Comment la gabegie de nos élites avec la complicité de l'Etat nuit à notre jeunesse ?

En octobre, la « Sinistre » Myriam El Khomri, spécialiste du chômage de masse, est venue en visite en Guyane. Son séjour a été l'occasion de siffler la fin de la récréation dans l'affaire politico-financière de la Mission Locale. Revenons sur cette affaire dans laquelle a trempé notre élite politique avec la bienveillance de l'Etat français.

 

En octobre, la « Sinistre » Myriam El Khomri, spécialiste du chômage de masse, est venue en visite en Guyane. Après le mouvement sur la loi travail en France, visiter notre pays était idéal pour se ressourcer. Elle a pu admirer notre superbe taux de chômage supérieur à 20%, ainsi que nos 40% de travailleurs cherchant un emploi ! Son séjour a également été l'occasion de siffler la fin de la récréation dans l'affaire politico-financière de la Mission Locale. Revenons donc sur cette affaire dans laquelle a trempé notre élite politique avec la bienveillance de l'Etat français.

 

La Mission Locale pour l'Insertion Professionnelle et Sociale des Jeunes, communément appelée, Mission Locale Régionale de Guyane (MLRG), a un statut de Groupement d’Intérêt Public et est financée par l'Etat, les collectivités locales (Région, Département, communes) et le Fond Social Européen. Elle intervient dans « l’insertion sociale et professionnelle des jeunes dans tous les domaines : orientation, formation, emploi, logement, santé, mobilité, citoyenneté, sports, loisirs, culture et d’accompagnement pour aider lesjeunes de 16 à 25 ansà résoudre l’ensemble des problèmes que pose leur insertion sociale et professionnelle »1.

 

Cet organisme essentiel pour aider les jeunes guyanais connaît un déficit sévère de plus de 2,5 millions d'euros en 2015. Un audit de la Mission Locale Régionale de Guyane, commandé par la DIECCTE (délégation régionale du ministère du travail) vient d'être publié. Il fait état de graves dérives financières et d'une mauvaise gestion administrative. Cet audit recouvre la période de 2009 à 2015, soit l'ensemble de la Présidence de Madame Evelyne HO-COUI-YOUN PATIENT conseillère régionale élue sur la liste de Rodolphe Alexandre et Présidente de la Mission Locale de mai 2010 à fin 2015. Selon France-Guyane2, cet audit fait état de nombreux dysfonctionnements, avec une mauvaise utilisation des fonds publics. On apprend notamment que l'argent alloué à la MLRG dans le cadre des « emplois avenir », a été détourné en prime pour le personnel, que des marchés sont attribués à des entreprises privées sans appel d'offre, ou que les frais de fonctionnement ne sont pas suffisamment justifiés ! On note, par exemple, des frais de déplacements de la Présidente avoisinant les 20 000€ en 2014, avec des billets d'avion à 4000€ et des nuits d'hôtel à 360€ ! Il en est de même pour l'ancienne Directrice de la structure, Madame Sandra Trochimara qui agissait sous les ordres de la Présidente et qui a bénéficié de dépenses largement supérieures à ce qui semble être raisonnable. Notons que Sandra Trochimara est l'actuelle 5ème Maire-Adjoint à la Culture de Cayenne, élue sur la liste de Marie Laure Phinera-Horth.

Finalement, devant les soupçons de manipulation financière dénoncés par le commissaire aux comptes, une enquête judiciaire a été ouverte.

 

Devant un tel constat on peut se demander ce que faisaient les décideurs ? N'y avait-il pas de contrôle dans cet organisme ? Pourtant, le Conseil d'Administration (CA) de la MLRG était composé des 21 représentants des structures parties prenantes, à savoir3 : La Préfecture ; La DIECCTE ;Le Rectorat ; L’Agence Régionale de Santé ; La Direction de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion Sociale ; La Direction Régionale de la Protection Judiciaire de la Jeunesse ; La Région Guyane ; Le Conseil Général de la Guyane ; La Communauté d’Agglomération du Centre Littoral ; La Mairie de Cayenne ; Les Mairies de : Rémire-Montjoly, Matoury, Macouria, Roura, Sinnamary, Iracoubo, Mana, Awala-Yalimapo, Saint-Laurent du Maroni, Saint-Georges de l’Oyapock et Le Centre Régional d’Information Jeunesse. C'est-à-dire, que l'ensemble des institutions politiques guyanaises, ainsi que les divers organismes de tutelle de l'Etat étaient informés périodiquement des problèmes que rencontrait cette structure ! Selon l'audit retranscrit dans France Guyane, l'alerte sur le déficit de la structure remonterait à 2001 ! Et pourtant, il a fallu attendre novembre 2014 pour que l'Etat via la DIECCTE décide de la mise en place d'un Audit sur le fonctionnement de la structure, et il aura encore fallu attendre près de 2 ans pour avoir les conclusions ! On peut donc s'étonner de cet aveuglement collectif. S'agit-il d'incompétence des membres du CA qui n'ont rien vu durant 15 ans ou les dysfonctionnements de cette structure ont-ils bénéficié de complicité ?

