PMA : Pas de débat médical quand il est question d’égalité svp!

Pour refuser l’ouverture de la Procréation Médicalement Assistée (PMA) aux femmes lesbiennes, c’est simple : arguez qu’elles ne sont pas infertiles, et le tour semble joué ! Après tout, elles n’ont qu’à se trouver un homme.

Pour refuser l’ouverture de la Procréation Médicalement Assistée (PMA) aux femmes lesbiennes, c’est simple : arguez qu’elles ne sont pas infertiles, et le tour semble joué ! Après tout, elles n’ont qu’à se trouver un homme. Qu’elles continuent à se débrouiller en choisissant par elle-même un  géniteur, qu’elles prennent le train pour aller en Belgique ou en Espagne pour se faire inséminer, ou qu’elles simulent le couple hétéro avec un ami devenu stérile pour l’occasion afin d’avoir accès à la PMA en France !  C’est bien connu, la Médecine française ne soigne que les pathologies. Peu importe l’intérêt supérieur de l’enfant qui naitra, peu importe l’absence d’encadrement du don de sperme, mais surtout, surtout, ne venons pas proclamer que notre Médecine française pourrait réparer une infertilité de couple choisie, non pathologique mais sociale ! Au fait, on ne choisit pas d’être homosexuel... « Les mœurs sont l’hypocrisie des nations » disait Balzac. Dont acte ! Si je choisis d’effacer mes rides, je peux consulter un médecin chirurgien esthétique. L’exercice de la Médecine dépasse depuis longtemps le cadre thérapeutique. Alors la médecine doit-elle distinguer sa pratique selon les situations de faits et les situations de choix ? « Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions » nous dit le Serment d’Hippocrate de l’Ordre Français des médecins.

Si elle s’établit en couple stable, une femme infertile hétérosexuelle qui deviendrait lesbienne n’aura pas accès à la PMA tandis qu’une femme homosexuelle infertile qui deviendrait hétérosexuelle si ! (Exemple pour le don d'ovocytes).  Qu’on ne vienne plus nous raconter qu’il s’agit de médecine. Il s’agit bien d’égalité des droits en fonction de l’orientation sexuelle.

 Le droit de se marier ET de fonder une famille est un seul et même droit selon l’article 12 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme. Si la France permet le mariage aux couples de même sexe, elle doit également leur ouvrir, et aux mêmes conditions que les couples hétérosexuels, les facultés permettant de fonder une famille. « Comme les différences fondées sur le sexe, les différences fondées sur l’orientation sexuelle doivent être justifiées par des raisons particulièrement graves » (CEDH Karner contre Autriche n°40016/98). Dès lors, en ouvrant le mariage et l’adoption aux couples homosexuels, la France ne peut pas fermer la PMA aux femmes lesbiennes.

L’ouverture de la PMA est une évidence et embarrasse le gouvernement devenu brusquement discret en matière d’égalité des droits. La Ministre déléguée à la Famille s’est déjà reprise 3 fois sur le calendrier proposé. Il serait grand temps d’agir conformément aux engagements de campagne présidentielle de François Hollande (tractquestionnaire). Il rappelait dans le journal Têtu de mars 2012 « « Oui, je suis favorable à l’ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes. Aux conditions d’âge, bien sûr. Je suis très précis là-dessus. Il faut que ce soit un projet parental »...


Par Alexandre URWICZ

Président de l'Association Des Familles Homoparentales (www.adfh.net

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