Le complotisme, un épouvantail bien pratique pour disqualifier les lanceurs d’alerte

Comment distinguer le vrai du faux dans cette surinformation ? Quid des fake news, du complotisme, des mensonges d’État, des lanceurs d'alerte ? Cet article est une retranscription du 7ème épisode d’une chronique vidéo commencée au début du confinement. Coroniceberg#7 - 27ème jour de confinement, publiée le 12 avril 2020 : https://www.youtube.com/watch?v=_8gQzB0daPs

Hervé Magnin est psychothérapeute cognitiviste, comportementaliste.
Il est aussi musicien auteur-compositeur-interprète et se produit régulièrement en conférence/concert où il illustre en chansons les thèmes de développement personnel qu'il expose dans ses livres. Parmi ses dernières productions, une série de vidéos que j'ai souhaité vous faire connaitre : les Coroniceberg.

Nous sommes tous plus que jamais sujets à la surinformation. Difficile de distinguer le vrai du faux. Depuis quelques jours, j’entends à la radio ce message de l’UNESCO :

La désinformation comme le coronavirus, se propagent. Pour combattre la désinformation, il est important de partager des informations venant de sources fiables comme les autorités sanitaires et l'Organisation mondiale de la santé. Pendant l'épidémie de COVID-19, ne faites confiance qu'aux sources d'informations officielles et aux médias crédibles. Ne partagez pas d'informations non vérifiées. Ceci est un message de l'UNESCO.

On nous demande donc de faire confiance. A qui ? Aux autorités sanitaires. A l’échelon national, a minima, le ministère de la Santé. Au plein cœur de la plus grave crise sanitaire mondiale, la ministre de la Santé démissionne dans l’espoir d’être élue à la mairie de Paris. Plus tard, elle déclarera qu’elle savait déjà, ce qui ne l’a pas empêchée de tenir des propos mensongers devant les caméras.

Les autorités sanitaires, ce sont ces universitaires avec parmi eux Yves Levy, directeur de l’INSERM et époux d’Agnès Buzin, qui tirent à boulets rouges sur le Professeur Raoult, un des plus grands spécialistes en épidémiologie, reconnu comme tel dans le monde entier.
Les autorités sanitaires, c’est aussi le conseil scientifique qui a cumulé de graves erreurs averrées depuis.

On nous demande de faire confiance à l'Organisation mondiale de la santé. En janvier, cette organisation avait annoncé que le risque était « modéré au niveau international ». Quelques jours plus tard, l’OMS admet avoir fait une « erreur de formulation ».

On nous demande de NE faire confiance QUE aux sources d'informations officielles et aux médias crédibles. Qui sont les médias crédibles ? Qui détermine la crédibilité des sources ? Ce qui n’a rien de secret c’est que les grands médias appartiennent soit aux États, soit à de grands groupes de presse privés dont la finalité est de faire du profit. Ce blanc-seing, cette confiance aveugle demandée est une incitation à la naïveté… en fait, un suicide de l’esprit critique.

Alors qu’est-ce qu’il se passe quand on met en doute des informations qui émanent de ces sources censées avoir le monopole de la crédibilité ? Parfois, des journalistes intègres accueillent la contradiction. Mais souvent, il se passe autre chose. Les patentés sortent leur totem d’immunité, les crédibles sortent leur carte de crédit et discréditent les incrédules. Et l’arme de rhétorique la plus efficace pour apporter le discrédit sur les porte-voix divergents, cette arme de destruction massive du langage, elle porte un nom : le complotisme !

C’est pratique de sortir ce joker. La meilleure défense étant souvent l’attaque, alors le contradicteur dans un débat n’a plus qu’à se défendre de cette accusation. Ce qui incrimine le coupable et préserve le présumé innocent de se justifier en argumentant son propos contesté. Mais un propos officiel est-il contestable ? Si oui, à quel prix ?

Mon propos n’est surtout pas de faire l’apologie du complotisme. Bien au contraire. Il porte un tort considérable à la vérité et au bien commun. Je ne vais pas me gêner pour le critiquer pour ce qu’il est – et non pas pour ce qu’il n’est pas. Complotisme est à peu près synonyme de conspirationnisme. Ce sont deux néologismes donc si vous en voulez une définition, il se peut que votre dictionnaire ne soit pas assez récent. Ce sont des mots qui collent à notre histoire contemporaine. Le sens commun de ces mots désigne le fait d’affirmer une théorie fausse. Autrement dit, on reproche aux complotistes de mentir. Et les complotistes reprochent aussi aux comploteurs de mentir. Récemment, le gouvernement américain a accusé la Chine d’avoir créé le coronavirus dans le but de l’utiliser comme une arme chimique. Les Chinois quant à eux ont prétendu que lors d’une compétition omnisports disputée en octobre à Wuhan, la délégation américaine aux Jeux mondiaux militaires, aurait pu apporter le virus en Chine. Çui qui dit, c’est çui qui y est.

