NETWAYAJ ANTI F-HAINE N°2: "VIOLENCE ET MIGRATION : TORDONS LE COU AUX IDEES RECUES"

Lors de sa visite en Guyane, Marine Le Pen, n'a cessé de répéter que le climat de violence que connaît la Guyane est lié aux migrants. Pourtant, ces accusations ne se fondent sur absolument aucune étude sérieuse, elle visent simplement à créer des tensions entre les divers communautés guyanaises dans le but de détourner l'attention des incapacités de l'Etat français !

Depuis de trop nombreuses années, le matraquage d'une partie de la classe politique tend à nous faire croire que les faits de violences sont le fruit des étrangers ou de leur descendants. Cependant, lorsque l'on s'y intéresse de près, on s’aperçoit que tous ces préjugés ne reposent sur aucun fondement scientifique. Nous allons essayer de faire le point sur ces phénomènes de violences, en essayant de voir si des liens de causalité spécifiques peuvent être isolés.

Avant toute chose, précisons deux éléments importants. Premièrement, nous devons faire une différence entre migrant et étranger. Ensuite, il semble important de rappeler que la violence ne se limite pas au fait de violence physique contre un individu. Un migrant est une personne née à l'étranger résidant sur le territoire français, il peut être de nationalité étrangère ou française, si il a été naturalisé. Un étranger peut être né à l'étranger ou en France, c'est le cas de nombreux enfants qui ne pourront prétendre à devenir français qu'à leur majorité. Concernant la violence, les chiffres publiés par le Ministère de l'intérieur ne concernent qu'un seul type de violence, celui de la violence physique vers autrui, ainsi que ce que l'on nomme « l'atteinte aux biens » (vol, recèle...). Pourtant, la violence ne se limite pas aux « crimes crapuleux », elle peut avoir d'autres aspects, telle que la « violence politique » qui a pour but l'obtention du pouvoir, la « violence sociale » qui cherche à maximiser les profits, ou encore la « violence d'Etat » qui sert à maintenir l'ordre établi. Il est bien dommage qu'aucune donnée officielle ne nous renseigne sur ces violences !

Commençons donc par analyser les phénomènes de violence au regard du facteur migratoire. Nous allons faire une petite étude comparative entre différents territoires français, en analysant le taux de violence et de vol comparativement au nombre de migrants présents. Si, comme le dit à longueur de temps la famille Le Pen, la violence est liée aux migrants, alors les zones avec de nombreux migrants doivent connaître le plus de violence et celles sans migrants doivent être paisibles. Pourtant, l'analyse du tableau ci-dessous ne va pas dans ce sens. Comparons, par exemple, la Guyane et la Guadeloupe, qui sont deux des territoires les plus violents de France. Si la Guyane a un fort taux de migrants, on s’aperçoit que ce n'est pas le cas de la Guadeloupe qui a un taux de migrants de 4,6%, largement inférieur à la moyenne nationale. Il en est de même pour la Martinique qui détient un taux de violence élevé (11,9 pour 1000 habitants), alors qu'il n'y réside que 1,6% de migrants ! Ce constat est identique en France métropolitaine. Prenons, par exemple, les Yvelines, le Haut Rhin ou encore la Haute Corse où le taux de migrants est supérieur à la moyenne nationale et les faits de violence et les vols sont inférieurs à la moyenne. A contrario, des départements comme le Pas de Calais ou la Savoie, qui ont un taux de migrants faible, sont exposés à davantage de violences et de vols que la moyenne des départements français. Au vu de cette analyse, l'argument reliant les violences et les vols aux migrants est faux et relève de la manipulation.

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Voyons maintenant si la violence pourrait être le fruit d'autres facteurs de causalité. Pour ce faire, commençons par comparer les taux de violence aux taux de pauvreté respectifs des divers territoires. Si les trois « départements d'outre-mer », que constituent la Guyane, la Guadeloupe et la Martinique, connaissent un taux de pauvreté record avec un taux de violence corrélée, ce n'est pas le cas de la Haute Corse qui, avec un taux de pauvreté de 22,5%, a un taux de violence et de vol largement inférieur à la moyenne nationale. De plus, notons que le Pas de Calais avec ses 20,2% de pauvres a un taux de violence inférieur au Haut de Seine, dont le taux de pauvreté est inférieur à la moyenne nationale. Au vu de cette analyse, on ne peut pas conclure sur une corrélation entre pauvreté et violence !

