RDC : l'heure de la lutte anti-corruption a-t-elle sonné ?

Après les nouvelles révélations du lanceur d’alerte Jean-Jacques Lumumba sur le « pillage » de la Gécamines par les proches de Joseph Kabila, le président Tshisekedi vient de largement remanier la magistrature. Mais pour l’instant, Jean-Jacques Lumumba « attend les actes » pour pouvoir juger les nouveaux magistrats.

Jean-Jacques Lumumba à Paris © Christophe Rigaud - Afrikarabia Jean-Jacques Lumumba à Paris © Christophe Rigaud - Afrikarabia

Les nouvelles révélations faites par le réseau panafricain de lutte contre la corruption « Unis » de Jean-Jacques Lumumba jette une lumière crue sur les détournements d’argent massifs réalisés par les dirigeants de la Gécamines, la plus importante entreprise minière d’Etat de République démocratique du Congo (RDC). L’ONG Global Witness avait déjà révélé la « disparition » de plus de 750 millions de dollars des caisses de la Gécamines entre 2013 et 2015 - voir notre article. En janvier 2020, une sombre affaire de prêt de 200 millions de dollars que la Gécamines aurait contracté auprès d’une entreprise de l’homme d’affaires israélien Dan Gertler, proche de Joseph Kabila, avait également défrayé la chronique à Kinshasa. Aujourd’hui, c’est le lanceur d’alerte Jean-Jacques Lumumba qui dévoile une nouvelle fois l’ampleur de la corruption au sein de la Gécamines dans une lettre envoyée au président Félix Tshisekedi.

Selon le petit-neveu de l’ancien premier ministre Patrice Lumumba, « ce sont des milliards qui ont été volés à la première entreprise d’Etat. » Et de citer « à titre d’exemple », la somme de 70 millions de dollars retirée par « les tenants du pouvoir » des caisses de la Gécamines, une semaine avant les élections de 2018. D’après Jean-Jacques Lumumba, les dirigeants de la société minière « ont fait semblant de remettre 64 millions de dollars dans les caisses », mais cette argent a été « purement et simplement détourné au profit de quelques individus ».

Corruption : « l’impunité doit s’arrêter »

La prédation de la Gécamines a continué après l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi à la présidence en janvier 2019. Jean-Jacques Lumumba dénonce trois contrats miniers qui aurait dû rapporter à l’entreprise minière 920 millions de dollars. En fait, seulement 44 millions sont rentrés dans les caisses de la Gécamines. Le lanceur d’alerte estime que les 876 millions manquants « ont été détournés par des individus bien identifiés ». « Ce sont des choses que vous pouvez vérifier » lance Jean-Jacques Lumumba au président Félix Tshisekedi.

Dans le viseur de ce combattant anti-corruption, il y a bien sûr le patron de la Gécamines, l’indéboulonnable Albert Yuma, réputé proche de Joseph Kabila et que voudrait voir partir Félix Tshisekedi. « Voilà la raison pour laquelle le camp du sénateur Kabila refuse d’entériner les ordonnances de nominations de nouvelles personnes que vous avez décidé de placer à la tête de la Gécamines » dénonce Jean-Jacques Lumumba pour expliquer le refus de Joseph Kabila de voir débarquer Albert Yuma de la société minière. Pourtant, le nouveau président congolais, Félix Tshisekedi, a fait de la lutte contre la corruption sa première priorité. « Monsieur de la président, l’impunité doit s’arrêter dans ce pays » tonne le petit-neveu de l’illustre Patrice Lumumba, qui explique qu’en  (...) Lire la suite sur Afrikarabia.

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