 

J’aimerais aussi attirer votre attention sur ce que le complotisme n’est pas ? Il n’est pas d’apporter des informations, des faits, d’étranges coïncidences, des suspicions qui bâtissent une hypothèse de complot. Ça, ce n’est pas du complotisme. Complotisme et conspirationnisme sont deux termes assez présents dans les médias, sur les chaînes de télé, dans la presse écrite et sur les réseaux sociaux. En revanche, je n’entends jamais les termes suivants : comploteur ; conspirateur. C’est à croire qu’il n’y a jamais de complot, jamais de conspiration. Et puisqu’on est dans la sémantique, malgré mon grand amour pour le langage, je dois me reconnaître impuissant pour trouver un terme qui permet de nommer quelqu’un qui tente de mettre en lumière et déjouer un complot. Il n’y a pas de complotiteur, de conspirologue.


A quelques rares exceptions, les seuls habilités à parler de complot, ce sont les historiens. Des complots dans l’Histoire de l’Humanité, il y en a eu des milliers. Et il faut le recul du temps pour pouvoir en parler ouvertement, en toute sécurité. Pour que les mensonges d’État soient dévoilés, il faut souvent a minima quelques décennies pour qu’on lève le voile sur les intentions cachées des puissants. Il y a bien quelques exceptions quand la supercherie est vraiment trop grosse. Le gouvernement de Bush junior en a fait vaguement les frais quant à la prétendue présence d’armes de destruction massive en Irak. Quand je dis que l’administration Bush en a vaguement fait les frais, c’est juste peut-être un court moment de honte d’être pris la main dans le sac. C’est tout. L’opinion public états-unienne avait déjà été manipulée par des médias serviles et la justification d’invasion de l’Irak était en marche. Est-ce que ce mensonge d’État a empêché Bush junior d’être réélu 2 ans plus tard ? Non.

Quelques années auparavant, pour la première guerre du golfe, Bush senior, le père, avait fait usage du même procédé. L’affaire des couveuses au Koweït, vous en avez entendu parler ? Le 14 octobre 1990, devant une commission du Congrès des États-Unis, une jeune femme koweitienne témoigne d’atrocités commises lors de l'invasion du Koweït par les forces armées irakiennes de Saddam Hussein.

C’est un faux témoignage avéré. Il a été fomenté par l'agence de communication Rendon Group qui était chargée de superviser la communication de la CIA et du Pentagone. Les médias ont diffusé les images émouvantes de cette jeune femme (excellente commédienne) et la dictature émotionnelle a fait son effet sur l’opinion public internationale. Et la justification d’une troisième guerre mondiale était validée. Ça vous choque que je parle de guerre mondiale ? Ce petit mensonge d’État a contribué à convaincre 27 pays d’entrer en guerre contre l’Irak. Je ne dis pas que l’armée irakienne n’a pas commis d’atrocités. C’est crédible, mais faux dans ce cas précis. C’est important de comprendre ce « crédible mais faux », ce mélange fréquent de vérité et de mensonge. J’y reviendrai.

Alors dans les deux exemples que je viens de citer, y a-t-il complot ou pas ? Les complots contemporains sont hélas difficiles à révéler et ceux qui s’y risquent le paient souvent très cher. Les pressions sont énormes. Les historiens n’ont pas ce problème, ou beaucoup moins. Quelques lignes plus haut, j’ai pointé mon impuissance à nommer les personnes qui tentent honnêtement de mettre de la lumière sur de vrais complots. Il en existe pourtant un qui – contrairement à complotiste ou conspirationniste – a plutôt une connotation positive. Ce sont les lanceurs d’alerte. Je ne suis pas convaincu que les alertes méritent d’être lancées. Il y a un verbe simple : alerter.

Mais c’est quoi une alerte ? Ce n’est pas très diffèrent d’une alarme. Et ceux qui alarment sont souvent traités avec mépris d’alarmistes. Et toujours pas d’« alarmeur » dans nos dictionnaires. En revanche, « alerteur » existe bien mais on ne l’utilise pas.

Alors alarme, alerte, c’est quoi ? C’est un signal qui contient une information liée à une situation particulière. Et qu’est-ce qui caractérise cette situation, c’est 2 choses : Son niveau de gravité et le fait qu’elle nécessite une action urgente pour faire face au danger de la meilleure façon possible.

L’abus d’alerte, c’est ce mensonge qu’on reproche à juste titre aux complotistes. Mais une alerte justifiée qui n’est pas donnée, c’est de la non-assistance à personne en danger. Et il y a de véritables complots qui mettent en danger la vie de millions de gens. Je pourrais citer de nombreux exemples. N’en voici que deux qui sont très largement documentés. Le scandale du médiator pour ce qui est de l’industrie pharmaceutique. La corruption des institutions de mise sur le marché des produits phytosanitaires pour Monsanto.

