RDC : les 1001 défis de Félix Tshisekedi pour 2020

Après un an de présidence, Félix Tshisekedi tente de passer des paroles aux actes pour imposer son programme d'alternance et de changement. Mais les embûches sont nombreuses et Joseph Kabila jamais très loin.

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Une année décisive attend le président congolais, arrivé à la tête de la République démocratique du Congo il y a tout juste un an. L’élection contestée de Félix Tshisekedi en décembre 2018 a placé le nouveau chef de l’Etat sur un fauteuil des plus inconfortables et dans une drôle d’alternance politique. Si beaucoup doute encore de la réalité de la victoire de Félix Tshisekedi, dont les résultats intégraux n’ont jamais été publiés par la Commission électorale, le président ne détient pas toutes les rennes du pouvoir… loin de là. La coalition FCC de l’ancien président Joseph Kabila a raflé des majorités confortables à l’Assemblée nationale, au Sénat et dans les Assemblées provinciales. Autant dire que le pouvoir réel : institutionnel, judiciaire, militaire et économique, n’a pas encore changé de main. Félix Tshisekedi, qui affirme être en coalition avec le FCC, doit en fait cohabiter avec un gouvernement, dont le premier ministre et de nombreux ministres sont issus de la plateforme pro-Kabila.

Décrispation politique et gratuité de l’enseignement

Après une année passée à la présidence congolaise, Félix Tshisekedi n’a pas ménagé ses efforts pour donner l’image d’un « Congo nouveau ». Rapidement, le chef de l’Etat a réussi à imposer une décrispation politique très attendue : libération de prisonniers, retour d’opposants, mais aussi liberté de manifestation et accès pluraliste aux médias d’Etat, même si des efforts restent encore à faire notamment avec des forces de sécurité encore trop répressives. Sur le plan social, Félix Tshisekedi a également mis en place la gratuité de l’enseignement de base. Une mesure très populaire, mais qui cherche toujours son financement.

Au cours de ses multiples voyages à l’étranger, le président a cherché un peu d’aide financière des principaux bailleurs de fonds, en Europe ou aux Etats unis, mais aussi dans la sous-région. Un tour du monde très controversé, qui tendait aussi à légitimer un président mal élu. A Paris, Félix Tshisekedi a tenu à justifier ses nombreux déplacements par la nécessité de récolter des marges de manoeuvres financières supplémentaire pour appliquer son programme d’urgence : 1,5 milliard de dollar aurait été récolté selon le président. Mais les partenaires économiques et bailleurs de fonds ne se bousculent pas au Congo et attendent de voir si le nouveau président va pouvoir s’émanciper de la tutelle de Joseph Kabila, dont les hommes sont encore aux commandes de l’appareil d’Etat.

Comme la communauté internationale, les Congolais veulent maintenant voir passer Félix Tshisekedi des paroles aux actes. Ses principaux opposants l’accusent de n’être qu’un « distributeur automatique de promesses » qui tarde pour le moment à se réaliser. Au début de son mandat, le président congolais a pu faire illusion en piochant dans le budget de la présidence pour construire quelques infrastructures visibles : des routes, des ponts et les fameux « sauts de moutons », ces contournements qui doivent permettre de fluidifier le trafic automobile à Kinshasa. Mais après une année de pouvoir, Félix Tshisekedi est désormais entré « dans le dur », avec un gouvernement qui traîne des pieds et qui n’a finalement pas vraiment intérêt à la réussite de son quinquennat.

Lutte contre la corruption

Sur le bureau de la présidence, les dossiers, tous prioritaires, s’accumulent… et les ennuis aussi. A son arrivée au pouvoir, Félix Tshisekedi a promis de s’attaquer au mal congolais numéro un : la corruption. Le président veut créer une agence spéciale chargée de combattre ce fléau qui frappe l’ensemble de la société congolaise. Mais pour l’instant, cette institution n’a pas encore vu le jour et des soupçons de blanchiment et de corruption continuent de faire la une de la presse congolaise : achats de voix et corruption des grands électeurs, affaire des 15 millions de $ « disparus » du trésor public, marchés publics passés de gré à gré, affaire des 200 millions € du prêt de la Gécamines… mais pour l’instant un voile d’impunité plane sur ces affaires restées lettre morte par la justice congolaise.

La lutte contre la corruption, encore à l’état de simple déclaration d’intention, pourrait permettre au président Tshisekedi de se donner les marges de manoeuvre financières nécessaires pour entamer les grands travaux nécessaires de son programme électoral. Dans un pays largement sous-développé et dont les infrastructures de bases sont largement absente : voies de communication, accès à l’eau potable à l’électricité ou à la santé… les chantiers à mettre en route sont titanesques. Et ce n’est pas avec le maigre budget de 10 milliards de dollars, récemment revu à la hausse, que Félix Tshisekedi pourra rendre concret son programme de changement pour tous les Congolais. La lutte contre la corruption devrait faire rentrer dans les caisses de l’Etat entre 15 et 20 milliards de dollars selon les estimations des principaux experts.

Le très sulfureux et très pro-Kabila patron de la Gécamines, Albert Yuma, soupçonné de détournement de fonds, n’a toujours pas été écarté par Félix Tshisekedi. Le nouveau pouvoir commet également des « sorties de route » qui ne plaident pas vraiment pour une meilleure gouvernance. L’annonce par un ministre auprès de la présidence du coût des festivités commémorant la première année d’alternance estimé à 6 millions de dollars a créé une levée de bouclier jusque dans l’entourage du président Tshisekedi. Le gouvernement a rétropédalé en assurant que le montant serait revu à la baisse… mais sans plus précisions.

Une meilleure traçabilités des recettes de l'Etat

Pour augmenter son budget, Félix Tshisekedi doit également faire rentrer d’avantage d’argent dans les caisses du Trésor public. Une grande partie des recettes de l’Etat s’évaporent avant d’arriver à destination. Le nouveau président promet d’ici juin 2020 de mieux « tracer » les impôts et taxes de toutes sorte en créant une nouvelle « chaîne des recettes ». Avec un double enjeu : éviter le détournements des fonds, mais aussi rassurer les bailleurs internationaux qui demande davantage de transparence. Les récents soupçons de corruption sont tous marqués par une « disparition » mystérieuses des fonds et un manque de traçabilité financière. Félix Tshisekedi le  (...) Lire la suite sur Afrikarabia.

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