Paroles de trader.

L'extrait tiré du livre de Geraint ANDERSON, "CITYBOY" que je reproduis ici n'est pas le plus drôle du bouquin, loin de là. Mais c'est celui où il se livre "sérieusement" à une critique du système socio-économique que nous avons hérité du Thatchérisme.

Convenons-en, ce processus a été précipité par le déclin de la religion et l'échec de son successeur, l'idéalisme de gauche, discrédité par les malheureuses tentatives russes et chinoises du XXè siècle. L'argent a rapidement comblé ce vide comme seul et unique Dieu, et le seul évangile encore écouté de nos jours, c'est l'évangile selon Adam SMITH. Je ne prétends pas que la cupidité a été inventée par les Cityboys, mais nous en sommes devenus ses plus fervents et ses plus remarquables adeptes. Nous sommes les missionnaires de cette nouvelle croyance et notre consommation ostentatoire fomente la jalousie et le mécontentement nécessaires à la conversion des masses. Les économies capitalistes ne peuvent survivre que si elles croissent et, pour ce faire, les peuples doivent être insatisfaits car seule une population qui cherche désespérément à améliorer son confort matériel sera toujours tentée d'acheter une voiture plus belle ou une veste plus élégante. Afin d'assurer notre succès, nous avons chargé les publicitaires de répandre la bonne parole.

Ces pourris nous vendent la glace qui nous fait grossir, puis la pilule qui nous fait maigrir. L'astuce consiste à ce que vous vous sentiez le plus mal possible dans votre peau pour vous pousser à dépenser un max d'argent, dans l'espoir illusoire que cela vous rendra sexy et heureux. Il ne faut surtout pas que vous soyez satisfait, sinon vous gardez votre vieille caisse et tout le système s'écroule.

Seul problème, l'argent est un faux dieu et ne vivre que pour en gagner n'apporte que des frustrations. Vos efforts désespérés pour avoir le même standing que les Dupont ne peuvent qu'engendrer la déception parce qu'il y aura toujours un blaireau pour avoir plus que vous. Voilà pourquoi les riches Cityboys sont si malheureux. Une étude réalisée par Alden CASS (le Frasier CRANE de Wall Street) a démontré que les traders américains seraient privés du droit inaliénable au bonheur tel qu'il défini dans la Constitution très hédoniste de ce pays. Il y aurait parmi eux quatre fois plus de dépressifs que dans la population mâle moyenne, et les plus gravement atteints seraient ceux qui gagnent le plus d'argent. Une étude faite sur les traders de Floride a établi qu'ils essaient de soulager leur spleen par le sexe, la masturbation, l'alcool et la drogue, des activités qui, toutes agréables qu'elles soient, ne doivent en aucun cas être le seul but dans l'existence. Ce mal-être dérive de l'esprit de compétition du Cityboy moyen et de l'anxiété qui en découle, car il y a toujours un crétin au-dessus de vous sur l'échelle sociale pour vous donner l'impression d'être un bon à rien. Je suppose que quand on s'appelle Bill GATES ou Warren BUFFET, on a peut-être un avis différent, mais, de toute façon, qui voudrait ressembler à ces deux affreux losers, de toute façon ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.