Des repères dans un avenir incertain

Edito du PalSol (bulletin trimestriel "Palestine Solidarité" de l’AFPS)

Alors que le peuple palestinien subit de plein fouet la pandémie de Covid-19, le monde détourne la tête et encense l’État d’Israël… qui a refusé de fournir des vaccins à la population palestinienne de Cisjordanie et de Gaza, au mépris de ses obligations de puissance occupante. Le scandale que constitue cet apartheid sanitaire s’ajoute à la poursuite de la colonisation, à l’interminable blocus de Gaza, aux expulsions et destructions de maisons notamment à Jérusalem… et pour les réfugiés palestiniens du Liban, les effets d’une crise économique sans précédent.

Il ne fallait rien attendre des élections israéliennes, et leur résultat a confirmé la montée inexorable de l’extrême-droite annexionniste. Faut-il s’en étonner, alors qu’aucun signal fort ne vient de l’extérieur pour sanctionner la politique israélienne qui nie totalement les droits du peuple palestinien ?

Le peuple palestinien ne peut compter aujourd’hui que sur ses propres forces et sur le soutien international.

Dans le contexte de l’occupation israélienne, les élections du Conseil législatif et du président de l’Autorité palestinienne seront un parcours semé d’embûches, et nombre de jeunes palestiniens, d’ailleurs exclus des candidatures par les décrets présidentiels, expriment leur désarroi. Nous gardons cependant l’espoir qu’elles pourront constituer un premier pas vers la fin de la division politique et géographique du territoire palestinien occupé. Les élections du Conseil national de l’OLP sont, quant à elles, prévues fin août : quelles que soient les voies qu’il choisira pour y parvenir, le peuple palestinien doit retrouver les moyens de s’exprimer d’une voix forte, unie et reconnue.

Au-delà des divisions politiques, la revendication de l’égalité des droits, la volonté de mettre fin à l’occupation, à la colonisation, au blocus de Gaza et au déni des droits de réfugiés palestiniens, s’expriment aussi par le refus de la fragmentation du peuple palestinien et la dénonciation du régime israélien d’apartheid. C’est un combat porteur d’espoir, dans lequel l’AFPS est pleinement engagée. C’est aussi l’expression d’une nouvelle génération palestinienne pleine de talents, qui aspire à renouveler le discours politique.

Dans ce contexte, la décision des juges de la chambre préliminaire de la Cour Pénale Internationale, suivie de l’ouverture effective de l’enquête par la Procureure de la CPI, est porteuse d’un grand espoir. Dans ce processus qui prendra du temps, c’est le début de la fin de l’impunité totale pour l’État d’Israël et ses responsables politiques et militaires.

Ne sous-estimons pas non plus les succès remportés face aux attaques coordonnées par Israël contre notre liberté de dénoncer sa politique. Le droit d’appeler au boycott est maintenant pleinement affirmé par la Cour européenne des droits de l’Homme, la France devra bien s’y plier et nous prendrons toutes les initiatives nécessaires dans ce sens. Quant à la définition dite « IHRA » de l’antisémitisme, arme de guerre du pouvoir israélien relayé par ses réseaux inconditionnels, elle est maintenant sérieusement contestée par un appel international de personnalités incontestables dans ce domaine.

Il y a un décalage manifeste entre l’avancée des organisations internationales dont la CPI, et l’attentisme de la France, de l’Europe et des États-Unis. Les grandes puissances sont maintenant au pied du mur : il n’est plus possible de parler de paix juste et durable sans s’opposer frontalement à l’État d’Israël.

Dans la situation très complexe d’aujourd’hui, nous ne manquons pas de repères positifs et nous restons pleinement mobilisés.

Bertrand Heilbronn, 31 mars 2021

>> Retrouvez le numéro 76 du PalSol, le bulletin trimestriel de l'AFPS

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