RDC : jusqu’où peut aller l’Union africaine ?

L’Union africaine (UA) met la pression sur les autorités congolaises pour recompter les voix de la présidentielle et revenir sur la victoire contestée de Félix Tshisekedi. Pour le politologue congolais Alphonse Maindo, "les pressions politiques et diplomatiques vont s’accentuer et peuvent aller jusqu’à une intervention".

Alphonse Maindo à Paris le 18 janvier 2019 © Christophe Rigaud - Afrikarabia Alphonse Maindo à Paris le 18 janvier 2019 © Christophe Rigaud - Afrikarabia

Afrikarabia : L’Union africaine (UA) est très offensive sur le dossier congolais. Elle avait demandé de suspendre la proclamation des résultats en raison des doutes qui pesaient sur la transparence du scrutin. Comment expliquer cette fermeté envers Kinshasa ?

Alphonse Maindo : L’Union africaine est une assemblée de chefs d’Etats, dont la plupart ne sont pas démocrates. Ils s’accordent le plus souvent un soutien mutuel pour garantir la stabilité des Etats. Dans le cas congolais, la fuite des données électorales dans la presse internationale qui prouvaient une fraude massive et la victoire de Martin Fayulu, le travail de la Conférence épiscopale (CENCO), les pressions internationales, ont clairement posé le problème de la souveraineté des Etats et ont poussé l’Union africaine à agir.

Afrikarabia : Quel rôle à joué Paul Kagame le président de l’Union africaine ?

Alphonse Maindo : Paul Kagame termine son mandat à la tête de l’UA fin janvier et pourrait être tenté de faire un baroud d’honneur avant de partir, alors qu’il vient de placer sa ministre des Affaires étrangères (Louise Mushikiwabo) à la présidence de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Une décision qui a été très contestée. En intervenant dans le dossier congolais, Paul Kagame pourrait vouloir redorer son image de président autoritaire en disant : « Je ne suis pas ce que vous croyez, je prône aussi les valeurs de la démocratie ».

Afrikarabia : … et les autres pays de la région ?

Alphonse Maindo : Un certain nombre de chefs d’Etats africains ne sont pas satisfaits de la manière dont Joseph Kabila gouverne la RDC, qui se trouve dans une instabilité quasi chronique. Les relations entre Joseph Kabila et les autres chefs d’Etats de la région ne sont pas au beau fixe. Le président congolais a pris l’habitude de boycotter les rencontres régionales, et son côté solitaire et taiseux l’a isolé de ses pairs. Actuellement, Joseph Kabila ne peut plus compter sur grand monde pour voler à son secours en cas de problème. Joseph Kabila paie clairement sa stratégie de l’isolement.

Afrikarabia : Jusqu’où pourrait aller une pression de l’Union africaine sur la crise congolaise ? Jusqu’à une intervention armée ?

Alphonse Maindo : Les pressions politiques et diplomatiques vont s’accentuer et cela peut aller jusqu’à une intervention. La charte de l’Union africaine prévoit ce type d’intervention. Dans cette charte, on considère la démocratie comme un droit fondamental, et ce serait une raison pour intervenir et mettre en place un président légitime.

Afrikarabia : Quels pays pourraient être en pointe pour demander et mettre en place une intervention militaire ? L’Angola par exemple ?

Alphonse Maindo : Il y a bien sûr l’Angola, mais on pourrait aussi ajouter le Congo-Brazzaville. Denis Sassou Nguesso a été d’une extrême fermeté vis à vis de Joseph Kabila au sein de l’Union africaine. Il ne faut pas oublier le Tchad d’Idriss Déby ou le Botswana qui seraient prêts à soutenir une intervention. Le Rwanda pourrait également jouer un  (...) Lire la suite sur Afrikarabia.

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