 

Pendant ce temps, ceux qui avaient besoin de la Mission Locale, c'est-à-dire, les jeunes en insertion, étaient délaissés pour le plus grand plaisir de ceux qui les exploitaient. Citons par exemple le cas des « emplois avenir ». En 2013, le Centre Hospitalier Andrée Rosemon (CHAR) dirigé alors par Monsieur Dominique Delpech, embauche plus de 50 jeunes guyanais en « Emploi d'Avenir ». Ce nouveau dispositif, créé par le gouvernement Hollande, a pour but d'embaucher des jeunes de moins de 25 ans qui sont dans un parcours d'insertion professionnelle, en contrepartie d'aide de l'Etat. En Guyane, c'est la Mission Locale qui doit accompagner ces jeunes, définir avec eux un projet professionnel et leur permettre d'obtenir les formations appropriées. Ainsi, les jeunes embauchés en contrat d'avenir à l'hôpital devaient être accompagnés de l'extérieur par la MLRG et de l'intérieur par un système de tutorat avec du personnel titulaire. Or, il s’avère qu'aucun des deux mécanismes n'ait été réellement mis en place. Cela a permis à l'hôpital de faire travailler ces jeunes guyanais, théoriquement en formation professionnelle, comme n'importe quel agent hospitalier, mais sans les 40% et pour 6 fois moins cher car 75% du salaire était versé par l'Etat ! Ainsi donc, les dysfonctionnements de la Mission Locale Régionale de Guyane (rappelons que l'argent destiné au suivi de ces jeunes a été distribué sous forme de primes aux salariés de la MLRG), ont permis aux employeurs (publics ou privés) d'exploiter les jeunes guyanais à bas coût ! C'est ainsi que l'on voit nos élites politiques et économiques, se gaver sur le dos des guyanais avec la bienveillance de l'Etat ! Combien de temps encore allons nous les laisser nous nuire ?

 

Enfin, il est utile de préciser que cet argent ainsi utilisé est avant tout le notre, issu de nos impôts sur le revenu et la TVA pour le financement de l'Etat, les taxes foncières et d'habitations, ainsi que l'Octroi de mer pour le financement des collectivités locales. Lequel d'entre nous s'est déjà payé un billet d'avion à 4000€, ou a dormi dans un hôtel à 360€ la nuit ? Alors quand ont mutualise notre argent pour aider nos jeunes en difficulté, il est essentiel que cet argent soit utilisé à bon escient! Finalement, la "Sinistre du Chômage" a validé le plan de retour à l'équilibre de la structure qui prévoit 1a suppression de 12 postes compensés par la création de 9 autres4. Ainsi, la gabegie des dirigeants a été payée par les salariés et notre jeunesse, car moins d'agents signifie moins d'accompagnement, alors que des rapports ont montré la nécessité de créer plus de 100 postes de conseillers en Guyane5. Il semble donc urgent que les organismes gérés par des fonds publics soient contrôlés par des représentants du personnel et des représentants de collectifs citoyens !

 

 

 

 

 

 

 

1http://www.mission-locale.fr/

 

2http://www.franceguyane.fr/actualite/education-sante-environnement/la-mission-locale-dans-le-collimateur-de-la-justice-319105.php

 

3http://guyane.dieccte.gouv.fr/sites/guyane.dieccte.gouv.fr/IMG/pdf/150129_Projet_CC_AUDIT_MLRG_def1.pdf

 

4http://www.franceguyane.fr/actualite/societe-social-emploi/restructuration-pour-la-mission-locale-304947.php

 

5http://lekotidien.fr/2016/03/07/mission-locale-menu-maires/

 

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