L'économie coloniale se définit selon deux grands principes :
- l'exploitation des richesses de la colonie au profit de la métropole « Coloniser, c'est se mettre en rapport avec des pays neufs, pour profiter des ressources de toute nature de ces pays, les mettre en valeur dans l'intérêt national... »
Merignhac, Précis de législation et d'économie coloniales, 1882. ,
- organiser un monopole du marché de consommation au profit des grandes entreprises métropolitaines. « Les colonies sont, pour les pays riches, un placement de capitaux des plus avantageux. Au temps où nous sommes et dans la crise que traversent toutes les industries européennes, la fondation d’une colonie, c’est la création d’un débouché. »
Jules Ferry, Discours devant la Chambre des députés, 29 juillet 1885.
Rappelons la définition du terme métropole selon le dictionnaire Larousse : « Etat considéré par rapport à ses colonies, à ses territoires extérieurs ». Il n'y a donc pas de métropole sans colonie !
Selon le Compte Économique Rapide pour l'Outre-Mer (CEROM), le Produit Intérieur Brut (PIB) de la Guyane en 2014 avoisine les 4 milliards d'euros, en hausse de 4%, alors que le PIB de la France décroit parallèlement de 0,2%. Cela nous montre que la Guyane est une région attractive économiquement, ayant les caractéristiques d'un pays en voie de développement. Cependant, selon le CEROM, cette croissance du PIB est liée principalement à l'activité spatiale, bien que la consommation des ménages et des administrations « qui constitue les moteurs traditionnel de l'économie » reste en hausse. La « consommation des ménages » recouvre toutes les activités d'achat de biens de consommation détenus, comme nous l'avons vu précédemment, par les békés martiniquais. La « consommation des administrations » concerne tous les grands travaux de voirie, de logements, etc., qui sont aux mains des grands groupes capitalistes du CAC 40 comme nous l'a enseigné notre étude.
Si l'on se base sur les fruits de notre étude, nous nous apercevons que le marché d'import des biens de consommation est aux mains des békés martiniquais par le biais de deux outils, la propriété des entreprises d'Import/Export, ainsi que le système des « franchises » sur les biens de consommation. Rappelons que ces franchises sont des accords commerciaux avec les grandes marques. Le recensement des franchises détenues par les békés martiniquais nous permet de constater que les marques (franchiseurs) sont majoritairement des enseignes françaises, soit de biens de consommation (Renault, Peugeot, Lu, Yoplait...), soit de réseaux de distribution (Carrefour, Géant, 8 à huit, concession Renault...). Ainsi, bien que les békés récupèrent une partie de la manne financière, les grands gagnants restent les groupes économiques du CAC40, les békés n'ayant qu'un rôle d'intermédiaire ! De plus, comme nous l'avons vu, le marché du BTP et des matières premières sont entre les mains des grandes multinationales très majoritairement françaises. Si l'on ajoute à cela le monopole financier des banques françaises, on peut considérer que les grandes entreprises métropolitaines détiennent un monopole économique en Guyane.
L'autre condition pour considérer l'économie guyanaise comme une économie coloniale réside dans l’accaparement de nos richesses par les entreprises métropolitaines. Selon le CEROM, les exportations sont en hausse de 5,5%, là encore dopées par le spatial. Les richesses du pays Guyane peuvent se classer en trois catégories :
Les matières premières (pétrole, or, minerais...)
Une position géographique stratégique proche de l'équateur, sans risques sismiques ou cycloniques, qui permet les lancements spatiaux
La forêt amazonienne qui recouvre 95% de notre territoire, source de forts potentiels économiques en lien avec la diversité de sa faune et de sa flore (exploitation sylvestre, brevet chimiques...)
Concernant l'exploitation des matières premières, l'or est majoritairement extrait par l'entreprise française Auplata, le pétrole fait l'objet de prospection notamment par l'entreprise du CAC40 Total, quant aux minerais ils ne sont pour le moment pas exploités.
Le lancement spatial est probablement la richesse la plus exploitée de notre pays. Comme nous l'avons vu précédemment, les grands acteurs économiques qui récoltent les profits de cette exploitation sont tous liés aux grands groupes capitalistes français, dont la particularité est que l'actionnaire majoritaire est l'Etat français.
Enfin, la forêt amazonienne est encore faiblement exploitée en Guyane. Cependant, la dépose d'un brevet sur le couachi par l'IRD dernièrement doit nous alerter sur une nouvelle dynamique de l'Etat français, cela d'autant que plus de 90% du territoire lui appartient !
On peut aisement en conclure que les richesses de la Guyane sont trés largement acaparées par les entreprises françaises et l'Etat français lui même
Au vu de cet exposé, ils est évident que l'économie guyanaise est bien une économie coloniale de type assez classique, utilisant la bourgeoisie antillaise comme intermédiaire. Devant cet état de fait, nous devons militer pour un changement radical de gouvernance de notre pays, ce qui nous permettrait d'envisager une restructuration économique en profondeur, qui ne se baserait plus sur l'exploitation du plus grand nombre pour l'accumulation des richesses par quelques uns. De plus, la souveraineté nationale nous permettrait de créer des sociétés nationales, gérées par les travailleurs, qui exploiteraient les minéraux, le bois ou le spatial pour le profit de la Guyane. En attendant, nous continuons de voir l'équivalent de notre PIB partir en fumée lors des décollages de la fusée ne nous laissant retomber que des morceaux de carcasse en attendant la prochaine explosion ! Nous continuons de voir des grandes sociétés telle que Auplata, venir piller notre or sans nous en laissez la moindre miette. Cette liste de pillage pourrait continuer longtemps, mais nous préférons laisser la parole à Edouardo Galeano dans son fameux ouvrage « les veines ouvertes de l'Amérique Latine », qui écrit : « L'Amérique latine est le continent des veines ouvertes. Depuis la découverte jusqu'à nos jours, tout s'y est toujours transformé en capital européen ou, plus tard, nord américain. […] Les modes de productions et les structures sociales de chaque pays ont été successivement déterminés de l’extérieur en vue de leur incorporation à l'engrenage universel du capitalisme. A chacun a été assignée une fonction, toujours au bénéfice du développement de la métropole étrangère prépondérante, et la chaîne des dépendances successives est devenue infinie, […] en particulier, à l'intérieur de l'Amérique latine, l’oppression des petits pays par leurs voisins plus puissants […] Notre richesse a toujours engendré notre pauvreté pour alimenter la prospérité des empires et des gardes-chiourme autochtones à leur solde ».
A nous donc, la communauté de destin, de nous donner les moyens pour récupérer nos richesses et écrire l'histoire de notre péyi Lagwiyann !