Si on transpose cette fable d’Ésope dans le contexte de notre société moderne, le garçon qui criait au loup use et abuse d’un droit qui est un des fondements de la Constitution française. L’Article 11 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen pose la liberté d’expression comme un des droits les plus précieux de l'homme. Il précise certes que tout citoyen peut parler, écrire, imprimer librement mais en ajoutant « sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. Quelle loi ? Il y en a beaucoup. Notamment l’une d’elle apportera des précisions presqu’un siècle plus tard, en 1881, sur ce qui concerne la diffamation, l’injure publique, la fausse information. Fausse information… Dois-je vraiment traduire en anglais « fausse information » ? Fake news !

Chaque jour, des millions de fake news circulent dans le monde. Des lois prévoient de sanctionner les fausses informations, les injures publiques, la diffamation. Mais il est devenu impossible judiciariser un tel flot de contrevérités.

Le message de l’UNESCO n'est pas absurde ; il est juste malhonnête parce qu’il accrédite des autorités et des médias qui véhiculent aussi des mensonges, beaucoup de mensonges. L’UNESCO, les Nations Unies, les instances censées être les plus vertueuses… véhiculent des mensonges. L’homme le plus puissant du monde est connu pour être le plus grand menteur pathologique du monde. Et il va probablement être réélu à la tête des États-Unis.

Nous baignons dans un planétaire bain de mensonges. A un tel point qu’il est devenu presque impossible d’être totalement naïf. Nous sommes encore très manipulables mais nous sommes aussi devenus extrêmement méfiants. Trop ? Pas assez ? C’est compliqué.

La défiance vis-à-vis des États et des médias est mesurée par les instituts de sondage. Cette défiance est énorme et croissante. Or l’excès de naïveté, l’abus de confiance est le berceau de la paranoïa. Le choc, le trauma engendre souvent des mouvements réactionnels qui nous font passer d’un excès à l’autre.

Les complotistes se nourrissent des mensonges des comploteurs. Parfois de bonne foi et maladroitement, parfois de mauvaise foi avec des intentions malveillantes.

Quelques mots brièvement sur la mauvaise foi :

C’est un processus de communication relativement complexe, ne serait-ce que parce qu’il cumule conjointement 3 objectifs :
1. L’objet réel : il est caché parce que nuisible à autrui ;
2. Le prétexte : c’est l’écran de fumée, le faisceau d’arguments fallacieux ; il est censé justifier l’obtention indirecte de l’objet réel (qui n’est pas nommé) ;
3. La préservation d’une bonne image sociale (malgré l’intention nuisible à autrui. Deux paramètres contribuent à l’obtention de ce troisième objectif : L’apparente crédibilité des prétextes et la naïveté de ceux qui y croient).

Dans la novlangue, « la théorie du complot » c’est une arme de destruction massive du langage. C’est un épouvantail devenu très efficace pour discréditer la mise en cause des thèses officielles. Dès que le spectre du complotisme est formulé, la thèse n’est même plus considérée comme une hypothèse. Elle est balayée, disqualifiée au point qu’il est devenu inutile d’argumenter, tant ce genre de dissidence est caricaturalement présentée comme une ridicule projection paranoïaque.

Dans ce qui est dit, je ne sais quelle est la part du vrai. Je vous invite à vous faire une idée par vous-même, à exercer votre esprit critique. Mais pour cela, il faut multiplier les sources d’information, et pas seulement regarder la télé et changer de chaine. La majorité des médias de masse sont des entreprises privées dont la finalité est de faire du profit. Ce n’est pas rationnel, c’est même très naïf de penser qu’ils sont objectifs.

Après plusieurs semaines de confinement en France, j’ignore si le coronavirus est sorti d’un laboratoire P4 de Wuhan. Il y a plusieurs hypothèses causales possibles. Celle-ci en est une et jusqu'à il y a peu, elle n’intéressait pas grand-monde. Aucun des médias contactés n’a répondu à l’alerte exprimée dans les premières vidéos de Coroniceberg. Peu importe en fait que cette hypothèse soit juste. Basée sur des rapports d’experts, l’enquête présentée dans ces vidéos a démontré la dangerosité de ces laboratoires et de graves failles dans leurs systèmes de sécurité. C’est un des nombreux dangers que nous courons.

Nos dirigeants ne pensent qu’à faire disparaître les symptômes d’un grave problème dont on ne cherche pas à identifier les causes profondes. C’est la raison pour laquelle il y aura d’autres catastrophes, au moins aussi graves que celle qui aujourd’hui, nous prend en otages, nous assigne à résidence.

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