RDC : le combat de Jean-Jacques Lumumba contre la corruption

Le lanceur alerte a découvert en 2016 de nombreux documents compromettants, dévoilant le cœur du système de corruption qui gangrène le Congo. Aujourd’hui réfugié en France, Jean-Jacques Lumumba milite pour la création d’une institution de lutte contre la corruption et d’un parquet financier.

Jean-Jacques Lumumba en région parisienne - mai 2019 © Christophe Rigaud - Afrikarabia Jean-Jacques Lumumba en région parisienne - mai 2019 © Christophe Rigaud - Afrikarabia

Ce n’est pas son illustre patronyme qui a rendu célèbre Jean-Jacques Lumumba. Le petit-neveux du héros de l’indépendance congolaise, Patrice Lumumba, est devenu le plus médiatique lanceur d’alerte congolais. Le banquier a dénoncé des malversations au sein de la BGFI, une banque dirigée par un proche de l’ancien président Joseph Kabila. Son poste très stratégique de directeur des engagements lui a fait découvrir un système de corruption généralisé.

Afrikarabia : Que se passe-t-il en 2016 à la BGFI ?

Jean-Jean-Jacques Lumumba : Je découvre plusieurs types d’opérations liées à des proches du président Kabila. La Commission électorale (CENI) avait contracté un crédit (25 millions de dollars, ndlr) qui ne correspondait pas aux procédures internes et à la réglementation de la Banque centrale. Toutes ces opérations partaient de mon directeur général qui influençait l’octroi de crédits. Il se trouve que mon directeur est également le frère adoptif de Joseph Kabila (Francis Selemani Mtwale, ndlr). On découvre plusieurs irrégularités : non respect des procédures, détournement et blanchiment d’argent… Mon péché a été de rappeler à mon directeur que ces opérations étaient « peu orthodoxes » et ne respectaient pas les procédures et la réglementation bancaire.

Afrikarabia : A la suite de ces révélations, vous subissez des pressions et vous démissionnez ?

Jean-Jean-Jacques Lumumba : J’ai d’abord subi des pressions en interne, à la banque. Ces pressions m’ont fait tombé malade, jusqu’à mon arrivée en France mi-2016 où j’ai demandé l’asile.

Afrikarabia : Avec cette affaire, vous touchez du doigt la corruption liée au système politique congolais ?

Jean-Jean-Jacques Lumumba : La corruption politique prend pour assise le système financier congolais. Les proches du président Kabila et sa famille se servent du système financier pour blanchir de l’argent et détourner des capitaux.

Afrikarabia : La RDC occupe la 161e place sur les 180 pays dans le rapport de Transparency International sur la perception de la corruption dans le monde. Mais la corruption est endémique au Congo et se retrouve dans tous les secteurs économiques du pays ?

Jean-Jean-Jacques Lumumba : La corruption gangrène toute l’économie nationale. Il n’y a aucun secteur qui n’est pas touché. On ne peut pas dire que seuls les hommes politiques sont corrompus. C’est un mal généralisé… comme le paludisme !

Afrikarabia : Concernant le système politique, diriez-vous que c’est la corruption qui a permis à Joseph Kabila de se maintenir au pouvoir pendant plus de 18 ans ?

Jean-Jean-Jacques Lumumba : Joseph Kabila a utilisé la corruption et la répression des services de sécurité pour s’accrocher au pouvoir. Pendant tout son règne, il a acheté la conscience des hommes politiques congolais pour les manipuler. Mais Joseph Kabila a aussi profité de la corruption pour s’enrichir lui-même.

Afrikarabia : Avec la corruption, une grande partie des recettes de l’Etat ne vont pas dans les caisses du Trésor public. Qu’en est-il de ce qu’on appelle « les avances en fiscalité » ?

Jean-Jean-Jacques Lumumba : Les avances en fiscalité représentent l’effort que demande l’Etat aux entreprises pour pouvoir renflouer ses caisses lorsqu’il a besoin de liquidités, avant que cet argent ne (...) Lire la suite sur Afrikarabia.

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