Pourquoi les Islandais ont eu raison de voter non

A l'occasion de cette excellente nouvelle que constitue le refus réitéré des Islandais de payer les pots cassés, profitons-en pour rappeler à quoi et surtout à QUI nous devons de nous retrouver tous dans cette situation extravagante, à devoir payer pour l'irresponsabilité de quelques mégalomaniaques. Comme si nous étions les pères ou mères d'enfants turbulents et que nous ayons à rembourser les dégâts qu'ils ont commis dans le quartier.

Et pour bien comprendre, une fois pour toute, le pourquoi du comment, il faut encore et toujours remonter à la crise des « subprimes » pour faire apparaître ce qui dans les siècles à venir passera sans doute pour l'épisode le plus grotesque de l'épopée humaine. En attendant, il faut considérer la dette qu'on veut nous mettre sur le dos pour ce qu'elle est, c'est à dire une vaste fumisterie et une escroquerie d'envergure planétaire.

 

La crise des « subprimes » c'est :

1) Des millions de crédits qui ont été accordés à des Américains insolvables et qui pour la plupart ne demandaient rien à personne et ne songeaient même pas à devenir propriétaires. Subprime est le nom qui a été donné dès le départ à ces crédits douteux ;

2) De soi-disant agents immobiliers proposant à tour de bras, à des Américains n'ayant manifestement pas les moyens financiers suffisants, d'accéder à la propriété grâce à des opérations de crédit qu'ils se faisaient forts de leur obtenir.3) Des produits financiers, appelés produits dérivés, inventés par des centaines de jeunes soi-disant surdoués peuplant les salles de marché qui ne comprenaient pas toujours très bien eux-mêmes les aberrations mathématico financières qu'ils fabriquaient.

Ces produits dérivés sont constitués à partir de plusieurs opérations de crédits morcelés, mélangés, n'ayant rien à voir les uns avec les autres et dont les fameux crédits "subprimes" pouvaient faire partie intégrante, ou non.

Destinés à être vendus comme des placements sûrs et rentables, ces produits dérivés étaient initialement prévus pour être proposés par les banquiers à leurs clients. Leur finalité était de permettre au banquier de récupérer le montant des prêts qu'il accordait, sans même réfléchir, auprès de ses clients. Ce qui s'appelle transmettre le risque et le faire endosser par des dizaines, des centaines, voire des millions de petits épargnants qui prennent chacun sur eux, sans le savoir, une petite parcelle du risque initial représenté par le défaut de remboursement éventuel du prêt accordé par ledit banquier.

4) La titrisation. C'est ainsi qu'on appelle l'ensemble des opérations bancaires réalisées à l'aide des produits dérivés - vus ci-dessus - et qui consiste à faire endosser par une myriade de petits porteurs, la totalité des risques inhérents aux défauts de remboursement des crédits accordés par les banques, dont notamment les fameux crédits « subprimes ».

5) L'avidité et la bêtise des banquiers qui à défaut de comprendre quoi que ce soit aux produits dérivés qu'ils fourguaient à tour de bras à leurs clients ont cru y voir une bonne affaire pour eux-mêmes. Ils se sont donc mis à garder pour eux, des quantités astronomiques de ces produits dérivés qui sont devenus, au moment de la déconfiture, les produits dits toxiques.

 

Résultat des courses :

Cela a duré ainsi jusqu'au jour où les premiers "subprimes" ont commencé à faire défaut. Un, puis dix, vingt, mille et pour finir des millions de ménages américains qui se sont retrouvés du jour au lendemain avec leurs meubles sur le trottoir. Et des milliards de dollars d'actifs représentés par les maisons vendues par le biais des crédits "subprimes" qui ne valaient pratiquement plus rien du fait que le marché étant saturé, les maisons saisies ne trouvaient plus acheteur.

Et quid des produits dérivés ? Et bien ils ne valaient plus rien eux non plus. D'où la grosse panique chez les banquiers.

 

Dans cette affaire des "subprimes" il convient d'établir la liste des différents acteurs intervenant dans chaque opération.

1) Le propriétaire qui vendait sa maison. Lui n'a rien perdu du fait qu'il a reçu le prix demandé pour sa maison, de la banque ayant accordé le prêt à l'acheteur ;

2) L'agent immobilier. Lui a gagné sa commission s'élevant à 10% minimum du prix de vente. Payé cash lui aussi par la même banque que précédemment.

3) L'Acheteur américain insolvable. Lui a tout perdu, logement et ce qu'il avait pu commencer à rembourser de son emprunt.

4) Le banquier. Celui-ci aurait pu se contenter de récupérer l'argent des prêts qu'il accordait en titrisant puisque les produits dérivés avaient justement été inventés pour ça. Mais sans doute n'a-t-il pas su résister à la tentation de démontrer son génie des affaires en essayant de s'approprier le beurre et l'argent du beurre. Il s'est donc mis à garder pour lui des millions de titres jusqu'à n'avoir pratiquement plus que cela dans ses coffres. C'est-à-dire, au final, des milliards de bons dollars en moins dans ses caisses. Ces mêmes milliards qu'on nous demande aujourd'hui, à nous, de rembourser et qui sont censés constituer l'essentiel de notre dette publique.

L'histoire aurait pu s'arrêter là, les banquiers assumant l'intégralité de leurs erreurs comme les personnes sérieuses et responsables qu'elles sont censées être. Sauf que c'est nous, qui n'y sommes pourtant pour rien, qui devons, contraints et forcés par nos gouvernements, nous y coller pour les renflouer.

Or, renfloués, ils le sont d'ailleurs déjà grâce, notamment, à l'argent qui leur a été fourni par les banques centrales à un taux proche de zéro. Mais si ceux-ci sont maintenant renfloués, la question que je me pose et que nous sommes tous en droit de nous poser est celle-ci : pourquoi avons-nous à rembourser une quelconque dette puisque tous le monde, à part peut-être certains petits épargnants, est rentré dans ses fonds ?

Cette question recouvre sans doute une dimension capitale dans le sort qui nous est réservé et dont on peut voir la préfiguration dans le sort qui est fait aux Grecs, aux Irlandais, maintenant aux Portugais et bientôt sans doute aux Espagnols puis à nous-même si nous savons faire preuve d'un minimum de logique.

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