Djibouti s’isole dans la répression

Le pouvoir djiboutien donne un tour de vis supplémentaire dans la répression politique en cherchant à criminaliser les critiques sur les réseaux sociaux et en pourchassant ses opposants jusqu’en France.

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Vainqueur de la présidentielle et des législatives, le président Ismaël Omar Guelleh continue de verrouiller son pouvoir sans partage depuis 1999. Récemment, le président djiboutien a décidé de durcir la répression contre ses opposants. Pour Mahamoud Djama, coordinateur du Mouvement pour le Renouveau démocratique et le Développement (MRD) en Europe, « le pouvoir panique ». La paix entre l’Ethiopie et l’Erythrée change la donne dans la région et isole un peu plus Djibouti, qui se mure dans la répression.

Afrikarabia : Le 10 février, le ministre de la Justice djiboutien a adressé un message télévisé menaçant de poursuivre pour diffamation les auteurs de posts critiques sur les réseaux sociaux. Il devient de plus en plus difficile de s’opposer à Ismaël Omar Guelleh ?

Mahamoud Djama : Depuis quelques temps, il y a un raidissement du régime djiboutien. Le ministre de la Justice a déclaré que le pays était victime d’un nouveau genre de menace venant des réseaux sociaux. Le pouvoir est en train de mettre en place un vrai corpus juridique pour criminaliser les critiques du régime sur les réseaux. Il faut savoir qu’actuellement, les jeunes activistes sur internet, dénoncent régulièrement la corruption, les pillages et les détournements de fonds du régime. Pour masquer ces dénonciations, on veut criminaliser les réseaux sociaux puisqu’il n’y a pas d’autres médias indépendants à Djibouti. Le seul média libre à Djibouti, c’est internet.

Afrikarabia : La répression semble se poursuivre aussi en France, où l’opposant Mohamed Kadamy, réfugié politique et président du Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie à Djibouti (Frud), fait l’objet d’une commission rogatoire de la part des autorités djiboutiennes et a été entendu par la police.

Mahamoud Djama : Djibouti commence à faire la chasse de ses opposants à l’extérieur. Là où c’est beaucoup plus grave, c’est que la France obtempère et accepte les commissions rogatoires qui viennent de Djibouti. A quoi joue la France ? Extrader un opposant qui a le statut de réfugié politique, c’est incompréhensible lorsque l’on sait que Djibouti pratique la torture. C’est très choquant pour nous, opposants et démocrates djiboutiens. On a l’impression qu’il y a marchandage entre la France et Djibouti sur le dossier Kadamy.

Afrikarabia : Que risque Mohamed Kadamy en cas d’extradition ?

Mahamoud Djama : Mohamed Jabha, un membre du Frud, a été tué en prison. La France avait réclamé sa libération, en vain. Si on extrade Mohamed Kadamy, c’est une mise à mort annoncée pour cet opposant. Tous les opposants risquent leur vie à Djibouti.

Afrikarabia : Comment expliquer ce durcissement du pouvoir ?

Mahamoud Djama : Les législatives ont été boycottées par l’opposition et la participation n’a pas dépassé les 15%, donc Ismaël Omar Guelleh sait qu’il est minoritaire dans la population. Il y a ensuite un contexte régional qui a évolué. Un pouvoir démocratique s’est installé en Ethiopie et dépoussière l’ensemble des pays de la Corne de l’Afrique. Djibouti devient de plus en plus isolé. La paix entre l’Ethiopie et l’Erythrée change la donne et un nouvel axe est en train de voir le jour entre l’Ethiopie, l’Erythrée et la Somalie, ce qui exclu totalement Djibouti. Ismaël Omar Guelleh a peur pour son régime. La démocratie qui s’installe en Ethiopie pourrait faire tâche d’huile à  (...) Lire la suite sur Afrikarabia.

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