RDC : des sous-traitants miniers maltraités dans l’ex-Katanga

La loi du plus fort règne dans le secteur minier en République démocratique du Congo (RDC), où les entreprises locales se retrouvent à la merci de multinationales qui imposent leurs règles.

Site minier près de Lubumbashi © Christophe Rigaud - Afrikarabia Site minier près de Lubumbashi © Christophe Rigaud - Afrikarabia

Dur dur d’être sous-traitant dans l’industrie minière congolaise. Dans un pays qui regorge de ressources naturelles (cuivre, cobalt, diamant, coltan…) les plus grandes multinationales minières comme Glencore, Rangold ou Ivanhoé, ont largement investi le Congo. Le secteur des mines représente aujourd’hui 25 % du produit intérieur brut (PIB), soit la première place dans l’économie congolaise. Derrière ces géants miniers, une myriade de sous-traitants sont en première ligne pour fournir le matériel et les intrants nécessaires à l’activité minière, mais aussi le transport ou le gardiennage des entrepôts. Ce sont en général des entreprises locales, de tailles plutôt modestes, avec souvent des capitaux étrangers, mais qui se partagent un chiffre d’affaires conséquent, difficile à estimer, qui s’élèverait plusieurs milliards de dollars.

Omerta

Dans cet eldorado, les milliers de petits sous-traitants locaux se retrouvent le plus souvent étranglés par des multinationales ultra-puissantes, qui imposent leurs règles au détriment des entrepreneurs congolais. Face à des miniers aux chiffres d’affaires qui se comptent en centaines de milliards de dollars, peu de sous-traitants osent dénoncer les mauvaises pratiques des géants du secteur, de peur de se voir bannir d’un business juteux. Certains s’aventurent pourtant à aller en justice, sachant que les riches cabinets d’avocats des multinationales font la pluie et le beau temps dans les tribunaux, et que la justice congolaise n’est pas spécialement réputée pour être incorruptible.

Renégocier à la baisse

À Lubumbashi, la société And Mining est en délicatesse avec Impala, filiale du géant Trafigura, depuis 2013. Voilà sept ans que ce sous-traitant est en procédure après avoir travaillé de nombreuses années sans anicroche. Et son histoire est un cas d’école. Plusieurs tonnes de cobalt ont été proposées par And Mining à Impala avec une teneur en minerai oscillant entre 13 % et 15 % pour une somme 880 000 dollars. Les deux parties tombent d’accord sur le prix et une avance de 80 000 dollars est même payée par Impala, le solde devant être réglé deux semaines plus tard. Quelques jours après, un mail avertit un responsable de And Mining qu’une erreur se serait produite sur les échantillons de cobalt, et que les produits seraient de "moins bonne qualité". Une volte-face qui surprend le sous-traitant, qui propose alors de récupérer son minerai, dont il est sûr de la teneur en cobalt, et de rendre l’avance de 80 000 dollars. Mais surprise, Impala affirme avoir déjà vendu le produit à une autre société et déclare vouloir renégocier le prix à la baisse, passant de 880 000 à… 300 000 dollars. Une proposition inacceptable pour le sous-traitant.

« Faire traîner les procédures »

And Mining rompt les négociations et décide d’aller en justice. Le sous-traitant gagne en première instance, puis perd en appel avant de regagner en deuxième instance. Mais depuis, "l’argent reste bloqué à la Rawbank" nous confie le sous-traitant. "Ces entreprises ont les moyens financiers de faire traîner les procédures pour gagner du temps, trois ans, cinq ans… jusqu’à ce qu’on se décourage et qu’on laisse tomber l’affaire", explique le responsable de la société. "Ces entreprises sont puissantes et nous, nous sommes petits. Et je ne peux même pas compter sur la justice où il faut toujours avoir la main dans la poche. Un greffier demande 200 à 300 dollars juste pour enregistrer un document !"

« Jusqu’à 150 jours de délais de paiement ! »

And Mining n’est pas le seul sous-traitant maltraité par les multinationales minières. Un autre chef d’entreprise du secteur se plaint du non-respect des délais de paiement qui étranglent les petits sous-traitants. “De 45 jours, on peut passer à 100 jours, jusqu’à 150 jours ! Et lorsqu’on leur met la pression, ils nous menacent de ne plus nous faire travailler. Nous sommes toujours en position de faiblesse”. Les entreprises locales peinent également à investir dans des machines coûteuses sans commandes fiables et sans contrats clairs. “On achète des machines, on prend des crédits alors que ces grandes entreprises peuvent rompre le contrat sans préavis à tout moment”. Cela a notamment été le cas pour de nombreux sous-traitants pendant la crise du Covid-19. Un entrepreneur a été sommé d’évacuer ses  (...) Lire la suite sur Afrikarabia.

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