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Billet de blog 27 févr. 2019

GHT Guyane, une arme de destruction massive du système sanitaire guyanais

A la veille de la discrète visite de la Ministre de la Santé en Guyane, nous publions cet article qui explique le nouveau scandale sanitaire que l'Etat français tente d'imposer à la population guyanaise.

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Mercredi 23 janvier, à la surprise générale, la nouvelle directrice de l’ARS Mme De Bort a signé un arrêté créant un Groupement Hospitalier de Territoire (GHT) pour la Guyane. Ce GHT regroupe tous les établissements publics de santé de Guyane, ainsi que les Centres de Santé. Les GHT ont été créés en France en 2016 avec pour but affiché de rentabiliser au mieux les soins délivrés. On dénombre à ce jour 135 groupements qui peuvent rassembler jusqu’à 20 établissements.

La loi du plus gros

Dans son communiqué de presse, l’ARS s’empresse de justifier la création du GHT pour éviter la mise en concurrence des établissements de santé. Pourtant, c’est bien tout le contraire qui se déroule. Les hôpitaux membres d’un GHT sont rattachés à un établissement support, généralement le plus grand. Le principe du GHT est de concentrer toutes les spécialités médicales vers l’établissement support quitte à, comme le rappelle l’ARS dans son communiqué, « transférer les activités de soins ou d’équipements lourds d’un établissement à un autre ». Si un établissement veut conserver telle ou telle spécialité médicale ou chirurgicale, il doit se battre contre les autres établissements lors de l’élaboration du projet médical partagé. On est donc devant une mise en concurrence directe des établissements pour obtenir les autorisations sanitaires. Et, malheureusement, à ce jeu c’est souvent le plus gros qui gagne.

Une mutualisation à outrance

La mutualisation est le sacro-saint des GHT. C’est la pierre angulaire du projet qui permet de faire les économies souhaitées. Le principe est simple, faire toujours plus avec moins de personnel ! Les premières mutualisations vont concerner l’administratif et les fonctions supports (système informatique, achats, pharmacie…). Mais, à plus ou moins longue échéance, ces mutualisations pourront concerner les supports techniques (techniciens spécialisés, biomédical…) ou des spécialités liées aux soins (laboratoire, imagerie…). De plus, le communiqué de l’ARS précise sa volonté de mutualiser les locaux, les programmes de formation et les ressources pédagogiques (enseignants) dans les écoles paramédicales de Guyane.

L’utopie du tout ambulatoire

Les réformes successives de ces 20 dernières années dans la santé ont toutes eu pour but de réduire le champ de l’hôpital public pour transférer ce qui est rentable au secteur privé. Ainsi, à ce jour, la part du budget de la Sécurité Sociale liée au financement des hôpitaux publics est devenue inférieure à la part liée au financement des actes effectués dans le privé et des activités libérales. Avec le GHT la Guyane n’échappe pas à cette logique. Une part de plus en plus importante des actes chirurgicaux devront être faits en ambulatoire, c'est-à-dire, que le patient rentre chez lui le jour même de son opération. Le développement de l’ambulatoire en France est responsable de la fermeture de plusieurs milliers de lits d’hôpitaux avec la suppression d’autant de personnel. Si cette technique pourrait éventuellement se développer sur l’île de Cayenne, le manque cruel de professionnels libéraux et de structures privées de type HAD en Guyane, nous permet difficilement d’imaginer son développement sur le reste du territoire.

Le GHT, un outil antidémocratique à la solde de l’ARS

Comme le dénonce la CGT[1], la création des GHT va engendrer une nouvelle gouvernance hospitalière dans laquelle les élus politiques et les représentants du personnel seront minoritaires. La représentativité syndicale réelle ne sera pas la base de la composition de la conférence territoriale du dialogue social, qui ne sera qu’informée des projets relatifs au GHT et non consultée, comme c’est le cas actuellement pour les instances représentatives du personnel. La commission des usagers sera dirigée par le directeur de l’établissement support, empêchant tout contre-pouvoir des usagers.  Dans le comité territorial des élus, seuls les élus représentant les mairies sièges des établissements de santé pourront siéger, ainsi que les représentants de la CTG, excluant de fait les représentants des communautés de communes. Tout sera sous le contrôle du comité stratégique dirigé par le directeur de l’établissement support dans lequel siégeront en majorité des personnes qu’il aura lui-même nommées. Ainsi, le directeur de l’établissement support, qui est sous contrôle direct du directeur général de l’ARS, va se retrouver avec un pouvoir exorbitant sur l’ensemble du système sanitaire guyanais.

