Dossier sur l'économie guyanaise 2/5

JE MANGE BEKE, TU MANGES BEKE, IL ET ELLE MANGE BEKE... Voyons dans ce premier volet de notre enquête, les monopôles économiques des Antilles qui existent particulièrement au sein de l’approvisionnement et la distribution des biens de consommation en Guyane

 

Les biens de consommation regroupent toutes marchandises nécessaires au quotidien (alimentation, électroménager, transports individuels...). Dans ce secteur, l'approvisionnement et la distribution sont outrageusement détenus par une poignée de familles antillaises. Deux leviers économiques sont utilisés : la détention d'entreprises d'import/export et la mise en place d'accords commerciaux que l'on appelle « Franchise ».

L'immense majorité des enseignes présentes en Guyane n'est pas exploitée par le groupe industriel originel. Par exemple, l'enseigne Renault en Guyane, n'est pas exploité par Renault mais par le Groupe Bernard Hayot, qui a passé un accord commercial avec Renault pour avoir l'exclusivité de l'exploitation de l'enseigne dans les Antilles et en Guyane. On appelle cela une « Franchise ». L'avantage de la franchise pour l'enseigne (franchiseur) est de ne pas débourser de fonds pour s'installer dans les divers territoires, et l'avantage pour les exploitants (franchisé) est d'utiliser la renommé de l'enseigne pour faire du profit !

Nous vous proposons donc ce petit état des lieux, qui bien que très parlant, n'est pas exhaustif.

Voyons pour commencer, les intérêts des familles de békés, ces riches familles de « blancs créoles » martiniquais descendant des colons européens :

 

Le Groupe Bernard Hayot (GBH) dirigé par Bernard Hayot, béké martiniquais, 115ème fortune française avec 275 millions d'euros, est présent en Guyane par le biais de multiples entreprises. Il est propriétaire du Carrefour zone Collery, en face duquel il projette l'ouverture d'un Décathlon. Il possède quatre enseignes Guyane Automobile avec l'exclusivité des marques Renault, Nissan, Kia, Mitsubishi et Jeep. Il détient également Maxauto et Autorama dans lesquels il exploite entre autres la marque Michelin. De plus, il détient la Société Guyanaise de Pneumatique (SOGUP). Il détient aussi Matoubam avec System Lease spécialisé dans la location de véhicules de longue durée. Ce groupe détient également Bamyrag qui importe les marques : Lu, Mac Cormik (Ducros, Vahine, Petit navire, Tipiak, Twinning ), du Groupe Mars (Confiserie, Petfood, Food), Pepsico (Pepsi-cola, Gatorade, Tropicana...), Nivea et Hansaplast, Lesieur, du groupe Unilever (Knoor, Alsa, Maizena), Kellog’s, Maison du cafe, Lindt, Sagittaire, Pain de mie Harrys, Corrine de Farme, Eau Ecarlate, Nutrition & sante et Duracell. GBH est également propriétaire de Iguabam qui gère les 5 magasins Yves Rocher de Guyane, ainsi que de Bamapok qui exploite l'enseigne Brioche Dorée. Le groupe commence à investir dans les matières premières avec son groupe Distrisol qui fabrique et distribue de l'électricité ou encore avec le groupe Bamyrag Petrole qui achemine le pétrole vers les stations Total et qui est chargé de renouveler le parc des pompes à essence en favorisant « l'autodistribution ». Enfin, GHB détient des parts du groupe Total Caraïbes suite à la fusion avec son réseau Elf.

 

Le Groupe Huyghues Despointes dirigé par la famille du même nom, békés martiniquais qui ont défrayé la chronique en 2008, lorsque le patriarche avait fait scandale en déclarant à la télévision « Dans les familles métissées, les enfants sont de couleurs différentes, il n’y a pas d’harmonie. Moi, je ne trouve pas ça bien. Nous, on a voulu préserver la race. » Famille classée 250ème fortune de France avec 130 millions d'euros. Ce groupe est présent en Guyane par le biais du groupe SAFO qui exploite les enseignes Carrefour Market, Promocash, Promodes, 8 à huit, Proxi. Le groupe détient également la grande plate forme réfrigérée Guyane Glace.

 

Le Groupe Fabre-Domergue, dirigé par la famille de békés Fabre, classée 150ème fortune de France avec 300 millions d'euros. Ce groupe est présent en Guyane avec Point Bois et Sapro. Il sont également présents dans la grande distribution avec quatre Leader Price en Guyane et dans l'intérim avec Randstad. Ce groupe est présent dans le transport et l'acheminement et détient un entrepôt de 3000m² en Guyane.

 

Le Groupe De Gentile, dirigé par la famille de békés du même nom, possède les enseignes Bricocéram et Azurel ainsi que l'agence immobilière Klécia.

 

La Famile De Reynal De Saint Michel, famille de békés martiniquais détient l'entreprise Pneu Direct en Guyane et également les jardineries Coin Vert. Cette famille détient également le Groupement des Importateur des Matériaux de Guyane (GIMAG).

 

La famille De Jaham, békés martiniquais, est présente en Guyane via l'entreprise Papeco Guyane et Papecollery.

