RDC : quelles conséquences après l’élection de Joe Biden ?

Si beaucoup voit la défaite de Donald Trump comme un coup dur pour Félix Tshisekedi, la nouvelle administration Biden ne devrait pas tourner le dos au président congolais. Explications.

Mike Hammer, l'omniprésent ambassadeur américain à Kinshasa © DR Mike Hammer, l'omniprésent ambassadeur américain à Kinshasa © DR

Les comptages sans fin et la contestation des résultats par Donald Trump ont fait l’objet de nombreuses railleries à Kinshasa, coutumière d’élections bien plus chaotiques. Au-delà d’une élection américaine à suspense, les Congolais se demandent maintenant quelles en seront les répercutions sur la vie politique en République démocratique du Congo (RDC) ? Il faut dire que depuis les élections contestées de 2018 et l’arrivée « négociée » avec Joseph Kabila de Félix Tshisekedi à la Présidence, les Etats-unis jouent désormais un rôle de premier plan dans la politique congolaise. Malgré l’élection douteuse de Félix Tshisekedi, Washington a rapidement considéré qui si les Congolais n’avaient pas voté en majorité pour Félix Tshisekedi, le départ de Joseph Kabila et la transition pacifique qui a suivi, étaient des avancées suffisantes pour soutenir le nouveau président congolais.

Washington a choisi son camp

En quête de légitimité, Félix Tshisekedi a trouvé dans Etats-unis un allié de poids pour tenter de peser dans un paysage politique largement dominé par Joseph Kabila, qui a certes quitté son fauteuil présidentiel, mais a conservé tous les pouvoirs. Le FCC, la plateforme politique de l’ancien président, est en effet largement majoritaire à l’Assemblée nationale, au Sénat, dans les Assemblées provinciales, mais aussi, et surtout, au sein de l’armée et des acteurs économiques. Dans la guerre de tranchée qui oppose maintenant Félix Tshisekedi et Joseph Kabila, Washington a très rapidement choisi son camp.

Un remaniement dans l’armée salué par Washington

Au travers de son bouillonnant et très proactif ambassadeur, Mike Hammer, les Etats-unis ont décidé d’aider Félix Tshisekedi à « déboulonner le système Kabila ». Une promesse faite par le nouveau président congolais lors d’un déplacement dans la capitale américaine, accompagné par l’ambassadeur Hammer. Washington appui alors ouvertement la politique de Félix Tshisekedi dans sa lutte contre la corruption et sa volonté de ramener la paix et la sécurité dans l’Est du pays. Les sanctions américaines maintenues contre de nombreux généraux de l’armée congolaise, accusés de crimes de guerre et de violations des droits de l’homme, permettent au président Tshisekedi de tenter un timide remaniement au sein des FARDC (Forces armées de République démocratique du Congo). Il écarte notamment le très sulfureux général John Numbi. Une décision saluée par Washington.

Premier bailleur de fonds

Félix Tshisekedi est largement encouragé par les américains à faire le ménage dans le haut commandement militaire. Un « nettoyage » nécessaire si Kinshasa veut voir la coopération avec Washington se développer. A la clé : la formation des FARDC par l’armée américaine. Un atout indispensable pour lutter contre la centaine de groupes armés qui pullulent encore à l’Est du Congo. Félix Tshisekedi peut aussi compter sur l’Oncle Sam pour venir en aide à sa population. Les Etats-unis ont apporté cette année, 314 millions de dollars d’aide humanitaire, ce qui en fait le premier bailleur de fonds international, très loin devant l’Union européenne. Depuis avril 2019, un « partenariat privilégié pour la paix et la prospérité » (PP4PP) a été signé entre la RDC et les Etats-unis afin de sceller leur collaboration sur de nombreux projets communs.

Tshisekedi : l’occasion de renouer avec Kinshasa

Deux raisons ont poussé Kinshasa et Washington à se rapprocher. La première est la défiance constante qu’a manifesté Joseph Kabila, tout au long de son dernier mandat. Les Etats-unis ont régulièrement critiqué le régime Kabila pour sa répression aveugle et pour la gestion de la crise pré-électorale entre 2015 et 2018. Joseph Kabila n’a pas apprécié les sanctions américaines sur de nombreux caciques de son régime, politiques et militaires. Sous pression, la diplomatie congolaise s’est alors volontairement isolée de la scène internationale… Etats-unis et Europe en tête. Washington a donc vu en Félix Tshisekedi, une occasion unique de renouer avec  (...) Lire la suite sur Afrikarabia.

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