Le GHT Guyane, le plus vaste de tous les GHT

Les GHT créés jusqu’à ce jour, s’étendent souvent sur de petites distances, tel celui du sud Martinique qui s’étend sur une vingtaine de km, ou celui de Basse Terre en Guadeloupe de taille similaire. Or, le GHT de Guyane va s’étendre sur les 83000km² de notre territoire, ce qui en fait le plus vaste des 135 GHT créés. Et c’est bien là le cœur du problème. Comme nous l’avons vu, le GHT va répartir les différentes spécialités médicales et chirurgicales sur l’ensemble de son périmètre. Ainsi, on pourra voir des saint-laurentais être obligés de se déplacer à Cayenne pour des prises en charge qui pouvaient se faire jusqu’à présent à l’hôpital de Saint Laurent. Nous risquons donc de constater ces diverses aberrations, notamment, par la logique de développement de filières de soins prévues dans le Plan Régional de Santé 2 où la réalité géographique n’est plus prise en compte. Comment comprendre qu’en Guadeloupe, par exemple, le territoire, qui est 50 fois plus petit que la Guyane, soit découpé en trois entités (deux GHT et une zone exclue du GHT), alors que le territoire guyanais est couvert par un seul et même GHT ?

Le GHT de Guyane rattaché au CHU de … Fort de France !

La convention qui va réguler le fonctionnement du GHT de Guyane prévoit que ce dernier soit rattaché au CHU de Fort de France pour les dix années à venir. Par conséquent, l’engagement de l’Etat de création d’un CHU en Guyane dans les deux ans, pris lors du mouvement social de mars et avril 2017 et lors du mouvement de grève du CHAR, est envoyé aux oubliettes ! Nous allons donc continuer d’avoir une formation médicale des jeunes guyanais à minima, loin des nécessités de formations médicales inhérentes à notre territoire. Rappelons qu’actuellement seule la première année de médecine se déroule en Guyane avec des cours en visioconférence et un taux de sélection plus bas que la moyenne française. Ainsi, en 2017, le numerus clausus était fixé à 10 places (7 médecine, 1 chirurgie dentaire, 1 pharmacie et 1 sage-femme) pour 79 étudiants, soit un taux de 12%, alors que la moyenne française est de 22%.

Encore une loi française inadaptée à la Guyane

Les Groupements Hospitaliers de Territoire ont été conçus selon la réalité de la France dans laquelle ont dénombre en moyenne un hôpital tous les 30 km. Cependant, la réalité guyanaise est toute autre et, c’est d’ailleurs, pour cela que notre territoire avait été exclu de la mise en place d’un GHT jusqu’à présent. Mais le Ministère et sa nouvelle représentante à la tête de l’ARS en ont décidé autrement. Evidemment, il est difficile de comprendre pour ces gens-là que d’être obligé de faire 300km pour se soigner va rendre encore plus difficile l’accès aux soins, alors qu’eux-mêmes n’hésitent pas à en faire 8000km pour avoir des soins de qualité ! Pourtant, la Guyane aurait pu continuer d’être exclue de ce dispositif à l’instar de la moitié nord de la Martinique ou de la Grande Terre en Guadeloupe.

Un dispositif de santé qui répond aux besoins financiers et non aux besoins de la population

Comme nous venons de le voir, la création d’un GHT en Guyane répond avant toute chose à un objectif de réduction des coûts de la santé et, en aucun cas, à une volonté d’améliorer les prises en charge médicales sur notre territoire. Rappelons que le budget prévisionnel de la Sécurité Sociale adopté en 2017 prévoit que la Guyane connaisse la plus grande baisse de la croissance de la masse salariale dans les hôpitaux de tout le territoire français. D’ici 2022, ce n’est pas moins de l’équivalent de 500 emplois qui devraient ainsi être économisés en Guyane ! Vu la taille de la Guyane, la répartition de la population et les carences en infrastructures routières, il faudrait développer des soins de qualité au plus près de la population. Pour cela, il faudrait créer un hôpital à Saint Georges et un autre à Maripasoula. Il faudrait également développer un maximum de spécialités médicales et chirurgicales dans chaque établissement, qui rappelons-le, au vu de leur distance géographique, ne peuvent être en concurrence. Le Ministère et ses envoyés doivent enfin comprendre que l’heure n’est pas aux restrictions sanitaires en Guyane, mais à leur développement. L’Etat français doit investir massivement pour combler l’énorme retard sanitaire qu’il a laissé s’accumuler depuis trop longtemps en Guyane.

[1]http://www.sante.cgt.fr/Groupement-Hospitalier-de,2551

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