Congo-B. Fallait-il évacuer Mokoko en Turquie

En plein Paris, le vendredi 7 août 2020, des ressortissants congolais, surchauffés, se rassemblent devant l’ambassade de Turquie en France. Ils réclament un « droit de savoir » sur la situation du Général Jean-Marie Mokoko, alias J3M, 73 ans, ancien chef d’état-major de l’armée et candidat à la présidentielle en 2016.

Le général JM Mokoko lors de son procès à Brazzaville en 2016 Le général JM Mokoko lors de son procès à Brazzaville en 2016
L’ancien officier a été évacué le 30 juillet dernier vers Ankara, en Turquie, pour des soins médicaux. Il avait été victime d’un malaise le 29 juin dernier dans sa cellule de prison à Brazzaville où il purge une peine de 20 ans. Sa santé s’était dégradée au fil des jours. Les dirigeants du pays expliquent avoir agi dans un souci humanitaire vis-à-vis d’une personnalité qui a rendu des services à la Nation. Une initiative qui s’est soldée par de vifs remous dans l’opinion. L’opposition politique et la société civile qui jadis militaient pour que les autorités compétentes garantissent des soins de qualité à leur compagnon, fustigent le choix de la Turquie. Ils auraient souhaité que ce fut la France, le Maroc ou l’Afrique du Sud. Ce qui a créé une vive agitation dans le milieu politique et la sphère médiatique nationale et internatio- nale, en particulier les réseaux sociaux et l’Internet. La désinforma- tion s’est répandue. « La Turquie n’est pas un exemple en matière des droits de l’Homme » ; « Le Congo a exporté la maison d’arrêt à Ankara » ; « Mokoko a été séquestré quelque part dans Brazzaville pour y être éxécuté » ; « les parents et les avocats de Mokoko n’ont aucune nouvelle de lui » ; « Est-il réellement dans un l’hôpital ou en prison, là-bas à Ankara?» «Le médecin de Mokoko a été écart黫 Mokoko est déjà décédé ». Autant d’allégations gravissimes susceptibles d’amener à de violents sentiments de révolte, et d’entraîner la Nation dans un chaos. À qui peuvent bien profiter de telles manœuvres ? Si comme cela se présente, il s’agirait des œuvres d’états-majors politiques, l’on semble donc être face à une stratégie de déstabilisation pour une conquête du pouvoir. Aujourd’hui, à l’ère de la démocratie, la voie la plus élégante d’accéder aux affaires passe par le suffrage universel, qui tient à la capacité de disposer d’un projet de société fédérateur et crédible, puis de savoir convaincre l’électorat. Face à la situation actuelle, le gouvernement se trouve perplexe. Aurait-il fallu laisser un dignitaire congolais de ce rang périr sans assistance ? Fut-il prisonnier ? Dans l’affaire, il apparaît que quoi que fut le choix des autorités, elles n’auraient pas échappé aux critiques des détracteurs, dont l’action paraît axée vers une « instrumen- talisation » du nom Mokoko. Une récupération politique qui n’est pas certaine de profiter à l’intéressé, actuellement en lutte contre la maladie. Affaibli.

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