Comment la France soutient la peine de mort dans le Golfe

À ce jour, les droits de l'homme se sont entièrement détériorés au Bahreïn et dix hommes risquent d'être exécutés dans l'immédiat. Pourtant, malgré la pression croissante exercée par les instances internationales pour que le ministère français des Affaires étrangères et l'ambassade de Manama condamnent la répression violente à travers le pays, la France a pris des mesures minimales pour dénoncer la peine de mort.

Au Bahreïn, les manifestations du printemps Arabe de 2011 ont déclenché des protestations antigouvernementales à travers le pays qui ont appelé à plus de droits humains pour tous les citoyens. Les autorités bahreïnies ont répondu par une force meurtrière et ont arrêté, torturé et tué des manifestants pour avoir exercé leur droit à la liberté d'expression et de réunion. L'opposition politique a été ciblée car les lois antiterroristes sont devenues ambiguës et, en 2017, le Bahreïn a violé un moratoire de facto de sept ans sur la peine de mort lorsque le gouvernement a exécuté trois victimes de torture.

 À ce jour, les droits de l'homme se sont entièrement détériorés au Bahreïn et dix hommes risquent d'être exécutés dans l'immédiat. Pourtant, malgré la pression croissante exercée par les instances internationales pour que le ministère français des Affaires étrangères et l'ambassade de Manama condamnent la répression violente de la société civile à travers le pays, la France a pris des mesures minimales pour dénoncer la peine de mort. Inversement, le gouvernement de Macron a continué de fournir au Bahreïn des équipements anti émeutes chimiques et biologiques et des armes de fabrication française auraient été utilisées par les autorités bahreïnis en 2011 pour lutter contre les troubles civils.

 Le 9 janvier 2017, la Cour de cassation du Bahreïn a confirmé les condamnations à mort prononcées contre Ali Al-Singace, Abbas Al-Samea et Sami Mushaima. Les hommes avaient été condamnés à mort à l'issue d'un procès inéquitable en 2015. Les trois hommes ont été arbitrairement arrêtés, torturés pour de faux aveux et privés d'accès à un avocat. Il y a un an, deux autres hommes ont été exécutés après un mois de torture. L'ONU, le Parlement européen et les procédures spéciales ont tous condamné la peine capitale au Bahreïn, ainsi que l'utilisation par le gouvernement des jours fériés occidentaux populaires pour dissimuler la condamnation de leurs peines.

 Ces dernières années, les organes européens ont accordé une attention particulière aux cas en cours des condamnés à mort Mohammed Ramadan et Husain Ali Moosa. Ramadan et Moosa ont été arrêtés il y a six ans sans mandat et, bien qu'aucune preuve de leur arrestation n'ait été présentée lors de leur procès, l'accusation s'est largement appuyée sur des aveux extorqués sous la torture. Des plaintes ont été déposées auprès du bureau du Médiateur, mais aucune enquête n'a été menée pendant plus de deux ans et leurs condamnations à mort ont été confirmées par la Haute Cour d'appel pénale du Bahreïn en janvier 2020. Alors que le Parlement européen a adopté des résolutions d'urgence en 2016 sur le cas de Ramadan et sur les violations des droits humains continues au Bahreïn, la France n'a pas utilisé ses relations diplomatiques avec la nation pour plaider en faveur de la libération des hommes.

 Renforcé par l'absence de condamnation directe de la France et d'autres alliés diplomatiques, le mois dernier, le gouvernement du Bahreïn a confirmé les condamnations à mort de Zuhair Ibrahim Jasim Abdullah et Husain Abdulla Khalil Rashid le 15 juin 2020. Les deux hommes ont également été sévèrement torturés sous de fausses accusations jusqu'à ce que leurs aveux aient été extraits. Ayant terminé tous les recours judiciaires, Abdullah et Rashid courent un risque imminent d'exécution à moins que la communauté internationale ne prenne des mesures immédiates pour dénoncer la peine capitale au Bahreïn. L’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) a publié un «Appels Urgents» conjoint avec l’ONG américaine ADHRB qui décrit le cas, demande la libération des hommes et fournit des ressources pour leur soutien.

 Historiquement, la France a joué un rôle de premier plan en matière de droit à la liberté d'expression. La Déclaration des droits de l'homme de 1879 et la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 ont toutes deux été signées à Paris, et aujourd'hui, le respect de la liberté d'expression se manifeste dans un mélange coloré de personnes, d'opinions et d'art. Cependant, alors que la France soutient extérieurement la liberté d'expression, le gouvernement de Macron fournit simultanément un soutien financier aux États du Golfe, comme le Bahreïn, qui suppriment activement la liberté d'opinion, d'expression et de presse. Ces fonds sont non seulement utilisés pour réprimer davantage la société civile bahreïnie, mais également pour fournir des armes pour la guerre au Yémen.

 Il ne suffit pas que la France ait historiquement contribué à l'instauration des libertés fondamentales et des droits de l'homme. L'actuel gouvernement français, dirigé par Emmanuel Macron, doit représenter ces valeurs et non seulement participer à des partenariats et accords culturels, mais aussi prendre des mesures concrètes authentiquement conformes à leurs principes proclamés. Si le gouvernement français refuse de dénoncer le recours à la peine capitale au Bahreïn, des centaines d'autres seront condamnés à mort pour avoir exercé leur droit non protégé à la liberté d'expression.

Découvrez comment vous pouvez soutenir les ‘Appels Urgents’ de ACAT et ADHRB sur Zuhair Ibrahim Jasim Abdullah et Husain Abdulla Khalil Rashid ici :

https://www.acatfrance.fr/actualite/bahrein---la-condamnation-a-mort-de-deux-victimes-de-la-torture-zuhair-ebrahim-jasim-abdullah-et-husain-abdulla-khalil-rashi-est-maintenue

 

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