RDC : Minembwe, la commune de la discorde

L’installation du bourgmestre de la commune rurale de Minembwe à l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) fait polémique et ravive les tensions communautaires et politiques.

Université de Minembwe en 2016 © DR Université de Minembwe en 2016 © DR

Une chance pour la paix pour les uns, de l’huile sur le feu pour les autres… Au Sud-Kivu, l’installation de Gad Mukiza comme bourgmestre de la commune de Minembwe le 28 septembre dernier, continue de diviser les Congolais. Au coeur de la controverse, les tensions entre Banyamulenge rwandophones et Babembe « autochtones », qui provoquent depuis plusieurs mois un regain de violence dans les territoires de Fizi, Uvira et Mwenga. Les groupes « autochtones » contestent la création de la commune de Minembwe et de leur maire, Gad Mukiza, un Banyamulenge. Son adjoint, un Babembe, n’a d’ailleurs pas participé à la cérémonie d’installation du maire. Les milices d’autodéfense locales Maï-Maï considèrent Minembwe comme une occupation de leurs terres ancestrales par les Banyamulenge. Le 10 août dernier, le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme en République démocratique du Congo (BCNUDH) a dressé un bilan partiel de cette crise sécuritaire : au moins 95 villages détruits et 110.000 personnes déplacées.

Minembwe, « marqueur de division et de violence »

La création de cette commune ramène les Babembe à la toute fin des années 1990, pendant la seconde guerre du Congo, explique Judith Verweijen sur le site de Kivu security. « L’administration rebelle du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), soutenu par le Rwanda, a créé le territoire de Minembwe. Ce territoire répondait à un souhait de longue date des Banyamulenge, à qui les autorités coloniales avaient refusé une chefferie ou un groupement ». La chercheuse note alors que la création du territoire de Minembwe « semblait confirmer une théorie du complot selon laquelle les Banyamulenge seraient à l’avant-garde d’une invasion étrangère tentant d’exproprier et de déplacer les groupes « autochtones » et d’usurper leur autorité locale ». Pour ces raisons, le territoire de Minembwe « a une fonction hautement symbolique, en tant que marqueur de division et de violence ».

« Une idée maléfique de balkanisation »

Ironie du sort, c’est le ministre actuel de la Décentralisation, Azarias Ruberwa, président de l’ancienne rébellion du RCD, qui procédait à l’installation du bourgmestre de Minembwe le 28 septembre. Pour une partie de la classe politique congolaise, Minembwe devient le symbole d’un projet de « balkanisation » de l’Est de la RDC par le Rwanda voisin. Un projet toujours réfuté par Kigali. Créée en 2013 sous la présidence de Joseph Kabila, la commune de Minembwe voit l’installation de son nouveau bourgmestre sept ans plus tard sous Félix Tshisekedi. Un argument de plus pour nombre de politiques congolais qui affirment que le pouvoir de Kinshasa a toujours « roulé » pour Kigali. Le député de Fizi, Justin Bitakwira reste convaincu qu’« il y a une idée maléfique de la balkanisation de notre pays à partir de Minembwe. Les Banyamulenge sont venus du Rwanda. Je les ai vus venir quand j'étais enfant. » Sur les antennes de la radio Top Congo, le député de Fizi s’étonne de voir Félix Tshisekedi se précipiter à installer la commune de Minembwe. « Il y a plus de vingt communes à installer dans la province. Pourquoi seulement Minembwe? N'installer que les autorités de Minembwe est suspect. Quelle est l’urgence ? » questionne Justin Bitakwira.

Tshisekedi en porte-à-faux avec sa base

Pour les autorités locales, l’urgence est une évidence. Le gouverneur du Sud-Kivu, Théo Kasi, espère que ce processus va permettre de ramener la paix dans la région et de faire dialoguer les communautés. « Que tous les enfants de toutes les communautés reviennent ici à Minembwe : les Fuliro, les Bembe, les Nyindu, les Banyamulenge… nous sommes tous des enfants de la province du Sud-Kivu » a-t-il déclaré au site Actualités.cd. Pour le président Tshisekedi, en déplacement à Goma cette semaine, le sujet reste explosif. Des manifestants ont accueilli le président congolais avec des pancartes affirmant que le Congo resterait « indivisible », toujours en référence avec le spectre de la « balkanisation » des Kivu, riches en minerais, et que convoiteraient le voisin rwandais. Dans son propre parti présidentiel l’UDPS, qui a dénoncé pendant 17 ans la collusion entre le président Kabila et le rwandais Paul Kagame, Félix Tshisekedi se   (...) Lire la suite sur Afrikarabia.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.