Pendant ce temps, en Commission des Finances...

En déplacement dans des contrées où la lecture du canard enchaîné n'a pas cours, la rubrique mur du çon me manque, heureusement il y a en ce moment les auditions de la Commission des Finances de l'Assemblée Nationale en vue de la Loi sur la séparation des Banques. Et là, c'est un festival de théâtralité plus ou moins assumé par les impétrants!

 

Ainsi lors de l'audition du secrétaire général de l'ONG FinanceWatch, M. Thierry Philipponnat, mardi  5 février 2013.

 

A tout seigneur tout honneur, en la personne de Karine Berger est le rapporteur de la Loi ou devrait-on dire le procureur tant elle a eu une idée déjà fort arrêtée à ce stade de ce qu'elle sera et de son champs d'application. En essayant de retoquer M. Philipponnat par une salve de questions sur une supposée méconnaissance des arcanes de la tenue de marché, certes elle épate sa demi-douzaine de collègues présents (rappellons que la Commission des Finances, la plus prisée de la Chambre compte pas moins de 75 membres!) mais se fait rabrouer poliment par l'intéressé qui a dûment fréquenté lesdites salles de marché pendant 20 ans, au jeu de l'imposteur et de l'imposté, pas sûr que Mme Berger n'aurait pas une grosse côte sur sa casaque. Bref, il ne fallait pas compter sur elle pour le registre le plus standard, là où nous aurions pu avoir des impressions dignes de Tchekov, nous nous retrouvions avec du Dubillard, les jeux de mots et la verve en moins.

 

Dans le rôle du faux naïf, décidemment les distributions ne manquent jamais d'ingénosité, nous avions ensuite M. Laurent Baumel, qui fort de sa réunion publique tenue la veille sous les ors de l'Hôtel de Ville de Tours s'enquit en toute bonne foi d'un point didactique entre filialisation et séparation! Soit la manoeuvre était dilatoire, soit le questionneur n'avait aucune peine à admettre qu'il prenait les choses en cours, à moins qu'il ne soit lui-même pris de court, allez savoir! On pouvait se demander pendant la réponse, s'il n'avait pas été envisagé d'insulter le travail des équipes de l'hôte de la Commission. En fin diplomate celui-ci acheva sa réponse d'un « cinglant », nous sommes à votre disposition pour rédiger des amendements aussi. Façon habile de dire que si les députés étaient à ce point dépourvus de questions qu'il failli qu'elle leur fut soufflé par quelques lobbystes, il comptait donner le change. C'est à ce moment que les quelques maigres followers crurent reconnaître Robespierre sous ses traits. Mais l'admettre serait quitter le plateau et ses subterfuges pour une Assemblée réelle!

 

