Marre de cette Eglise homophobe !

Par Alexandre URWICZ , Coprésident de l’Association Des Familles Homoparentales (www.adfh.net)

Nicolas MARTIN, porte-parole du Collectif «Les OUTragés de la République»

Manifestation devant le Vatican Manifestation devant le Vatican

Le mariage pour tous est l’occasion unique de rendre visible les archaïsmes sacerdotaux brandis contre l’homosexualité. L’Eglise catholique mobilise toutes ses forces dans la lutte contre ce projet de loi. Elle voudrait faire croire à la société qu’elle le fait au nom de la communauté de croyants. Mais 61% des catholiques non pratiquants se réclament en faveur du mariage pour les couples de même sexe, ainsi que 45% des catholiques pratiquants. Ceux sans religion y sont favorables à 79%. (IFOP/La lettre de l’opinion 8/2012). Si comme le reste de la société, de nombreux fidèles souhaitent le mariage pour tous, l’épiscopat excelle pour jeter l’opprobre sur son « ami l’homosexuel ».

 «S’appuyant sur la Sainte Écriture, qui les présente comme des dépravations graves, la Tradition a toujours déclaré que les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnées. Ils sont contraires à la loi naturelle. Ils ferment l’acte sexuel au don de la vie. Ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable. Ils ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas » (Catéchisme Vatican - 1992).Dès le PACS, la conférence des évêques de France dénonce en 1998 une loi « inutile et dangereuse », une loi qui met en danger notre devenir à tous. Le PACS est vu comme un véritable fléau qui « prolifère » sur notre société. L’union civile entre personnes du même sexe relève d’une « civilisation malade, qui provoque de profondes altérations chez l'homme. » (Lettre de Jean Paul II aux familles – 1994). Pas de miracle à Lourdes le 4 novembre 2004 : Lors du discours d’ouverture de l’Assemblée plénière de la conférence des évêques de France, son Président s’oppose à l’adoption de la loi contre l’homophobie prévue à l’Assemblée Nationale.

 Concomitamment les dignitaires religieux se défendent de toute homophobie car ils « comprennent » la souffrance des homosexuels qu’ils côtoient. Ils leurs tendent une main fraternelle. Tout est dit. L’ami homosexuel ne peut être qu’en souffrance, l’ami homosexuel doit être regardé comme n’importe quel autre individu qui nécessiterait un secours charitable, compassionnel et miséricordieux. Cette infériorisation de l’individu au seul regard de son orientation homosexuelle, c’est de l’homophobie. L’Eglise vient déchirer le croyant homosexuel entre une foi rédemptrice et la pratique d’une sexualité qu’elle juge dépravante, le bien et le mal en somme. Rappelons qu’un adulte pacsé à un partenaire de même sexe ne peut être baptisé ou confirmé, il est nié à cause de son homosexualité. Le bon ami homosexuel de l’Eglise c’est l’abstinent ou celui qui s’accepte mal, celui qui va afficher le mal être qu’elle a elle-même induit, discours culpabilisants et Bible à l’appui. Mais ce n’est toujours pas suffisant. Il va falloir que l’âme soit aussi pure que le corps. Ainsi, le 4 novembre 2005 parait une instruction d’une congrégation de la Curie romaine refusant l’ordination de prêtres présentant « des tendances homosexuelles profondément enracinées » ou qui, simplement, soutiendraient « la culture gay ». Elle est belle la main tendue. Lorsque le 18 décembre 2008 la France présente à l’ONU un appel à la dépénalisation de l’homosexualité, le Vatican votera contre. Rappelons que cet appel dénonçait "le recours à la peine de mort sur ce fondement, les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, la pratique de la torture et autres traitements ou peines cruels, inhumains et dégradants, l'arrestation ou la détention arbitraire et la privation des droits économiques, sociaux et culturels, notamment le droit à la santé".  Elle est forte la main tendue.

 S’il y a rupture, elle se situe au sein de l’Eglise sur ces grands sujets sociétaux. L’épiscopat refuse d’entendre ses fidèles :  67 % des catholiques pratiquants sont favorables à l’ordination des femmes, 73 % au mariage des prêtres. (Sondage TNS SOFRES 6/2009 pour La Croix). Dans un jugement rendu le 15 janvier 2013 (Eweida et autres c/ Royaume Uni), la Cour Européenne des Droits de l’Homme rappelle que la conviction religieuse ne permet pas de discriminer l’individu sur la base de son orientation sexuelle ; La prévention de l’homophobie justifie de restreindre la liberté religieuse, complète-elle. La laïcité fait son come-back. En 2001 les Pays-Bas autorisent le mariage pour tous. 5 ans plus tard, 81% des hollandais pensent que l’Europe devrait également l’autoriser (Eurobaromètre/UE 2006). Voilà comment un mariage pour tous est accepté par tous. L’Eglise doit cesser de posséder les esprits par la peur, de manipuler les esprits par une propagande homophobe, de répandre son dogme sur un acte qui ne la concerne pas : le mariage civil. Qu’elle mise sur l’Homme au lieu de miser dans une manifestation qui vient priver son prochain de droits. Qu’elle accompagne la société au lieu de la cliver. Elle doit cesser de brandir ses pitres qui agitent des chiffons rouges homophobes. C’est bien le rouge de la honte qu’elle agite, pas celui du danger.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.