RDC : Gédéon, le mauvais génie du Katanga

Six mois après sa « disparition », le chef de guerre appelle à la réunification des quatre provinces de l’ex-Katanga et à la sécession de la riche province minière. Retour sur le parcours d’un milicien instrumentalisé par les politiques « à chaque fois que la situation tente d’échapper au camp Kabila », nous explique l’expert militaire Jean-Jacques Wondo.

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En cavale depuis le mois de mars 2020, le chef milicien Gédéon Kyungu est réapparu ce samedi 17 octobre sur une vidéo postée sur les réseaux sociaux. Le patron du groupe armé Bataka Katanga s’est mis en scène, face caméra, aux côtés du drapeau des sécessionnistes katangais. Le milicien a confirmé sa présence à Lubumbashi, « alors que les gens me cherchent ailleurs et m’accusent de n’importe quoi ». Gédéon Kyungu a ensuite convoqué les notables Katangais des quatre provinces « à une grande réunion qui se tiendra ici à Lubumbashi » pour « la réunification et l’indépendance du Katanga ».

Maître du « triangle de la mort »

De sinistre réputation, le parcours de Kyungu Mutanga, alias Gédéon, est émaillé des exactions meurtrières de sa milice contre les civils et d’évasions rocambolesques. Entre 2002 et 2006, ce mystérieux professeur de français aux allures messianiques sévissait dans la brousse katangaise en semant la terreur avec ses 2.000 miliciens. Des centaines de civils sont tués pendant ces quatre années d’errance meurtrière et 150.000 Congolais ont été contraints de fuir leurs villages. Gédéon opérait dans ce qui était devenu « le triangle de la mort » entre Pweto, Manono et Moba, dans le Nord du Katanga. La « notoriété » sanguinaire de Gédéon a notamment été scellée lorsque ses combattants torturaient à mort leurs victimes sur la place publique avant de se livrer à des actes de cannibalisme.

Incursion sanglante à Lubumbashi

Le chef de guerre finit par être arrêté et condamné à mort en 2009 pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Mais à quelques mois des élections de 2011, Gédéon réussit mystérieusement à s’évader de la prison de Kasapa en compagnie de nombreux miliciens, tous combattants sécessionnistes. En 2013, à la tête de sa milice Bakata Katanga, il tente une incursion dans la ville de Lubumbashi avec femmes et enfants. Bandeaux rouges verts et blancs de la sécession katangaise ceints sur le front et armes traditionnels à la main, les miliciens katangais réussissent à hisser leur drapeau, avant l’intervention tardive mais sanglante de l’armée congolaise. Le bilan est de 35 morts et des dizaines de blessés.

Allégeance à Joseph Kabila

Entre 2013 et 2016, Gédéon et ses Bakata Katanga continuent de semer la terreur dans la région. Mais en 2016, nouveau coup de théâtre du chef de guerre : Gédéon annonce sa reddition. « Je suis venu répondre à l’appel du chef de l’Etat qui veut la paix » déclare à la presse médusée Kyungu Mutanga, arborant un tee-shirt vert à l’effigie du président Joseph Kabila, qui compte bien briguer un très contesté troisième mandat. La cérémonie en grande pompe organisée par les autorités la reddition choque la société civile et les  (...) Lire la suite sur Afrikarabia.

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