Récompensée lors de la cérémonie des Golden Globs par le prix Cecile B. DeMill Oward qui consacre l’ensemble de sa carrière, Oprah a été portée en triomphe après avoir prononcé un discours à la fois émouvant et politisé. Il n’en aura pas fallu plus à nombre d’américains pour l’imaginer dans le bureau ovale bien que l’actrice, elle, n’ait jamais abondé dans le sens d’un tel projet. L’animatrice iconique de talkshow, actrice, femme d’affaires et philanthrope est la première femme noire à recevoir le prestigieux prix, l’occasion pour elle de (se) rappeler d’où elle vient et de réaffirmer son engagement pour des causes qui lui sont chères et pour lesquelles elle lutte depuis de nombreuses années.
Ses origines sociales et son engagement contre la ségrégation raciale amorcent son propos « En 1964, j’étais une petite fille assise sur le sol en lino de la maison de ma mère à Milwaukee, et je regardais Anne Bancroft introduire l’Oscar du meilleur acteur à la 36e cérémonie des Academy Awards. Elle a ouvert l’enveloppe et a prononcé cinq mots devenus historiques : "Le vainqueur est Sidney Poitier » […] Je n'avais jamais vu un homme noir être célébré de la sorte, et j'ai passé tellement de temps par la suite à essayer d'expliquer ce que cela avait pu signifier pour une petite fille derrière son écran de télé alors que sa mère rentrait épuisée de son travail de femme de ménage ».
Elle poursuit en assurant son soutien aux journalistes plus que jamais discrédités par le président Trump qui les accuse régulièrement de diffuser des « fake news » avant d’établir un lien avec les mouvements Me too et Time’s Up « J’apprécie plus que jamais la presse alors que nous essayons de naviguer dans des temps compliqués. Ce que je sais à coup sûr, c’est que dire notre vérité est l’outil le plus puissant que nous ayons tous. Je suis particulièrement fière et inspirée par toutes les femmes qui se sont senties assez fortes et habilitées pour parler et partager leurs histoires personnelles. ».
Elle s’appuie ensuite sur les figures historiques de Recy Taylor et de Rosa Parks afin d’établir un parallèle entre la place accordée aux femmes et aux Afro-Américains dans la société américaine, franges largement opprimées malgré des évolutions législatives en leur faveur « Ensemble (Recy Taylor et Rosa Parks), elles ont demandé justice. Mais la justice n’était pas une option à l’époque des lois Jim Crow. Les hommes qui ont essayé de la détruire jamais été arrêtés. Recy Taylor est décédée il y a dix jours, juste avant son 98e anniversaire. Elle a vécu comme nous tous avons vécu, trop d’années dans une culture brisée par des hommes brutalement puissants. Pendant trop longtemps, les femmes n’ont pas été entendues ou crues quand elles osaient dire la vérité face à ces hommes puissants. » avant de conclure sur cette partie du discours « Mais c'est fini. C'est fini. Time's up ».
C’est suite à cette allocution qu’une multitude de citoyens conquis par la femme d’affaire et ses idées l’imagine occuper la fonction la plus haute de l’Etat.
Les acteurs en politique : une habitude américaine
C’est presque une « tradition » aux Etats Unis de voir des citoyens issus de la société civile n’ayant a priori aucun lien avec la politique s’y engager et souvent avec succès. Le président actuel en est l’exemple le plus récent mais d’autres peuvent être cités : Ronald Reagan, Arnold Schwarzenegger, Shirley Temple, Jesse Ventura… Cette coutume semble pourtant plutôt être l’apanage des républicains puisque toutes les personnalités citées, à l’exception de la dernière, appartiennent à ce parti. Oprah, si elle décidait de se présenter aux élections de 2020, étendrait la tradition au camp démocrate. Sa candidature pourrait constituer un véritable atout pour le parti puisque la formule semble jusqu’ici faire recette.
Pourquoi ça peut marcher ?
La philanthrope bénéficie d’une image plutôt positive, notamment celle d’une femme particulièrement empathique et optimiste. Ce qui explique le succès retentissant de ses émissions et témoigne de sa grande influence dans le paysage américain. C’est d’ailleurs sur cet aspect de sa vie et de sa personnalité qu’Oprah achève son discours des Golden Globes « Dans ma carrière, que ce soit à la télévision ou au cinéma, j’ai toujours essayé d’exprimer quelque chose sur le comportement des hommes et des femmes. Dire comment nous éprouvons la honte, dire comment nous aimons et comment nous rageons, comment nous échouons, comment nous nous retirons, persévérons, et comment nous surmontons. J’ai interviewé des gens qui ont résisté à certaines des choses les plus monstrueuses de la vie, mais la seule qualité que tout le monde semble partager est la capacité à maintenir l’espoir d’un matin meilleur, même pendant nos nuits les plus sombres. Je veux que toutes les filles qui me regardent actuellement sachent qu’un nouveau jour est à l’horizon. Et quand ce jour nouveau apparaîtra enfin, ce sera grâce à beaucoup de femmes magnifiques, dont beaucoup sont dans cette pièce ce soir, et de certains hommes assez phénoménaux, qui se battent pour s’assurer qu’ils deviendront les leaders d’un temps où plus personne ne dira "me too".»
Par ailleurs, la star des talkshows bénéficie déjà de puissants soutiens : le tout Hollywood lui assure son vote, les médias ne manqueront probablement pas de la soutenir tout comme Barack Obama qu’elle avait elle-même appuyé lors des campagnes de 2008 et de 2012.
Là où ça coince
Bien qu’il soit dans l’air du temps d’installer au pouvoir une personne éloignée des figures politiques traditionnelles, les dérives engendrées par le manque d’expérience en politique et l’ignorance de Trump à bien des égards pourraient ne pas plaider en la faveur de l’animatrice.
D’autre part, si elle est extrêmement populaire chez les démocrates, sa capacité à s’attirer le vote des sympathisants républicains peut être interrogée et pour cause, elle a à plusieurs reprises manifesté son soutien à des revendications dont les républicains ne sont pas de fervents défenseurs. Elle se fait par exemple l’alliée du mouvement LGBT, avait clairement exprimé en 2003 sa désapprobation quant à la guerre en Irak… autant de prises de positions plutôt contraires à la ligne politique tenue par cette tendance.
Malgré tout, l’idée de voir Oprah Winfrey à la maison blanche séduit bien des citoyens américains qui devront tâcher de ne pas trop s’emballer après ce discours. La possibilité d’une candidature n’est pour l’instant qu’hypothétique et n’a pas été confirmée par l’intéressée.