RDC : destitution, scrutin indirect… les menaces qui pèsent sur Tshisekedi

Face aux coups de boutoir du président Félix Tshisekedi qui cherche à s’affranchir de son encombrant allié, le FCC contre-attaque. La plateforme pro-Kabila envisage toute une panoplie d’actions pour éviter un second mandat de Félix Tshisekedi en 2023.

Félix Tshisekedi © Présidence RDC Félix Tshisekedi © Présidence RDC

Œil pour œil, dent pour dent. Cela fait maintenant plusieurs mois que Félix Tshisekedi et Joseph Kabila sont à couteaux tirés, et passent pas le plus clair de leur temps à se mettre des bâtons dans les roues. Le premier cherchant à grignoter un peu de pouvoir à un FCC tout puissant, et le second tentant de récupérer par tous les moyens le fauteuil présidentiel en 2023. Depuis son arrivée à la tête de la RDC en janvier 2019, Félix Tshisekedi ne démérite pas pour tenter de barrer la route à l’hégémonie du FCC sur les institutions congolaises et use de toutes ses prérogatives, quitte à composer un peu avec la Constitution.

CENI, justice, armée… Tshisekedi tente de peser

Lorsque le FCC veut imposer le très contesté Ronsard Malonda à la tête de la Commission électorale (CENI), Félix Tshisekedi bloque sa désignation. Lorsque que des députés pro-Kabila présentent une réforme électorale censée caporaliser les magistrats par le ministre de la justice FCC, le président Tshisekedi obtient la démission dudit ministre et réussit à retarder l’examen du projet loi. Dans l’armée, où les relais de Joseph Kabila sont encore omniprésents, le nouveau chef de l’Etat parvient à écarter John Numbi, un proche de l’ancien président, et à mettre sous les verrous le colonel Christian Ngoy, soupçonné d’avoir participé au double assassinat de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana.

Cet été, Félix Tshisekedi a également voulu faire le ménage au sein de la très stratégique Cour constitutionnelle qui reste, avec la CENI, les deux organes d’organisation et de contrôle des élections de 2023. Le président nomme deux juges de la Constitutionnelle, proches de l’ancien président Kabila, à la Cour de cassation alors qu’ils exerçaient encore leurs mandats. Une permutation très politique qui a provoqué l’ire du FCC, mais aussi de l’opposant Martin Fayulu, qui a accusé Félix Tshisekedi de « trahison » pour avoir « violé la Constitution ».

Destitution, pour « violation de la Constitution »

Dans ce climat délétère entre les deux coalisés, le FCC a décidé de montrer les muscles et mettre la pression sur le président Tshisekedi. Un groupe de travail a été mis en place pour engager une procédure de destitution. Le FCC affirme avoir documenté de nombreuses violations répétées de la Constitution par le chef de l’Etat. La plainte devant le procureur pourrait alors provoquer la convocation des deux assemblées, Assemblée nationale et Sénat, afin de lever l’immunité du président. Les deux chambres étant majoritairement dominées par le FCC, cette procédure, si elle est jugée recevable, pourrait conduire à la destitution de Félix Tshisekedi.

« La procédure de destitution peut aboutir, mais ce n’est pas la menace la plus probable. Ce serait le dernier recours » explique à Afrikarabia le politologue Alphonse Maindo. « Politiquement, je ne vois pas le FCC destituer le président. Le FCC a besoin de Tshisekedi et inversement. » Mais attention, prévient l’universitaire, « le FCC peut aller jusqu’à la destitution si Félix Tshisekedi franchit la ligne rouge qui serait de toucher au pré-carré et aux intérêts de Joseph Kabila ».

Un possible changement de mode de scrutin

Une deuxième arme, beaucoup plus probable, est également brandie par le FCC pour éliminer Félix Tshisekedi : l’élection au scrutin indirect du prochain président. L’idée a été opportunément avancée par Alphonse Ngoyi Kasanji, l’ancien gouverneur du Kasaï-Oriental, pour vanter les mérites de la désignation du président de la République par un  (...) Lire la suite sur Afrikarabia.

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