Droits de l’homme : une année noire dans la RDC de Tshisekedi

« La situation des droits humains en République démocratique du Congo (RDC) s’est dégradée en 2020 sous la présidence de Félix Tshisekedi, après une première année de mandat marquée par des avancées » constate le rapport annuel de Human Rights Watch (HRW).

Kinshasa © Christophe Rigaud - Afrikarabia Kinshasa © Christophe Rigaud - Afrikarabia

Répressions d’activistes, attaques menées contre des civils par les groupes armés ou les forces gouvernementales, liberté d’expression entravée, arrestations arbitraires de journalistes et de personnalités politiques… les atteintes aux droits de l’homme ont nettement augmenté en RDC selon Human Rights Watch, qui vient de publier son rapport annuel sur les droits humains dans le monde. L’ONG rapporte que « des dizaines de personnes ayant critiqué les politiques gouvernementales, y compris sur les réseaux sociaux, ont fait l’objet d’intimidation et de menaces, de passages à tabac, d’arrestations et, dans certains cas, de poursuites judiciaires. »

Journalistes, manifestants menacés

Les journalistes ont été particulièrement ciblés par les autorités congolaises, qui n’hésitent à menacer, harceler, interpeller, mais aussi interdire la diffusion de certains programmes ou médias critiques envers la politique gouvernementale. Le droit à manifester pacifiquement a également été entravé, notamment à cause de l’instauration de l’état d’urgence sanitaire. Cet été, les manifestations contre la nomination contestée d’un nouveau président à la Commission électorale (Ceni) ont été fortement réprimées. Un manifestant a été tué à Kinshasa, deux autres à Lubumbashi et des dizaines d’autres ont été blessés. Les corps de quatre manifestants de l’UDPS, le parti présidentiel, ont été retrouvés dans une rivière proche de Lubumbashi.

« Le militantisme n'est pas un crime ! » pour Denis Mukwege

Les défenseurs des droits de l’homme ont également fait l’objet « de menaces, d’intimidation, d’arrestations arbitraires et de détention de la part des services de l’Etat et de groupes armés », dénonce HRW. Le Prix Nobel de la paix, Denis Mukwege, « a reçu des menaces de mort pour son plaidoyer en faveur de la justice pour les crimes graves ». Le même docteur Mukwege s’est insurgé des menaces qui pèsent sur les activistes congolais, régulièrement interpellés à chaque manifestation. « Le militantisme n'est pas un crime !, s’est indigné le Prix Nobel de la paix. Depuis 21 jours, des défenseurs des droits humains sont détenus de façon arbitraire à Beni au Nord-Kivu. Nul ne devrait être privé de sa liberté pour avoir exercé son droit à participer à une manifestation pacifique ! »

« Vos actes s’éloignent peu à peu de vos promesses »

Des militants du mouvement citoyen la Lucha ont en effet été interpellés fin décembre au cours d’une manifestation pour réclamer la fin des massacres dans la région de Beni. « Alors que les condamnés pour détournements de deniers publics sont graciés, nos huit camarades font face à une cour militaire incompétente (…). Monsieur le président, vos actes s'éloignent peu à peu de vos promesses » accuse la Lucha sur Twitter. Après l’embellie de la première année de son mandat, avec la décrispation politique et l’autorisation des manifestations, Félix Tshisekedi semble avoir resserré l’écrou de la répression face à la crise politique qui s’installe au Congo. Toute voix dissonante est désormais intimidée, réprimée, judiciarisée.

Beni, « un épicentre de la violence »

Sur le front sécuritaire, la situation des Congolais à l’Est du pays s’est elle aussi dégradée en 2020. En neuf mois, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a recensé au moins 1.300 civils tués par des groupes armés mais aussi par les forces gouvernementales, entre octobre 2019 et juin 2020. « Des centaines d’autres ont été tués pendant le second semestre de l’année » indique Human Rights Watch. Plus de 130 groupes armés étaient encore actifs dans les provinces du Nord et Sud-Kivu et de l’Ituri. La promesse du président Tshisekedi de ramener la paix à l’Est s’éloigne elle aussi un peu plus. Le territoire de Beni est resté « un épicentre de la violence, avec au moins 645 civils tués dans plus de 165 attaques commises par différents groupes, dont les ADF ».

Un programme DDR inefficace

L’armée congolaise a pourtant redoublé d’effort dans sa lutte contre les groupes armés, mais ses résultats sont « mitigés » selon l’ONG. L’armée, qui se rend aussi coupable d’exactions contre les civils, se sert parfois des  (...) Lire la suite sur Afrikarabia.

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