Alors évidemment, quand intervint M. Eric Woerth, le hors champs théâtral gagna en croustillant. M. Woert est un bon client et il persiste à l'ignorer ce qui rend sa prestation d'autant plus onctueuse. Prétextant implicitement que d'autres affaires de la plus haute importance requièrent sa présence et qu'il ne pourra rester pour la réponse que voudra bien lui faire M. Philipponnat, M. Woerth, celui-là même qui cumula les fonctions de Ministre du Budget de la République et de trésorier du Parti au pouvoir à l'époque il y a peu, incarnant de la sorte ce que Hanna Arendt qualifiait de dégré ultime du projet fasciste de confiscation des leviers du pouvoir dans l'intérêt d'une oligarchie liée par une vision a-démocratique, ce même Woerth qui alimente à son corps défendant les batailles d'expert sur les estimations de biens fonciers dilapidés au profit de promoteurs, cette caricature de l'enfant persuadé que l'on ne le prendra jamais la main dans la pot de confiture, si sa compagne, qu'elle ne dut pas le séduire, administratrice des Biens de la Fondation fondée par l'ex patron des patrons himself. La pièce n'aurait pas encore été écrite qu'elle n'aurait pas eu à l'être! Ce vertueux M. Woerth de demander la parole donc, pour une remarque plutôt qu'une question d'ailleurs, une incise, jugez : Il ne faudrait pas que sous prétexte de protéger la Société contre les Banques on en vint à ne plus protéger les Banques contre la Société! ». On se dit, soit cet homme cherche à faire le buzz et à occuper la rubrique mur du çon pour les décades qu'il nous reste le temps que le XXI ième Siècle soit décarboné ou non, soit il prend trop à coeur les services rendus par M. Cahuzac pour lui voler la vedette, dans tous les cas, il peut difficillement paraître plus explicitement ce qu'il est,une triste marionnette arrivait là à la force de son ego manipulée, juchée sur toute la prétention dont peut faire preuve un valet servile du capital. Cet homme connaît les visages et les fortunes dont il parle, il leur doit sa place, son succès, son estime auprès de ses collègues, il tiendra son rôle jusqu'au bout. Il veillera à ce qu'aucune loi ne vienne saper le pouvoir des Banques. La charge est tellement outrancière que l'on sursaute à l'instant, manquerions-nous d'informations, une bande de députés virulents, de gauches, s'apprêterait-elle à déposer des vagues d'amendements pour que cette loi de séparation devienne exemplaire, telle une nouvelle vigie outre les brumes de la crise qui s'amoncelle sur les épaules des peuples, là au-dehors!?

 

Voyons, la parole est à Mme Sandrine Mazetier... M. Woerth et ses associés peuvent être rassurés! Les éléments de langage de Mme Mazetier se jour-là étaient de la même eau que ses interventions sur l'école maternelle, elle tonitrue aimablement sur l'air de vous ne nous la ferez pas à l'envers M. Philipponnat, vous n'êtes qu'un suppôt de Goldmann Sachs qui visait à déstabiliser notre secteur bancaire. Vous avez BNP Paribas dans le collimateur et votre haine vous aveugle! Confirmant ainsi qu'elle était trop en lice pour le prix de l'Antigone de l'année pour ne pas abonder des paradoxes qui n'en sont pas à la moindre occasion. Bien sûr, cela frisa l'indécence.

 

M. Philipponnat, brava tous ces affronts et souhaita une excellente audition de M. Vickers le lendemain. La retransmission de ladite audition n'eut pas l'heurt d'être accessible au vulgum pecus.

 

Ni épilogue, ni morale à tout cela, le théâtre n'est affaire de catharsis que lorsqu'il est sincère, or là, non seulement il est permis d'en douter, voire recommandé, mais surtout l'essentiel est ailleurs. On est en effet en droit de se demander comment à ce point, sur un sujet tellement prépondérant dont l'enjeu est rien moins que d'éteindre la folie chrématistique portant les hommes à faire de l'argent par amour de l'argent et à abuser tous les outils socio-économiques pour ce faire, comment donc, une majorité dite de gauche peut-elle à ce point passer à côté du rendez-vous!? Et que l'on ne vienne pas nous raconter que le vrai timing sera impulsé par la directive de la Commission Européenne en la matière qui ne saurait tarder (qu'elle tarde, qu'elle tarde, nous ne nous en porterons pas plus mal!); Comment, devant une telle démission du politique face à la finance, connue, présupposée, commentée, éprouvée, l'on s'en tienne encore et toujours au recours aux mêmes institutions et aux même modalités de gouvernance?

 

Du temps médiatiquement forcené faisons table rase, le débat sur le mariage pour tous et la tenue du Sommet Européen obèrent toute visibilité, soit. L'agenda adopté par un politique n'est pas qu'un signe extérieur d'opportunisme et si vous m'en faîtes le procès en vous incitant à suivre ces travaux en cours à la Commission des Finances, ne vous méprenez pas, c'est que je fais encore le pari d'une population avide de responsabilité pour elle-même.

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