RDC : Bosco Ntaganda et les fantômes des guerres du Congo

L'ancien chef de guerre Bosco Ntaganda a été reconnu coupable de crimes de guerre et crimes contre l'humanité par la Cour pénale internationale pour des exactions commises en 2002 et 2003 en Ituri, une région encore secouée par des violences. Mais d'autres crimes restent encore impunis.

Bosco Ntaganda à La Haye en juillet 2019 © CPI Bosco Ntaganda à La Haye en juillet 2019 © CPI

Dix-huit chefs d’accusation ont été retenus à l’encontre de Bosco Ntaganda, l’ex-chef rebelle, pour des exactions commises en 2002 et 2003 en Ituri. Une culpabilité qui ne fait aucun doute pour la Cour pénale internationale (CPI). Le juge Robert Fremr a égrené la longue liste des crimes retenus contre l’ancien chef de guerre : massacres à caractère ethnique, actes de torture, viols, recrutement généralisé d’enfants-soldats, dont certains âgés de 7 ans seulement… Selon le jugement, « Bosco Ntaganda donnait les ordres directs de prendre pour cible et de tuer des civils, et approuvait le comportement criminel de ses soldats. »

Guerres sans fin

Le parcours de Bosco Ntaganda constitue à lui seul un effrayant condensé des guerres qui ont secoué l’Afrique centrale depuis la fin des années 1990. Né au Rwanda en 1973, Bosco Ntaganda commence sa carrière militaire dans le Front patriotique rwandais (FPR), un groupe rebelle tutsi rwandais, basé en Ouganda, qui a mis fin au génocide de 1994. Ntaganda participe ensuite à l’invasion du Congo (Zaïre à l’époque) par le Rwanda en 1996, et rejoint la rébellion du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) en 1998 lors de la « deuxième guerre du Congo ». C’est alors qu’il s’allie avec l’Union des patriotes congolais (UPC) en 2002. Un groupe armé qui prétendait défendre les intérêts du groupe ethnique Hema en l’Ituri.

Général et rebelle

Bosco Ntaganda devient alors chef des opérations militaires sous les ordres du chef de l’UPC, Thomas Lubanga, condamné en 2012 à 14 ans de prison par la CPI pour crimes de guerre. C’est pendant cette période, entre 2002 et 2003, que la justice internationale accuse Ntaganda d’être impliqué dans de nombreuses exactions. Un premier mandat d’arrêt est émis par la CPI en 2006, mais Ntaganda n’est guère inquiété par la justice puisqu’il devient général de l’armée régulière congolaise (FARDC) de 2007 à 2012. A cette date, Ntaganda reprend le chemin de la rébellion en participant à la fondation du M23, un groupe armé soutenu par le Rwanda. Le mouvement rebelle est vaincu en 2013, et Ntaganda se rend à la CPI après s’être réfugié à l’ambassade des Etats-unis au Rwanda.

L'Ituri encore en conflit

Pour sa défense, l’ancien chef de guerre a déclaré qu’il ne faut pas confondre « rebelle révolutionnaire avec un criminel ». Un argument qui a peu convaincu les ONG et la société civile congolaise qui salue la culpabilité reconnue de Bosco Ntaganda « enfin jugé » selon Ida Sawyer, la responsable d’Human Rigths Watch pour l’Afrique, qui salue « une grande victoire pour la justice et les victimes ». Mais cette victoire a un goût un peu amer, alors que 20 ans après les exactions de Bosco Ntaganda et de son groupe armé, l’Ituri est de nouveau le théâtre d’affrontements interethniques violents. Comme au temps de l’UPC de Ntaganda, les communautés Hema et Lendu se déchirent encore aujourd’hui sur fond d’instrumentalisation politique et de conflits fonciers. Les récents massacres de juin dernier en Ituri ont fait au moins 160 morts et plus de 300.000 déplacés. L’histoire semble donc se répéter à l’infini en République démocratique du Congo (RDC), et en Ituri beaucoup dénoncent l’impunité dont jouissent certains anciens chef de guerre pour expliquer les conflits à (...) Lire la suite sur Afrikarabia.

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