DOSSIER SYSTEME SANITAIRE EN GUYANE 1/3

LA SANTE DES GUYANAIS SACRIFIÉE SUR L'AUTEL DU PROFIT ! Depuis plusieurs années de trop nombreux faits divers viennent nous rappeler l'état catastrophique du système sanitaire guyanais. Cette première partie de notre dossier est l'occasion de faire un état des lieux des structures sanitaire en Guyane.

 Etat des lieux:

La Guyane est dotée de deux établissements publics de santé, le Centre Hospitalier Andrée Rosemon (CHAR) à Cayenne, et le Centre Hospitalier de l'Ouest Guyanais (CHOG) à Saint Laurent du Maroni. On dénombre également une vingtaine de Centres Délocalisés de Prévention et de Soins (CDPS) disséminés sur l'ensemble des communes n'ayant pas de structure hospitalière. Les CDPS sont rattachés au CHAR.

La Guyane compte également un établissement privé à but non lucratif géré par la Croix Rouge à Kourou, c'est le Centre Médico-Chirugical de Kourou (CMCK).

Enfin, ont dénombre deux cliniques privées à but lucratif: la Clinique Véronique à Cayenne et la Clinique Saint Paul. Notons que cette dernière n'est pas équipée de bloc opératoire et n'accueille que des soins de suites.

Dans le Plan Stratégique Régional de Santé (PSRS) pour la période 2011-2015, l'ARS admet :  « Le taux d’équipement en lits MCO (Médecine Chirurgie Obstétrique NDLR) est inférieur d’un tiers (38,3%) à celui de la métropole, et régresse au fur et à mesure que la population croît : il a diminué de moitié depuis 1990, principalement en chirurgie ».

Nombre de lits pour mille habitants en 2010 : en France = 4,07 / en Guyane=2,8 .

Espérance de vie des hommes: 76,8 ans en France/ 72,2 ans en Guyane

Taux de mortalité infantile: 3,5 pour mille naissances en France/ 10,4 pour mille naissances en Guyane

Taux Accouchement prématuré: 7,40% en France/ 14,30% en Guyane

(Source : INSEE)

 

Les principales causes de décès en Guyane1 :

 Maladie vasculaire : 24%

 Traumatisme (dont suicide) : 20%

 Tumeur : 17%

 Infection, dont VIH : 10%

 Infection périnatale : 4%

 Selon L'Agence Régionale de la Santé (ARS), délégation du ministère en Guyane, en comparaison avec la France, 93% des complications mortelles liées au VIH seraient évitables, ainsi que 71% des complications mortelles d'infections néonatales, 42% des complications mortelles des AVC et 52% des complications mortelles liées au diabète ! Ainsi, selon l'ARS Guyane, entre 2005 et 2007, les 10 principales causes de décès en Guyane ont provoqué 287 décès, dont 167 décès uniquement liés au fait de vivre en Guyane !! Autrement dit, 58% des personnes mortes en Guyane entre 2005 et 2007 ne l'auraient pas été si elles avaient vécu en France métropolitaine !

 

Des structures mal adaptées aux besoins du pays:

 Plusieurs spécialités médicales ne sont pas présentes en Guyane, ce qui oblige de nombreux guyanais à de devoir quitter le territoire pour être évacués vers les Antilles ou la France. Selon l'ARS dans le PSRS 2011-2015 : « les services spécialisés inexistants en région au 1er janvier 2011, citons les soins intensifs cardiologiques ou neuro-vasculaires, la radiologie interventionnelle, la chirurgie thoracique, la neurochirurgie, la chirurgie maxillo-faciale, la radiothérapie, l’hématologie clinique. D’autres spécialités sont peu accessibles et menacées car assumées par un nombre très restreint de médecins voire un seul (endocrinologie, pneumologie, rééducation fonctionnelle...) ». On pourrait ajouter l'Aide Médicale à la Procréation qui a un rôle très limité en Guyane, sans Fécondation In Vitro, nécessitant de nombreux départs vers la France.

 De plus, nombre de services sont sous dotés en lits, en matériel ou en personnel. L'ouverture des services se font selon des standards français qui prennent en compte une durée moyenne de séjour type, calculée en France. Or, en raison de spécificités locales, la durée moyenne de séjour en Guyane a toujours été plus élevée. Cela est lié, notamment, à l'éloignement géographique des patients venants des communes de l'intérieur, ou, encore, à la précarité sociale accrue qui nécessite des prises en charge plus longues et plus complexes. Par conséquent, le nombre de lits dans les services qui s'ouvrent est fréquemment insuffisant. C'est le cas, par exemple, du nouveau service d'obstétrique du CHAR qui déborde en permanence. De plus, la Guyane connaît une croissance démographique vertigineuse et les besoins d'aujourd'hui seront dépassés dans 10 ans ! Enfin, l'ouverture des services ne correspond pas forcement aux besoins de santé des guyanais qui ont des pathologies spécifiques, ou différemment réparties sur la population par rapport aux standards français. Par exemple, la Guyane connaît une épidémie de diabète et d'AVC, pourtant le service de diabétologie du CHAR vient seulement d'ouvrir et début d'année et la chirurgie cardio-vasculaire n'est pas à l'ordre du jour en Guyane !

Concernant les manques en matériel, l'éloignement de plus de 7000Km de notre principal fournisseur (la France) créé des situations d'incroyables pénuries en médicaments (exemple des pénuries récurrentes en période de noël car le fret priorise les caisses de champagne aux médicament vitaux!). La situation économique de nos hôpitaux favorise également les pénuries en tout genre. Ainsi, par manque de paiement des fournisseurs, le CHAR est régulièrement en pénurie de matériel de première nécessité (gants, seringues, aiguilles...).

Enfin, le manque de personnel est lié à deux facteurs : d'une part à un manque criant de médecins spécialistes et de soignants diplômés, surtout dans les CDPS et au CHOG, résultant de l'éloignement géographique de Cayenne ; et, d'autre part, à un manque de personnel lié à des restrictions budgétaires qui vont dans le sens des demandes de l’État français, notamment, au CHAR.

 

 

 

 

 

1http://www.ars.guyane.sante.fr/fileadmin/GUYANE/fichiers/Concertation_regionale/PSRS_Guyane_20110711.pdf

 

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