Essayons d'analyser ces données afin de voir si les inégalités sociales ne seraient pas corrélées statistiquement au taux de violence. Pour ce faire, nous allons utiliser le rapport inter-décile qui compare le niveau de vie des 10% les plus riches au 10% les plus pauvres. Plus le rapport inter-décile est élevé, plus le territoire est inégalitaire. Encore une fois, la Guyane remporte la palme des territoires les plus inégalitaires, où les 10% les plus riches sont presque 11 fois plus riches en moyenne que les 10% les plus pauvres. Si cet indicateur fonctionne pour la Guyane, la Guadeloupe, la Martinique, les Hauts de Seine et la Savoie, en revanche, il ne fonctionne pas pour le Pas de Calais et le Haut Rhin. L'analyse du rapport inter-décile ne nous permet donc pas de conclure sur une corrélation entre inégalités sociales et violences. Cependant, d'autres indicateurs semblent plus performants pour évaluer les inégalités sociales, tels que l'Indice de Gini qui prend en compte toutes les tranches de la population de manière plus affinée, mais hélas, aucune donnée statistique fiable ne nous permet de l'exploiter.

Si l'on ne peut pas trouver de corrélation statistique entre des situations sociales ou administratives et les faits de violence, on peut cependant étudier les caractéristiques sociologiques des auteurs de ces violences. Depuis près d'un siècle des études très sérieuses2 nous ont apprises que les faits de délinquance ou de violence sont commis par de personnes ordinaires et qu'il n'y a pas de prédisposition « de race », de tempérament, d'hormone, de gènes ou encore d'inconscient ! De plus, Gary Becker3 précise, pour sa part, que la transgression et la violence est propre à chaque individu et qu'elle est liée à une réflexion pragmatique du Bénéfice/Risque. Il racontait comme anecdote qu'une fois en retard pour faire passer un examen, il voulut arbitrer entre payer une place de parking et perdre du temps, ou se garer illégalement et risquer de payer une amende. Après un rapide calcul entre la probabilité d'être arrêté et de payer une amende et le coût de se garer « proprement », Becker décida rationnellement de choisir le « crime ». En d'autres termes : « c'est l'occasion qui fait le larron ». Enfin, selon Laurent Mucchielli4, 85% des meurtriers qu'il a étudiés sont des hommes entre 18 et 50 ans, ils sont issus à 80% des milieux populaires, 68% sont sortis du système scolaire sans diplôme, plus de la moitié d'entre-eux n'avaient pas d'emploi. Cette sur-représentation d'homme de 18 à 50 ans, sans emploi et sans diplôme caractérise également la majorité des migrants sur le territoire français, ce qui explique une sur-représentation dans les données statistiques de la police. En outre, concernant les statistiques du Ministère de l'intérieur et du nombre de condamnations, Pierre Tournier5 nous rappelle que « quatre fois sur cinq, on entre en prison non comme condamné, mais comme détenu provisoire [...] que le placement en détention provisoire [dépend] des « garanties de représentation » [qui sont la présence ou non] d'un domicile, d'une situation familiale ou d'un emploi dont beaucoup d’étrangers sont dénués de par leurs conditions de vie. […] la durée de la peine étant alors influencée par celle de la détention avant jugement qui fonctionne comme un minimum de fait.  ». Ainsi donc, à crime égal, les condamnations peuvent varier en fonction de la détention provisoire et par conséquent de la situation sociale. Ceci explique en partie la sur-représentation dans les prisons de personnes françaises ou étrangères connaissant des difficultés sociales.

Ces caractéristiques sociologiques des délinquants et criminels doivent nous interroger sur les responsabilités de l’État. Prenons l'exemple de la Guyane6 où l'absence d'emploi concerne plus de 40% de la population, la pauvreté touche plus de 60% des guyanais et, en 2015, 40% des jeunes ont quitté le système scolaire sans diplôme ! Comment voulons nous que le taux de violence ne soit pas le plus important de tous les territoires administrés par la France ? Quelle est la part de responsabilité de l'Etat français dans le retard de structures scolaires qui conduit la Guyane à avoir un taux de déscolarisation record ? Comment accepter que l'absence d'industrialisation de la Guyane génère un taux d'inactivité salariale de 40% ? Lorsque vous le comparez aux investissements français faits dans le Centre Spatial Guyanais, vous comprenez pourquoi la Guyane est le plus inégalitaire des territoire français.  Pour réduire la violence et la délinquance en Guyane, l'Etat français doit investir dans l'emploi et l'éducation, au lieu de cela, on nous annonce la construction d'une deuxième prison... tout un symbole !

 

 

1http://www.observationsociete.fr/revenus/pauvrete/en-matiere-de-pauvrete-linsee-considere-que-les-dom-ne-font-pas-partie-de-la-france.html

 

2Burgess E. W. (1923), “The study of the delinquent as a person”, American Journal of Sociology [traduction française : « L’étude du délinquant en tant que personne », Déviance et Société »]

 

3Gary Becker (1968). « Crime and Punishment: An Economic Approach ». The Journal of Political Economy

 

4Les caractéristiques démographiques et sociales des meurtriers et de leurs victimes, Une enquête sur un département de la région parisienne dans les années 1990, Laurent MUCCHIELLI

 

5Article extrait du Plein droit n° 21, juillet 1993, « Les étrangers sous surveillance policière », Étrangers et délinquances : les chiffres du débat, Pierre Tournier, CNRS

 

6Sources INSEE

 

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