CENI, réforme judiciaire : le FCC tisse sa toile pour 2023

La nomination contestée d’un nouveau patron à la tête de la Commission électorale et un projet décrié de réforme judiciaire font craindre une mise sous tutelle par le FCC de Joseph Kabila de deux institutions clés pour les prochaines élections générales.

ceni-5nov-2017-rschuddeboom-copie

Le FCC de Joseph Kabila continue d’imposer son tempo à la vie politique congolaise. Ultra-majoritaire à l’Assemblée national et au Sénat, la plateforme de l’ancien président Joseph Kabila a réussi à faire entériner par l’Assemblée nationale la nomination du nouveau président de la Commission électorale (CENI), Ronsard Malonda. Un passage au forceps, alors que la très puissante Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) et les protestants de l’Église du Christ au Congo (ECC) avaient rejeté la désignation de l’actuel numéro 2 de la centrale électorale, en remplacement du très contesté Corneille Nangaa, architecte des élections frauduleuses de 2018.

Malonda aux premières loges du tripatouillage de 2018

Ronsard Malonda n’est pas un inconnu à la CENI. En poste à la Commission depuis plus de 15 ans, il était depuis 2015 secrétaire exécutif national auprès de Corneille Nangaa. Une fraude massive avait entaché le dernier scrutin de décembre 2018. Selon la Cenco qui avait déployé plus de 40.000 observateurs et des fuites de la Commission électorale dans la presse, Félix Tshisekedi ne serait arrivé qu’en troisième position, devant Emmanuel Ramazani Shadary, et surtout Martin Fayulu, vrai vainqueur de la présidentielle. Mais un accord scellé entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi avant la publication des résultats devait changer la donne : le FCC de Joseph Kabila se réservait les pleins pouvoirs à l’Assemblée, au Sénat, dans les Assemblées provinciales, et laissait une présidence vidée de sa substance à Félix Tshisekedi.

Au coeur du contentieux électoral : une élection sans chiffre, réduisant les résultats à une simple liste de gagnants. Le site internet de la CENI est resté désespérément vierge de tous résultats détaillés du scrutin, bureau de vote par bureau de vote, comme cela doit être le cas. La CENI est donc présentée par l’opposition comme la seule coupable d’une élection fabriquée de toute pièce, sans aucun recours possible, puisque sans chiffre. Ronsard Malonda, très probable futur patron de la CENI était aux premières loges de ce tripatouillage électoral, en tant que numéro 2 de la Commission. Il est même venu défendre la victoire très virtuelle de Félix Tshisekedi devant la Cour constitutionnelle.

Pour une profonde réforme de CENI

La désignation de Ronsard Malonda en remplacement de Corneille Nangaa ne passe pas pour l'Association congolaise pour l'accès à la justice (ACAJ), qui estime que « ce choix est une prime à la fraude électorale ». La Synergie des missions d’observation citoyenne des élections (SYMOCEL), demande à l’Assemblée nationale « de surseoir l’entérinement de Ronsard Malonda » et estime « qu’il est impérieux de réformer d’abord la CENI, avant de désigner ses nouveaux dirigeants, pour garantir un processus électoral crédible ».

L'abbé Donatien Nshole, secrétaire général de la Cenco, est également vent debout contre cette nomination. Selon lui, le vote a été entaché d'irrégularités et l'Église catholique « n'acceptera jamais ce choix ». Plusieurs autres mouvements citoyens comme La Lucha, Filimbi ou Les Congolais debout exigent également un audit complet de la CENI avant une réforme profonde de l’institution, accusée d’être sous l’influence de Joseph Kabila. Ce week-end, une première marche de protection contre l’arrivée de Ronsard Malonda à la CENI s’est tenue à Kinshasa. Une manifestation dispersée par la police, car non autorisée.

CENI : Kabila de nouveau à la manoeuvre

Félix Tshisekedi s’est montré inquiet du manque de consensus sur le nom du futur patron de la Commission électorale. Lors du dernier Conseil des ministres, le chef de l’Etat a appelé à l’apaisement, alors qu’au sein son propre parti, l’UDPS, le nom de Malonda est fortement décrié. De nombreuses voix estiment qu’avec ce choix, c’est de nouveau Joseph Kabila qui va manoeuvrer dans les coulisses de la présidentielle de 2023. Le président Tshisekedi a tout de même affirmé qu’il « veillera personnellement à ce que la procédure de cette désignation et le processus électoral soient crédibles de bout en bout ». Car pour être effective, la nomination de Ronsard Malonda à la tête de la CENI doit être entérinée par Félix Tshisekedi.

Le président congolais se retrouve une nouvelle fois dans une position inconfortable et sous pression du FCC. Car si l’Assemblée nationale est passée en force pour entériner le choix de Ronsard Malonda, son candidat à la CENI, trois projets de lois sur une possible réforme judiciaire ont créé le trouble dans la classe politique congolaise. Portée notamment par l’ancien président de l’Assemblée nationale et proche de Joseph Kabila, Aubin Minaku, cette réforme vise à  (...) Lire la suite sur Afrikarabia.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.