Semences

Mediapart est décidément un ferment dont on a bien besoin en ces temps de double fermeture : fermeture des horizons par le néolibéralisme, fermeture de l'idée même d'espace de liberté par la "crise". Le dialogue ou plutôt le rapprochement des doubles monologues d'Edwy Plenel et de Pierre Rabhi lors des journées organisées par Camedia qui n'empêche ni la sympathie profonde ni la complicité entre eux et leurs chemins de pensée - fonctionne comme un ferment, comme une levure. La pratique si terrienne de Pierre, la praxis si rigoureuse d'Edwy constituent les deux ingrédients qui me donnent l'idée d'une recette : celle d'une autre pratique sur le modèle des rencontres de Camedia et dans la ligne de la main à la pâte des jardiniers des Amanins.  Dans le domaine du savoir, il y a en France un colosse aux pieds d'argile : l'université. Ses pieds la rendent moins instable qu'ils ne l'empêchent de marcher. Et pourtant il faut la (re)mettre en mouvement, en marche. Il y a eu la très réussie initiative de l'université de tous les savoirs. L'approche de la matière terrienne de Pierre, l'approche de la vérité journalistique d'Edwy, sa conviction de la productivité démocratique formidable de l'émergence d'un fait journalistique comme les révélations autour de Cahusac suggèrent que sur le plan du savoir les disciples de Mediapart que nous sommes, nous collectif de ses lecteurs commentateurs, nous pourrions créer des moments de "master class" redéfinissant autrement que ne le font l'université et les organes de formations au sens le plus large, des matières et des sujets comme tel concept de l'économie, telle approche du journalisme, tel aspect de la culture, etc. Ce sont de telles pratiques qui nous permettront de sortir du cercle vicieux qui menace d'enfermer Mediapart dans la conviction des convaincus. 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.