 

La famille Dormoy, békés martiniquais, est présente en Guyane via l'entreprise Aluver Guyane, Soprodig, Prochimie Industrie. Elle est propriétaire des marques Doudou, Tropic Force, Madinet, Tropic Auto et détient la franchise des marques Mir, Rex, Lotus, Okay et Lacroix.

 

 

Voyons maintenant, les intérêt économiques de riches familles antillaises qui ne sont pas des békés:

 

Bernard Boulanger, ancien collaborateur de Despointes, issu d'une riche famille martiniquaise a racheté à la famille Huygues Despointes les droits pour créer la SOLAM après le drame de Cabassou (l'usine avait été détruite par effondrement du mont Cabassou faisant 10 morts). Cette usine produit les yaourts Yoplait, Layo et les jus Caresse Guyanaise. De plus, il détient l'enseigne Délices de Guyane.

 

Le Groupe HO HIO HEN, qui a fait fortune dans les années 50 en Martinique, classé 229ème fortune de France avec 200 millions d'euros, possède le magasin Géant et l'enseigne de pièces détachés Ho Hio Hen Automobile. Ce groupe détient également les enseignes de proximité Ecomax. Ce groupe est propriétaire de l'entreprise Multigros qui fait de l'import/export de marchandise.

 

Le Groupe CAFOM (Centrale d'Achat Française pour l'Outre Mer), dirigé par ses trois fondateurs, Hervé Giaoui, Luc Wormser et André Saada qui ont fait fortune en Guadeloupe dans les années 70, est présent en Guyane sous les marques BUT, DARTY, Musique et Son et anciennement Conforama. Ce groupe a racheté le groupe Habitat et est propriétaire foncier du Familly Plazza. On retrouve également les trois dirigeants dans de nombreuses entreprises immobilières en Guyane notamment via le Groupe Financière Caraïbes. Ils sont propriétaires de plusieurs sites commerciaux dans la zone Collery (Logis Tendance...) et également de la zone commerciale de Katoury.

 

Le Groupe Elize de la famille martiniquaise du même nom, est présent de longue date en Guyane avec le cinéma Eldorado. Il exploite le cinéma AGORA ainsi que le snack Elize contiguë.

 

Le Groupe Monplaisir, du nom d'une famille Sainte Lucienne installée de longue date en Martinique, propriétaire du Groupe SEEN qui détient Guyane Recyclage. Ce groupe fournit en partenariat avec Servair la restauration dans les avions

 

La famille martiniquaise Ankry Avi détient quant à elle l'entreprise City Import propriétaire de l'Univers du Pneu

 

Le Groupe Loret, dirigé par la famille guadeloupéenne du même nom, est présent via Somasco qui détient l'entreprise Somuva exploitant les marques Citroën et IVECO, et Masselco qui exploite la marque Peugeot et DS. Ce groupe est présent également avec la SACI entreprise de pièces détachées. Il est présent sur le marché des locations de véhicules avec CGFF, SALVA et Soguloc qui exploite les enseignes Hertz et Thrifty.

 

La Famille Gothland, ancien patron du MEDEF Guadeloupe, qui a fait sa fortune en Guadeloupe dans les années 70 avec son enseigne La Palette. Cette famille détient en Guyane La Palette et Weldom.

 

La Famille Blandin, actuel président du MEDEF Guadeloupe, est propriétaire du magasin d'électricité Blandin en Guyane.

 

 

 

 

Comme nous venons de le voir, les dépenses du quotidien des guyanais vont directement dans la poche de grandes familles antillaises. Au delà de la main mise de ces grands patrons sur notre économie, nous devons nous interroger sur les choix politiques qui favorisent ce monopôle. Ainsi, le faible développement des transports en commun et la politique du « tout voiture » en Guyane, ne vont-ils pas dans le sens économique des békés qui détiennent en grande partie le marché de l'automobile ?

De plus, le financement de la Collectivité Territoriale de Guyane via l’Octroi de Mer (impôt indirect appliqué sur les importations), ne favorise t-il pas le maintient des importations au détriment du développement d'industries locales ? En effet, pourquoi tuer la poule aux œuf d'or ? L'octroi de Mer représente une manne économique bien plus juteuse pour nos politiques que celle que pourrait apporter l'installation d'industries en Guyane.

Enfin, le fait de laisser l'économie de la Guyane et des Caraïbes aux grandes familles descendantes de colons n'est-elle pas un moyen pour l'Etat français de s'assurer de la stabilité de ces colonies ? N'oublions pas l'épisode de la première abolition de l'esclavage en 1794, lorsque contrainte par la révolte des esclaves de Saint Domingue, la France avait dû abolir l'esclavage pour éviter de perdre ses colonies. Souvenons-nous des békés de l'époque qui n'avaient pas hésité à chasser le gouverneur français de Martinique pour se mettre sous la protection anglaise afin de maintenir l'esclavage. La France a retenue la leçon et sait que satisfaire les grandes familles antillaises dans leur soif de profit, c'est s'assurer la fidélité des colonies !

 

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