Même quand la voiture refuse de tomber en panne, ce qui aurait bien arranger les affaires du jeune gars (!), mais qu’encore heureux, quand on a jamais lu que de l’arabe, la seule chose que l’on sache faire avec une jolie carte occidentale même à 10 km de chez soi, c’est de se perdre….! Allah iaref.

Bref, la vie a fait et je me suis retrouvée, à peine un an plus tard, à vivre avec mon mari, mon beau père, ma belle mère et une petite dizaine de beaux frères et belles sœurs, entre tentes et maison de torchis, dans le désert, sous le regard un peu ironique d’un faucon.

 

 

D'une certaine façon, cette nouvelle série fait suite à une ancienne mouture dont vous trouverez le dernier numéro , en cliquant ici, et qui explique la raison de mon choix délibéré de quitter l'édition "révolutions du monde arabe" et de me recentrer sur mon projet initial, dont vous venez de lire le premier épisode.

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