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Billet de blog 27 janvier 2018

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Réfugiés : La politique du gouvernement remise en question

Alors que le gouvernement réaffirme sa fermeté en matière de politique migratoire, la tribune publiée par l'écrivain Yann Moix dans Libération relance le débat sur l'accueil réservé à ces populations en exil qui viennent trouver refuge sur le sol français.

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"Elles frappent, gazent, caillassent, briment, humilient des adolescents, des jeunes femmes et des jeunes hommes dans la détresse et le dénuement." C'est en ces termes crus et accusateurs que l'écrivain Yann Moix dénonce, dans une tribune publiée cette semaine dans "Libération", les mauvais traitements infligés aux migrants de Calais par les forces de l'ordre. S'adressant directement au président de la République Emmanuel Macron, il fustige les circonstances dans lesquelles les réfugiés sont accueillis dans la ville du Pas-de-Calais.

Il poursuit en accusant le Président d’avoir « instauré à Calais un protocole de la bavure ».  En effet, lors de son discours à Calais, Emmanuel Macron a réaffirmé son soutien aux forces de l’ordre et n’a pas reconnu les actes de violence dont elles sont accusées : « Je ne peux pas laisser accréditer l’idée que les forces de l’ordre exercent des violences physiques». Le chef de l’Etat a lors de ce discours mis en avant sa responsabilité vis-à-vis des policiers en affirmant « Dans la République, les fonctionnaires appliquent la politique du gouvernement.» l’occasion pour l’écrivain de questionner son implication « Est-ce bien vous, monsieur le Président, qui intimez aux policiers l’ordre de déclencher ces ­actions souillant la dignité de l’homme  ? »

En termes de politique migratoire, le Président Macron tient sa position de fermeté et a exprimé une volonté de restreindre l’application du droit d’asile aux seuls migrants qui fuient leur pays au motif que leur vie y serait menacée. Il rappelle ainsi le distinguo entre réfugiés pouvant prétendre au droit d’asile et migrants économiques.

Le Ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a quant à lui fait paraitre une circulaire le 12 décembre dernier organisant le recensement des migrants et de leur situation administrative au sein des centres d’hébergement afin d’identifier « ceux qui ont vocation à rester » et les autres. Un grand nombre d’associations dont Emmaüs et Médecins du monde ainsi que l’Eglise Catholique se sont fortement opposées à ce dispositif. Ces associations venant en aide quotidiennement aux réfugiés accusent le gouvernement de vouloir faire le tri entre des personnes qui fuient une situation de très grande détresse quelle qu’en soit la nature.

Elles rappellent dans la même veine dans une lettre ouverte adressée au président le principe d’accueil inconditionnel qu’elles pratiquent et leurs inquiétudes face aux évolutions induites par la circulaire dont l’application reviendrait "à hiérarchiser, voire à mettre en concurrence les situations de pauvreté et de misère, sur le fondement de critères discriminatoires". Vingt-six d’entre elles ont d’ores et déjà annoncé qu’elles allaient saisir le juge des référés du Conseil d'Etat pour réclamer la suspension de cette circulaire.

Ce projet s’inscrit dans la continuité de la politique menée par le gouvernement, en effet, il y a quelques mois Emmanuel Macron s’adressant à une jeune marocaine annonçait la couleur : "La France ne peut pas prendre toute la misère du monde, comme disait Michel Rocard". L’occasion d’exprimer sa position sur les questions liées à l’immigration, position selon laquelle les migrants n’étant pas en danger dans leur pays d’origine doivent le regagner. Il avait déjà par ailleurs formulé sa volonté d’accélérer la procédure du droit d’asile et de faciliter le raccompagnement aux frontières de ceux ne pouvant y prétendre. 

Le gouvernement affirme que l’application de l’ensemble des mesures prises permettront de désengorger les centres d’hébergement et ainsi d’améliorer les conditions d’accueil des réfugiés, conditions qui suscitent de vifs débats depuis de nombreux mois.

Les images tournées par Yann Moix feront l’objet d’un documentaire qui sera diffusé sur arte au mois de juin et devraient clore le débat si elles avèrent les violences subies par les réfugiés à Calais. Une nuance : les faits rapportés concernent uniquement Calais, la situation dépeinte dans le film ne sera donc pas forcément représentative de celles vécues par l’ensemble des migrants accueillis sur le sol de la République.  

De sensibles améliorations à venir ?  

Emmanuel Macron s’est engagé à prendre en charge les frais de repas qui jusqu’ici incombaient aux associations d’aide aux migrants, un geste timide pour améliorer les conditions d’accueil qui a le mérite de soulager en partie les associations.

Par ailleurs, les accords du Touquet qui placent la frontière britannique sur la côte française ont été rediscutés avec la Première Ministre anglo-saxonne. Sur la table des négociations : la prise en charge des mineurs isolés étrangers que Theresa May devrait accueillir en plus grand nombre et le renforcement des contributions britanniques financière et policière à Calais. Une manière d’améliorer l’accueil en facilitant les départs outre-Manche.

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